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Madagascar : l’entreprise familiale Sotramex se lance dans la production d’extraits bruts de plantes

Par - envoyé spécial

Récolte d’aphloia, près du village d’Ampasimpotsy, dans l’est de l’île. © RIJASOLO/RIVA PRESS

Spécialisé dans la collecte de plantes médicinales et la fabrication d’huiles essentielles, Sotramex se lance dans la production d’extraits bruts de plantes.

L’histoire de Sotramex est d’abord celle d’une rencontre. Entre Lisy Andriamihaja, gestionnaire financier, et Rakiady Rarimampianina, entrepreneur, tous deux nés peu après l’indépendance – elle en août 1963, lui en décembre 1960. En 2000, ils décident de s’unir dans le travail comme dans leur vie personnelle et créent Sotramex, une entreprise de collecte de plantes médicinales et à usage cosmétique.

Ils commencent par exporter du riz rouge et de l’argile bleue vers l’Europe et l’Asie, puis se spécialisent dans les huiles essentielles. « Au début, ni l’un ni l’autre n’avions de véritables connaissances en botanique ni de passion pour les plantes. Cela dit, j’ai toujours aimé jardiner, donc, inconsciemment, je m’y intéressais », se souvient Lisy Andriamihaja, directrice générale adjointe de l’entreprise. « On a rapidement gagné la confiance de nos clients, poursuit-elle. Car, malgré les obstacles, les mauvaises récoltes, les difficiles conditions climatiques et la paperasserie, on respectait toujours le cahier des charges. » Parmi ces clients, les grands groupes européens de la pharmacie et de la cosmétique.

La diversification, clé du succès

Contrairement à d’autres pionniers de la filière, comme Homeopharma, Lisy Andriamihaja et Rakiady Rarimampianina choisissent de se cantonner à la collecte et à l’exportation des matières premières. Rapidement, la petite entreprise se diversifie et cherche de nouvelles plantes. L’île Rouge est un jardin extraordinaire, et ils n’ont que l’embarras du choix.

Le couple part à la découverte des régions les plus vertes, notamment dans l’est de l’île, dans la région de Moramanga, en quête de cueilleurs de plantes aux vertus médicinales. Là, ils découvrent la Centella asiatica (talapetraka, en malgache), une herbacée rampante riche en asiaticoside et en madécassoside que l’on cueille au bord des rizières, aux propriétés raffermissantes pour la peau, ou encore l’Aphloia theaeformis, surnommée thé malgache, dont les vertus régénérantes, anticellulite et antivieillissement sont parmi les plus recherchées.

« Aujourd’hui, nous assurons la cueillette d’une quinzaine de plantes sauvages, réalisée par des villageois, puis nous nous chargeons de leur séchage, de leur conditionnement en ballots et de leur expédition vers l’étranger », précise Lisy Andriamihaja.

Les activités et l’organisation de la PME ont attiré l’attention du groupe français Yves Rocher. « Nous avons été contactés en 2007 parce qu’ils s’intéressaient à nos plantes, en particulier au Siegesbeckia orientalis, qui possède des propriétés cicatrisantes, apaisantes et antivieillissement reconnues. Son nom malgache se traduit par “je veux bien être blessé, comme ça je peux en profiter”, et, à la campagne, on la surnomme “guéris vite”… En résumé, elle sert à soigner les blessures. »

Une affaire de famille

Sotramex, qui exporte 200 tonnes de plantes par an, se lance désormais dans la production d’extraits bruts de plantes. Une petite usine d’extraction des principes actifs de plantes utilisées en cosmétique a été construite, juste à côté du siège de l’entreprise, à Antananarivo. Le matériel et la formation des ouvriers ont été financés par plusieurs clients, dont Yves Rocher. En juin, le PDG du groupe français, Bris Rocher, est venu en personne visiter les locaux et vérifier les premières productions.

À partir de mars 2017, 70 kg d’extraits de plantes devraient sortir chaque mois de la nouvelle unité. Cette filière végétale durable, protégée par plusieurs brevets relatifs à l’élaboration des produits, fait l’objet d’un contrat d’exclusivité associant Sotramex, Yves Rocher et le ministère malgache de l’Écologie.

Aujourd’hui, la PME emploie 42 salariés et est plus que jamais une affaire de famille puisque le fils aîné, Niry, 25 ans, s’occupe de la partie technique, notamment du choix des machines, et la fille cadette, Kanto, 23 ans, des projets de développement durable. C’est elle qui recrute et forme les nouveaux cueilleurs et les ouvriers. « Nous veillons à ce qu’il n’y ait pas d’abus, car certaines plantes, comme la Centella asiatica, ne peuvent être replantées.

Il faut cueillir les feuilles à la main, avec précision et, surtout, ne pas arracher les racines, sous peine de voir la plante disparaître définitivement », insiste Lisy Andriamihaja. L’entreprise, qui est membre de l’Union pour le bio-commerce éthique (UEBT, Union for Ethical BioTrade), assure par ailleurs le reboisement de 35 ha de forêt près d’Ambatondrazaka (Est) et d<e 13 ha à Antsahafilo (Centre).

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