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"Cet article est issu du dossier" «Madagascar : nouveau départ ?»

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À Madagascar, l’intérêt général a pris le pas sur les querelles d’ego

par

Journaliste à Jeune Afrique depuis 2008, Cécile Manciaux est responsable de la section « Le Plus » de l’hebdomadaire. Ses principaux centres d’intérêt : l’aménagement et le développement urbain, le droit électoral, les religions, les trésors linguistiques. Ses passions : l’Afrique centrale, l’Écosse, leur petite et grande musique.

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Tananarive, Madagascar. © Vitasary / flickr creative commons

Grande Île, île continent, île paradis… Par son histoire, son patrimoine et son exceptionnelle biodiversité, pour cette énergie vitale qui semble innerver l’île comme ses habitants, Madagascar bénéficie d’un capital sympathie hors du commun à travers le monde. Lequel fait parfois oublier le poids un peu trop lourd des traditions ou des clivages entre communautés, bien loin de l’image du melting-pot naturel qui prévaut dans les clichés.

En revanche, nul ne perd de vue la fragilité institutionnelle du pays, ni son incapacité à sortir définitivement sa population de l’extrême pauvreté.

Madagascar a vu se succéder les crises politiques (1972, 1991-1992, 2001-2002), dont la dernière, de mars 2009 à décembre 2013, a peut-être été la plus rude. Pendant cinq longues années, l’île a été mise au ban des organisations régionales et internationales (SADC, Union africaine, Francophonie), qui l’ont accompagnée dans la médiation, mais ont suspendu leurs aides financières. Le FMI a limité ses interventions au maintien d’un bureau de liaison à Tana.

L’Union européenne a gelé son aide au développement. Quant aux États-Unis, ils ont exclu le pays de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), contraignant les ateliers des zones franches industrielles à licencier des milliers d’ouvrières et de techniciens.

L’intérêt général et l’urgence à remettre le pays sur les rails ont pris le pas sur les querelles d’ego et les luttes intestines

Fin 2013, la présidentielle et les législatives se sont déroulées dans le calme. Hery Rajaonarimampianina, ministre des Finances pendant la transition, a été élu avec 53,5 % des voix et investi président de la République fin janvier 2014. Dans les mois qui ont suivi, le pays a repris sa place au sein des organisations dont il avait été suspendu, et, dès la fin de 2014, les bailleurs internationaux ont commencé à décaisser des centaines de millions de dollars pour permettre aux nouvelles institutions de repartir sur de bonnes bases.

Deux ans et trois gouvernements plus tard, passé quelques chahuts à l’Assemblée nationale à la mi-2015 contre le chef de l’État puis contre le gouvernement, l’échiquier politique malgache semble avoir enfin trouvé le bon équilibre. Le président Rajaonarimampianina prend de l’assurance et tient le cap des réformes. Dans l’hémicycle comme dans les états-majors des différents partis, l’intérêt général et l’urgence à remettre le pays sur les rails ont pris le pas sur les querelles d’ego et les luttes intestines. Comme dans une démocratie digne de ce nom.

Et pourvu que cela dure. Car la tâche est ardue pour l’exécutif malgache, dans un contexte économique et social tendu. Conjuguées aux effets de la crise économique internationale, les années de transition, avec leur lot d’incertitudes et de sanctions, ont été dévastatrices pour la population et l’économie, qui ne s’en sont pas encore relevées.

Avec un PIB tombé au-dessous des 400 dollars (environ 360 euros) par habitant (quand celui des voisins mauriciens dépasse 9 300 dollars), Madagascar se classe parmi les dix pays les plus pauvres du monde, malgré son formidable potentiel minier, agroalimentaire, touristique, manufacturier et, tout simplement, humain… Mais, enfin, la croissance, qui n’avait jusqu’à présent pas redécollé, devrait être de 4 % cette année et de 4,5 % l’an prochain. De nouveau, tous les espoirs sont permis.

Le fait que Madagascar joue de nouveau une place de premier plan sur la scène diplomatique et économique régionale devrait y contribuer. Le pays a présidé la Commission de l’océan Indien d’avril 2014 à février 2016. C’est à Antananarivo que la secrétaire générale de la Francophonie a inauguré le premier bureau régional de l’OIF, en mars. C’est à Antananarivo que s’est tenu le sommet du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) les 18 et 19 octobre. Et c’est à Antananarivo que la Francophonie organise son XVIe sommet les 26 et 27 novembre. Un rendez-vous naguère manqué, qui, pour tous, marque le vrai retour de Madagascar sur la scène internationale et au sein de la grande famille francophone.

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