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Madagascar : « Plus de 40 % des exportations de l’île se font vers l’UE »

Antonio SANCHEZ-BENEDITO, Ambassadeur de la Délégation de l’Union Européenne à Madagascar, pose dans son bureau. © RIJASOLO/RIVA PRESS pour JA

Jeune Afrique a interviewé Antonio Sánchez-Benedito Gaspar, ambassadeur et chef de la délégation de l’Union européenne à Madagascar.

Large sourire, poignée de main chaleureuse, Antonio Sánchez-Benedito Gaspar, 48 ans, est d’un naturel optimiste. Cet Andalou pur jus, fan de flamenco, est aussi un Européen convaincu : « Je suis espagnol, mais quand je mets la cravate, je deviens européen. Je défends les intérêts de tout un continent ! » Avocat d’affaires proche du Parti populaire, Antonio Sánchez-Benedito Gaspar a étudié le droit à Madrid avant de terminer son cursus universitaire en Allemagne, puis de se lancer, dès 1994, dans une carrière diplomatique.

D’abord chef de mission au sein des ambassades d’Espagne en Libye, en Angola, au Salvador, puis au Mozambique, il devient directeur général adjoint et chef du département des affaires subsahariennes et panafricaines au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération d’Espagne (2004-2008), puis ambassadeur en Éthiopie, à Djibouti et aux Seychelles (2008-2011).

Ensuite, jusqu’en 2013, il a occupé le poste d’ambassadeur spécial pour le Sahel et de conseiller au cabinet du secrétaire d’État espagnol pour la Coopération internationale, avant de prendre ses fonctions à la tête de la délégation de l’Union européenne (UE) à Madagascar en septembre 2014.

Jeune Afrique : Vous connaissez bien l’Afrique. Qu’est-ce qui fait la spécificité de Madagascar par rapport au reste du continent ?

Antonio Sànchez-Benedicto Gaspar : « Madagascar, ce n’est pas l’Afrique » est la première chose qu’on m’a dite lorsque je suis arrivé ici. Et, en effet, le caractère insulaire de ce pays l’a toujours isolé du reste du monde et marque profondément les mentalités. Le lien avec la communauté internationale est d’ailleurs très faible, et, contrairement aux idées reçues, Madagascar est sous-aidée par rapport à d’autres pays en difficulté.

Pendant longtemps, les élites locales se sont partagé le pouvoir économique et politique. Résultat : Madagascar est l’un des rares pays au monde dont les indicateurs socio-économiques ont chuté depuis 1960 sans qu’il y ait eu ni guerre ni grande catastrophe naturelle !

Comment l’Union européenne aide-t-elle concrètement Madagascar ?

Nous nous sommes d’abord investis politiquement, avec toute notre capacité d’influence, pour consolider l’étape vers la stabilité démocratique du pays. Ensuite, en matière d’aide au développement, nous lui octroyons une enveloppe de 518 millions d’euros depuis 2014, et jusqu’en 2020, à travers le Fonds européen de développement [FED].

En matière de développement durable, l’UE concentre ses efforts sur trois régions prioritaires : dans le Sud, vers Fort-Dauphin, dans le Nord et sur l’axe Antananarivo-Tamatave [Est]. Nous créons des couloirs de croissance économique en construisant des routes et en électrifiant les zones rurales.

L’UE est aujourd’hui le premier partenaire de Madagascar. Grâce aux accords de libre-échange, plus de 44 % des produits exportés par l’île Rouge le sont vers l’Union européenne. On constate d’ailleurs un regain d’intérêt de la part des hommes d’affaires allemands, italiens et même espagnols, notamment dans l’agrobusiness, les mines et les hydrocarbures, ou encore le tourisme.

Il y a un immense potentiel, mais on sent encore des hésitations. Car tout dépend de la capacité du gouvernement malgache à démontrer qu’il est sincèrement engagé contre la corruption et pour assurer l’indépendance de la justice.

Et qu’est-ce qui vous donne des raisons de croire en Madagascar ?

D’abord, il y a une amorce de croissance économique, avec un taux prévu d’environ 4 % pour 2016. Le taux de pression fiscale, autour de 10 %, est le plus bas au monde. En matière de contrôle des dépenses publiques, Madagascar s’améliore aussi.

Quant au plan politique, cela va sans dire, les institutions sont plus solides qu’en 2013. Cependant, la situation sociale reste très préoccupante : 80 % des Malgaches vivent au-dessous du seuil international de pauvreté, selon la Banque mondiale, et l’insécurité a explosé. Au regard de l’histoire du pays, il faut donc rester vigilant.

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