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Mines : Madagascar, une île aux trésors à fort potentiel

Par - envoyé spécial

Raffinerie de cobalt et de nickel de la société Ambatovy, à Toamasina. © Rijasolo/Riva Press

Or, nickel, cobalt, chrome, saphirs, rubis… Madagascar a déjà tout de l’eldorado. Et son potentiel reste considérable, avec de nouveaux projets, notamment dans l’uranium.

«Premier venu, premier servi. » Telle est la devise de l’administration minière malgache. « Jusqu’à présent, c’était la règle », reconnaît Ying Vah Zafilahy, ministre auprès de la présidence chargé des Mines et du Pétrole. « Or, déplore-t-il, jusqu’en 2013, beaucoup de particuliers ont obtenu des carreaux pour presque rien et les revendent à de grands groupes étrangers au prix fort. C’est de la pure spéculation ! » Et c’est l’une des raisons pour lesquelles le code minier malgache, qui avait très peu évolué depuis l’indépendance, est en cours de révision.

L’État cherche à mieux protéger les exploitants locaux et les paysans qui découvrent des pierres ou des minerais, tout en attirant des investisseurs étrangers qui garantissent une gestion durable des ressources minières et dont les activités profitent aux populations locales.

Ressources minières

L’un des principaux sites industriels, entré en production en 2006, est l’immense gisement d’ilménite (dont la teneur de 60 % en bioxyde de titane lui confère une qualité supérieure) et de zirconium à Fort-Dauphin. Il est exploité par QIT Madagascar Minerals (QMM), coentreprise entre l’anglo-australien Rio Tinto (80 %) et l’État (20 %).

À Moramanga (Est), la société Ambatovy, qui associe le canadien Sherritt International (40 %), le japonais Sumitomo (32,5 %) et le sud-coréen Korea Resources (27,5 %), exploite depuis 2012 l’une des plus importantes mines de ni­ckel latéritique du monde. Un investissement total estimé à 8 milliards de dollars (mine, pipeline et raffinerie, près du port de Tamatave) pour une production qui, en pleine phase opérationnelle, s’élèvera à 60 000 tonnes de nickel et 5 600 t de cobalt raffinés, et à 210 000 t de sulfate d’ammonium (engrais).

La compagnie minière publique Kraoma, qui exploite la chromite à Majunga (Nord-Ouest) – une activité complexe et peu rentable –, cherche aujourd’hui à se diversifier dans l’exploitation de l’or, du béryllium et de la colombite. « Les secteurs des mines et du pétrole font partie des piliers du développement à Madagascar. Nous construisons des routes et des écoles, nous apportons aussi l’électricité », souligne Arsène Rakotoarisoa, le directeur général de Kraoma.

Longtemps informelle, la filière aurifère s’est récemment professionnalisée : 40 000 cartes d’orpailleur ont été distribuées, et quelques groupes étrangers commencent à venir prospecter, avec plus ou moins de succès. De juin à octobre, de violentes manifestations orchestrées par la population locale contre la mine d’or de Soamahamanina (Centre), dont les autorisations avaient été délivrées pendant la transition, ont contraint la société chinoise Jiuxing Mines à renoncer temporairement à son exploitation.

La mise en production des gisements d’uranium d’Antsirabe, dans les Hautes Terres (Centre), et de Tranomaro Amboasary (Sud) est prévue pour 2018. L’État se veut particulièrement vigilant concernant leur exploitation, assurée par le consortium indo-pakistanais Pan African Mining (PAM). L’Office des mines nationales et des industries stratégiques (Omnis) en sera d’ailleurs actionnaire à hauteur d’au moins 20 %

Du côté de la fiscalité, l’État envisage de fixer des taux variables pour la redevance minière en fonction de la rentabilité des produits exploités, au lieu du taux unique actuel de 2 %, qui s’applique quel que soit le minerai exploité. « Comparé à ceux en vigueur ailleurs en Afrique, ce taux est complètement dérisoire et ne profite pas au pays », déplore Toavina Ralambomahay, dirigeant du parti Humaniste et Écologiste.

Enfin, Antananarivo prévoit l’ouverture d’un Mining Business Center (MBC), où les professionnels pourront échanger et développer un circuit commercial 100 % malgache. Cette plateforme permettra aussi d’assurer une meilleure traçabilité des pierres précieuses et de limiter le trafic de saphirs et de rubis extraits des mines à ciel ouvert d’Ilakaka, à 700 km au sud d’Antananarivo.

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