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Tunisie : « Rien ne se fera sans l’agriculture »

Par - à Tunis

Ben Becher © DR

Pour Leith Ben Becher, Président du Syndicat des agriculteurs de Tunisie (Synagri), il est impératif de produire plus et mieux, tout en préservant les ressources hydriques du pays.

Jeune Afrique : Pourquoi et comment la Tunisie doit-elle renouer avec son agriculture ?

Leith Ben Becher : Il faudrait produire plus et mieux. Pays d’agriculture pluviale, la Tunisie souffre de la rareté de l’eau, de la fragilité de ses sols – elle perd chaque année plus de 10 000 ha de terres arables à cause de la seule érosion –, de la désertification et d’une urbanisation croissante, qui autorise des constructions sur des terres irriguées.

Notre enjeu de durabilité – c’est-à-dire de nécessaire préservation – est d’améliorer nos productions et de permettre aux exploitants de vivre décemment de leur travail tout en satisfaisant une population de plus en plus exigeante.

Tout ne se fera pas avec l’agriculture, mais rien ne se fera sans elle

Quel est votre diagnostic ?

Nous sommes restés sur un modèle de révolution verte, comme en Amérique du Sud, et n’avons pas stabilisé la gestion de nos ressources hydriques, alors que l’eau se fait rare et qu’intervient un net changement climatique.

La bonne gouvernance exige quant à elle que les agriculteurs aient un statut, que ce sentiment de mépris qu’on leur porte soit levé, de même que l’iniquité fiscale dont ils font l’objet. Et, face au désengagement de l’État, il est temps de donner de réels contenus à la formation comme à l’information sur les nouvelles techniques.

Seule la prise en compte des enjeux de durabilité, de gouvernance et d’équité sociale placera l’équilibre territorial au cœur des priorités socio-économiques. Tout ne se fera pas avec l’agriculture, mais rien ne se fera sans elle.

Quelles nouvelles orientations la politique agricole devrait-elle suivre ?

Il s’agit tout d’abord d’établir un nouveau pacte de viabilité entre l’agriculture et la société. Quel prix cette dernière est-elle prête à payer pour se nourrir correctement sans laisser les agriculteurs sur le bord de la route ?

Il faut aussi faire des choix et des arbitrages à court et moyen termes. Doit-on encore produire des protides ou « de l’eau solide » avec des tomates et des pastèques ? Faut-il s’entêter à poursuivre certaines stratégies même si elles ont conduit à des monocultures et engendré une illusion d’autosuffisance alimentaire ?

Par exemple, l’élevage de la holstein [race bovine la plus répandue en Tunisie], qui consomme du maïs et du soja importés dont le coût pèse sur la balance commerciale, est-il vraiment rentable ? Faut-il continuer à subventionner les huiles importées plutôt que la production locale ? Il est urgent d’en finir avec les positions paradoxales.

Pour passer « de la fourche à la fourchette », il est indispensable aujourd’hui de construire les filières, de libérer les énergies, de permettre aux différents acteurs de se rencontrer en créant des chambres d’agriculture et des centres de gestion pour que les professionnels se prennent eux-mêmes en main.

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