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Tourisme : Madagascar, presqu’île du bout du monde

Par - envoyé spécial

Les villas quatre étoiles du Lodge. © François-Xavier Freland pour JA

Des mangroves, des plages de sable blond et des centaines d’hectares de réserve naturelle privée : la péninsule d’Anjajavy est un véritable jardin d’Éden.

Dans le petit avion de Madagascar Trans Air (MTA), un groupe de riches éleveurs vénézuéliens se signent avant de décoller de Mahajanga, sur la côte nord-ouest de la Grande Île. « Nous sommes des aficionados de paysages naturels. Chaque année, nous partons découvrir des terres du bout du monde », confie Asdrubal, jumelles en bandoulière. Direction : 120 km au nord, à bord du Cessna Caravan.

Paysage idyllique

Après un survol des parcs à crevettes, à l’horizon brûlé par les incendies, apparaît une immense étendue verte. Des kilomètres carrés de forêt, bordée de longues plages de sable blond : la presqu’île d’Anjajavy, une aire protégée et à l’accès préservé, puisque aucune route n’y mène. Seule la piste en latérite orange sur laquelle l’appareil atterrit relie cette réserve privée au reste du monde.

Une Jeep emmène son petit lot de touristes privilégiés au cœur de la mangrove, avant de traverser une épaisse forêt. Ici et là, sautillant d’une branche à l’autre, apparaissent des lémuriens bruns ou des sifakas de Coquerel (espèce en danger et des plus rares), tandis que le huppé malgache et le foudi rouge, deux oiseaux élégants, accompagnent le voyage de leur chant tropical.

Au bout du chemin, comme un grand vaisseau en bois échoué sur la plage, se dresse le Lodge, hôtel-restaurant 4 étoiles, membre du réseau Relais & Châteaux depuis 2004. Près d’une immense piscine d’eau de mer à débordement, face au canal du Mozambique, à l’abri d’une haie de palmiers, 24 bungalows de palissandre, tout confort et climatisés, s’éparpillent le long de la plage.

Louise Jasper

Sifakas (ou propithèques) de Coquerel. © Louise Jasper

Un cadre idyllique

Créé en 2001 par le Français Dominique Prat, le Lodge Anjajavy a été racheté par Amirali Rajabali et son fils Sameer – dont le groupe est actif dans le tourisme, l’immobilier (Eden), le BTP (SCB). Dans le hall, le directeur général, Cédric de Foucault, reçoit lui-même ses hôtes avec un cocktail de bienvenue. Né à Madagascar d’une famille d’origine française qui vit depuis cent cinquante ans sur la Grande Île, ce descendant du célèbre corsaire Surcouf, avec son épouse malgache et ses deux filles, donne une âme à cette villa d’un autre temps.

Épaulés par une équipe soudée de 150 employés, la plupart d’entre eux originaires du village voisin, ils apportent cette petite touche qui fait du Lodge Anjajavy plus qu’un hôtel de luxe. Parfois, le soir, l’aînée des enfants joue des airs de Beethoven au piano pour accompagner discrètement le dîner. Pendant que Rebasy Cressent, le chef malgache, compose ses spécialités à base de crevettes sauvages ou de crabe de mangrove pêchés du jour.

« Lorsque j’ai repris en main l’hôtel, en 2009, explique Cédric de Foucault, il n’y avait pratiquement que du personnel d’origine étrangère, qui restait une saison puis partait. J’ai rectifié le tir en faisant travailler les habitants du village voisin. Ils se sentent ainsi davantage responsables de notre projet d’écotourisme. Et il y a moins de départs de feu. » En effet, à Madagascar, l’ancestrale technique agricole de culture sur brûlis a décimé les trois quarts de la forêt. Le Lodge Anjajavy tente tant bien que mal de protéger ses 750 ha de réserve naturelle.

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Afin de sensibiliser les touristes, plusieurs excursions de quarante-cinq minutes, à pied ou en kayak, ont lieu chaque jour. On peut y découvrir 130 espèces d’oiseaux et 1 800 de plantes, pour la plupart endémiques, une station de reproduction des tortues Rere (en voie d’extinction), des tsingy millénaires – ces fameux vestiges coralliens sculptés par l’érosion –, des criques…

Bill Gates, le PDG de Microsoft, et Richard Branson, celui de Virgin, entre autres, y ont séjourné. « Je dis souvent aux habitants du coin, étonnés et fiers de voir débarquer toutes ces célébrités, qu’en réalité ce sont eux les plus riches, puisqu’ils n’ont pas besoin de prendre l’avion pour profiter de cette nature unique », résume Cédric de Foucault. Le matin, lorsque le soleil pointe et que la mer frémit, on a presque l’impression de vivre la naissance du monde.

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