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Madagascar : enfin la stabilité ?

Par - envoyé spécial à Madagascar

Le président malgache (à g.) et le ministre éthiopien des Finances, Ahmed Shide, au sommet du Comesa, à Antananarivo, le 18 octobre. © Henitsoa Rafalia/Anadolu Agency/AFP

Fort des résultats de son tout jeune parti aux municipales puis aux sénatoriales, le président, Hery Rajaonarimampianina, a les coudées franches pour redresser le pays. L’économie repart, tout doucement, mais les Malgaches attendent toujours une amélioration de leurs conditions de vie.

De nouvelles rocades, des centres commerciaux rajeunis, un hôtel de luxe flambant neuf… Ceux qui ne sont pas venus à Antananarivo depuis longtemps remarquent avant tout l’ordre et la volonté de changement qui semblent désormais prédominer dans la capitale malgache, après des années de chaos. Dans le quartier des affaires comme en périphérie de la ville, les chantiers vont bon train.

Des signes encourageants

Les esprits chagrins pestent contre les travaux qui bouchent les artères principales du centre-ville et y rendent l’air irrespirable. Les autres se réjouissent de voir qu’Antananarivo a retrouvé un peu de sa splendeur d’antan, en partie grâce à l’accueil du sommet de la Francophonie, les 26 et 27 novembre, qui a accéléré la réalisation de certains projets. Et, si l’on en croit nombre d’entrepreneurs tananariviens, les activités reprennent.

« Il y a un vrai regain. Les avions sont pleins, les hôtels aussi, souligne ainsi Johann Pless, le directeur de l’hôtel Lapasoa. Quoi qu’on en dise, Hery Rajaonarimampianina a ramené un peu de quiétude dans le pays, même s’il y a encore beaucoup de chemin à faire avant l’émergence. »

Sur le plan macroéconomique, les premiers résultats, bien que timides, sont là. Avec un taux de croissance prévu de 4 % en 2016, une inflation maîtrisée autour de 6 % au premier semestre et des investisseurs étrangers qui reviennent doucement, les choses semblent aller dans le bon sens. Pour encourager ce début de stabilité politico-économique et soutenir la mise en œuvre du Plan national de développement (PND), le FMI a accordé en juillet un prêt de 304,7 millions de dollars (277 millions d’euros).

Des divisions au sein de la majorité

Sur le plan politique, la victoire écrasante du tout jeune parti présidentiel, le HVM (Force nouvelle pour Madagascar), aux élections sénatoriales de décembre 2015 avec plus de 65 % des suffrages est venue confirmer ses bons résultats aux municipales d’août 2015. Créé en mai 2014, le HVM s’est rapidement imposé comme la première force politique du pays. « Le président est un battant, assure Béatrice Atallah, la ministre des Affaires étrangères. Il a mis toute son énergie à voyager pour faire renaître la confiance à l’étranger et faire revenir les investisseurs. Depuis trois ans, il a ouvert sa porte au monde entier et montré que le pays était redevenu normal. »

Pourtant, depuis sa prise de fonctions, fin janvier 2014, Hery Rajaonarimampianina – qualifié de « pigeon voyageur » par un proche d’Andry Rajoelina, l’ex-président de la transition – a dû faire face à nombre de coups tordus, pour la plupart venus de son propre camp. En mai 2015, ce sont des députés du Mapar (la coalition de Rajoelina), son principal allié lors de la présidentielle de 2013, qui ont engagé contre lui une procédure de destitution, rejetée par la Haute Cour constitutionnelle le mois suivant.

Et, aujourd’hui, ce sont des sénateurs du HVM qui tentent d’avoir la tête d’Honoré Rakotomanana, le président du Sénat, pourtant nommé par le chef de l’État. Il faut dire que, si les indicateurs macro­économiques s’améliorent, la réalité sociale est encore loin d’être rose sur le terrain, où beaucoup sont déçus de ne sentir aucune amélioration de leurs conditions de vie : selon la Banque mondiale, plus de 80 % des Malgaches vivent au-dessous du seuil de pauvreté (soit avec moins de 1,25 dollar par jour).

Dans l’attente des présidentielles… 

Malgré les nombreuses marches organisées contre lui par les associations de la société civile, comme Wake Up Madagascar, le président Hery Rajaonarimampianina tient bon. « Tout simplement parce que la population est fatiguée et ne se mobilise plus en masse », estime Toavina Ralambomahay, dirigeant du petit parti Humaniste et Écologiste, auteur de l’essai Madagascar dans une crise interminable, paru en 2011 chez L’Harmattan. « En réalité, poursuit-il, l’unique force du président c’est la communauté internationale. C’est elle qui lui donne du cash pour permettre au pays de respirer malgré tout, c’est elle qui dit non à une élection présidentielle anticipée ou qui incite ses plus virulents détracteurs à se calmer. »

Mais au fait, existe-t‑il une vraie opposition à Madagascar ? Depuis son exil en France, Andry Rajoelina, qui suit une formation en sciences politiques et dont tout porte à croire qu’il se lancera dans la bataille présidentielle de 2018, reste muet. L’autre ancien président Marc Ravalomanana, chef du Tiako i Madagascar (TIM, « j’aime Madagascar »), a, lui, déjà déclaré qu’il serait candidat, mais il se fait discret et conserve un proche dans le gouvernement d’Olivier Mahafaly, le Premier ministre nommé en avril pour diriger une équipe resserrée autour du projet présidentiel.

« Nous jouons le jeu du pacte démocratique pour le bien de Madagascar, justifie Guy Rivo Randrianarisoa, porte-parole du TIM et questeur à l’Assemblée nationale. Mais nous trouvons que l’actuel président incarne mal sa fonction. En somme, comme en France, nous avons hérité d’un président “trop normal”, et ce n’est pas suffisant pour transformer un pays. » Quant à Mitsangana Ry Malagasy (« en avant, citoyens malgaches »), plateforme d’opposition créée en juin par des déçus du pouvoir en place, elle semble s’être déjà essoufflée.

Lentement mais sûrement, le président « Hery » prend de la hauteur en esquivant les coups. Et le XVIe sommet de la Francophonie lui offre une occasion inespérée de conforter sa stature d’homme d’État, à deux ans seulement de la prochaine présidentielle.

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