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Le robusta reprend des forces

Ce café de basse altitude se distingue par son arôme puissant (ici, au Kenya). © Thomas Koehler/Photothek via Getty Images

Délaissée depuis les années 1990, cette variété de café regagne du terrain sur le continent. Et si cette tendance annonçait une embellie durable pour le secteur ?

Fin août, à Amélékia, à 230 km au nord d’Abidjan, une dizaine de planteurs sélectionnée par le Conseil du café-cacao ivoirien a reçu des jeunes plants pour dix hectares, afin de relancer la culture du café dans cette zone. La Côte d’Ivoire poursuit un programme doté d’un budget de 8 milliards de F CFA (12 millions d’euros) pour la période 2013-2018 afin de dynamiser une filière fragilisée par une décennie de crise. Déjà, les premiers effets de cette stratégie se font sentir.

Deuxième exportateur africain de robusta, la Côte d’Ivoire a produit 2,2 millions de sacs de 60 kg lors de la campagne 2015-2016, un niveau qu’elle n’avait pas atteint depuis six ans. En Ouganda aussi, cette variété reprend des couleurs. Les rendements ont augmenté, et la production a enregistré un record de 4,2 millions de sacs. Le pays s’est aussi lancé dans un programme de plantation, prévoyant de mettre en terre 900 millions de pousses entre 2016 et 2019 afin de parvenir à une production record de 20 millions de sacs.

Grâce au robusta, le café africain connaît peut-être le début d’une embellie attendue depuis longtemps – le continent ne contribue aujourd’hui qu’à un peu plus de 10 % de la production mondiale, contre 30 % dans les années 1970.

Le robusta regagne du terrain

La culture de cette variété a été délaissée au cours des années 1990, alors que les plantations étaient ravagées par les pestes, que les cours chutaient et que plusieurs pays producteurs étaient minés par des guerres civiles. En 2001, plus de 50 % des surfaces avaient été arrachées en Ouganda alors qu’en RD Congo, au Soudan et en Côte d’Ivoire les caféiculteurs devaient composer avec les conflits armés.

Mais le robusta regagne du terrain. Il y a trois ans, il représentait 30 % de la production africaine, contre 40 % aujourd’hui. Il profite notamment de la hausse de la demande, particulièrement dans les économies émergentes asiatiques. Entre les campagnes 2010 et 2015, la demande mondiale a bondi de 54,8 millions de sacs à 70,3 millions, alors que celle en arabica passait de 81,8 millions de sacs à 86,6 millions. Ce nouvel intérêt est encore notable cette année, avec une hausse du cours de 5,8 % du fait des déficits de production au Brésil, au Vietnam et en Colombie, résultat d’importantes sécheresses. D’autant que le phénomène El Niño en Ouganda, en RD Congo et au Soudan du Sud a entraîné a contrario d’importantes pluies favorables aux récoltes.

Cette renaissance, qui devra être confirmée, tient aussi au travail réalisé par de nombreux experts et ONG pour aider les planteurs à adopter des techniques plus modernes et améliorer les conditions de récolte, de séchage et de stockage. Un travail de terrain et de longue haleine qui devra être accompagné par une démarche marketing capable de valoriser davantage ce café de basse altitude, à l’arôme puissant.

En 2015, c’est Nespresso qui a débuté la commercialisation d’un robusta provenant du Soudan du Sud.

S’il est déjà apprécié dans les pays du pourtour méditerranéen et du sud de l’Europe comme l’Algérie, l’Italie, le Portugal, l’essentiel de la production est pour l’instant utilisé pour agrémenter des mélanges composés d’arabica, plus rond, aromatique et doux en bouche. Preuve que les habitudes peuvent évoluer, des géants comme Nestlé développent des partenariats avec des petits producteurs, de l’Éthiopie à la Côte d’Ivoire. En 2015, c’est Nespresso, inventeur des machines expresso à doses, qui a débuté la commercialisation d’un robusta provenant du Soudan du Sud.

Interrogé par le Wall Street Journal, Edward George, responsable des études pour Ecobank, estime que ces efforts ont à la fois aidé à faire progresser les rendements et permis une montée en gamme des dernières récoltes. « Mais la production de bonne qualité reste encore trop morcelée, ce qui rend l’approvisionnement difficile », explique Jean-Pierre Blanc, fondateur du groupe Malongo, qui privilégie toujours l’Inde pour son approvisionnement en robusta.

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