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Diabète : la recherche, un vrai combat à Yaoundé

Un centre d’investigation clinique est implanté au sein de l’hôpital central. © jean-pierre kepseu

À l’œuvre depuis 2001, les équipes de Jean-Claude Mbanya et Eugène Sobngwi ont obtenu une reconnaissance internationale pour leurs travaux. Mais elles luttent pour trouver des financements.

Derrière la direction de l’hôpital central de Yaoundé, ce bâtiment ocre de quatre étages ne paie pas de mine. Son rez-de-chaussée, qui abrite le Centre national d’obésité, est envahi par des malades attendant d’être reçus. Mais c’est en son sein qu’un centre d’investigation clinique sert depuis 2006 de cadre pour la recherche appliquée sur le diabète. Les essais cliniques les plus pointus sur les mécanismes et les traitements de la maladie y sont effectués.

Le diabète africain

Parmi ses faits d’armes figure la caractérisation du diabète atypique à tendance cétosique (DATC) – plus connu sous l’appellation de diabète africain et reconnu par l’OMS depuis 2012 – en collaboration avec l’équipe du Français Jean-François Gauthier. Présent chez les populations subsahariennes et noires américaines – et marginalement chez les Chinois et les Japonais –, il a la particularité d’évoluer du type 1 (dépendant à l’insuline) vers le type 2 (non dépendant).

« Au bout de quelques jours, voire quelques semaines, nous arrivons à arrêter l’insuline et même les comprimés. Nos patients sont comme guéris. L’un d’eux est resté pendant douze ans sans traitement », détaille le professeur Eugène Sobngwi, qui admet toutefois que ce phénomène ne touche que 15 % des malades. « Cette spécificité amène souvent les tradipraticiens à croire, de bonne foi, qu’ils guérissent le diabète », ajoute-t-il.

La recherche sur le diabète africain mobilise les chercheurs camerounais depuis 2001. Ceux-ci ont notamment démontré un lien entre cette maladie et le climat. « Nous recevons ce type de patients en grand nombre entre septembre et novembre, ce qui correspond à la saison des pluies, alors qu’ils sont absents en avril et mai, en pleine saison sèche », constate Eugène Sobngwi. Ils ont également établi que la réactivation saisonnière de certains virus, à l’instar de l’herpès virus 8, provoque sa résurgence.

Pas assez de fonds attribués à la recherche

La recherche fondamentale s’effectue quant à elle au centre de biotechnologie de l’université de Yaoundé I, dirigé par le professeur Jean-Claude Mbanya. Ce dernier coordonne aussi la recherche épidémiologique, à travers le groupe de recherche Health of Populations in Transition (Hopit), dont les données ont permis d’établir que le diabète affecte 6 % d’adultes en milieu urbain et le double en milieu rural, essentiellement à cause de la réduction de l’activité physique.

Mais les résultats obtenus en endocrinologie-diabétologie, qui valent aujourd’hui une reconnaissance internationale aux deux enseignants-chercheurs, seraient plus importants si les moyens humains et financiers suivaient. Sur les six personnes qui travaillent au centre d’investigation, seules deux sont principalement employées pour la recherche. Et elles ne peuvent y consacrer que 30 % de leur temps ! Du personnel est parfois recruté temporairement en fonction des projets, financés par à-coups.

En l’absence de fonds publics dédiés, « nous sommes obligés de postuler pour obtenir des financements étrangers, comme ceux de l’Union européenne. Il nous arrive parfois de remporter l’appel d’offres. Mais le plus souvent, nous payons de notre poche », se désole Eugène Sobngwi, qui déplore leur incapacité à élaborer un budget pour faire fonctionner les laboratoires.

Pour l’équipe camerounaise, seuls les partenariats dans la recherche avec leurs homologues français, anglais et américains, ainsi que l’ardeur et l’abnégation de certains étudiants leur permettent encore de rester compétitifs.

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