Fermer

Leïla Slimani : une « Chanson douce » qui fait du bruit

La Franco-Marocaine au restaurant Drouant, où le jury lui a fait part de son choix, le 3 novembre. © Martin BUREAU/AFP

L’ancienne collaboratrice de Jeune Afrique a reçu le prestigieux prix Goncourt pour son deuxième roman. Un choix atypique pour l’académie, aux goûts généralement plus classiques.

Pour son deuxième roman publié, Leïla Slimani, 35 ans, a réussi un coup de maître. Citée à la rentrée pour cinq des prix littéraires français les plus célèbres (Goncourt, Renaudot, Flore, Femina, Interallié), sa Chanson douce (Gallimard, août 2016) a remporté le 3 novembre, peu avant 13 heures, les palmes de l’académie Goncourt.

Et la rédaction de Jeune Afrique d’applaudir le succès de cette ancienne collaboratrice, le deuxième journaliste maison à recevoir la prestigieuse distinction, après Amin Maalouf en 1993 pour Le Rocher de Tanios.

Place au présent

Désignée favorite par nombre de critiques, Leïla Slimani se montrait très prudente la veille encore : « Nul ne sait de quoi demain sera fait. » Au restaurant Drouant, où les membres de l’académie l’avaient convoquée pour lui annoncer la nouvelle, elle avouait à Bernard Pivot : « Je me demande si tout cela est bien réel, j’ai du mal à y croire. »

Son président a confessé que le jury s’était cette fois écarté des sentiers battus depuis des décennies : « D’habitude, l’académie Goncourt récompense des livres du passé. Cette année, elle élit un livre qui parle du présent, du quotidien, et de ses problèmes, comme cette question de déléguer l’autorité et l’amour à une personne étrangère à la famille. Beaucoup pourront se reconnaître dans ce livre. »

Infanticide

Un roman à recommander tout particulièrement en effet aux parents de jeunes enfants, qui pourront ressentir dans leur chair la mélodie funèbre de cette Chanson douce dédiée à Émile, le fils de Leïla. Dans un style simple comme celui d’un conte de fées, celle-ci raconte comment Louise, une nounou parfaite employée par un couple de bourgeois parisiens, en vient à massacrer les deux bambins dont elle a la garde, scène qui fait l’ouverture du roman.

Un profil atypique

Le profil de Leïla, atypique pour un lauréat du Goncourt, n’a pas manqué d’être relevé. Contrairement à plus de 90 % des auteurs distingués, elle n’est pas un homme d’un certain âge multirécidiviste dans le domaine de la fiction. En outre, la romancière a vu le jour au Maroc.

Mais ces considérations l’intéressent peu : née le 3 octobre 1981 d’un père banquier marocain et d’une mère médecin algéro-alsacienne, elle a la nationalité française et se sent aussi pleinement européenne qu’africaine, loin des débats incertains sur l’identité qui agitent l’Hexagone.

Et si Chanson douce est son deuxième roman paru, elle cultive depuis longtemps le goût des arts et des lettres. Ancienne élève du cours Florent d’art dramatique, elle a joué un rôle dans Wake up Morocco, un film de Narjiss Nejjar sorti en 2006. Mais si explorer cette voie l’a passionnée, elle avoue elle-même n’être pas faite pour cette carrière.

Parcours

C’est à l’issue de son cursus à Sciences-Po Paris qu’elle entreprend de vivre par les mots, intégrant en 2008 – année de son mariage avec un banquier parisien – l’équipe de JA, pour lequel elle couvre le Maroc. Cela lui permet de se lier, entre autres, avec l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun, qui lui prodigue de précieux conseils.

Devenue mère en 2011, elle quitte l’hebdomadaire au début de l’année suivante et s’attelle à l’écriture d’un livre, le deuxième de sa main mais le premier à être édité – par la maison Gallimard, dans sa prestigieuse collection « Blanche », en 2014. Dans le jardin de l’ogre reçoit un succès critique et commercial très prometteur, sinon annonciateur.

Mais cette réussite ne détourne pas Leïla Slimani de son goût pour l’enquête journalistique, la Franco-Marocaine se préparant à publier Sexe et Mensonges, un essai rassemblant des entretiens sur la sexualité au Maroc réalisés avec des femmes rencontrées dans son pays natal.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici