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Mauritanie : qui après le président Ould Abdelaziz, et comment ?

Par - envoyé spécial

Mohamed Ould Abdelaziz prononçant son allocution lors de la clôture du dialogue national inclusif, le 20 octobre, à Nouakchott. © Watt abdel jelil

À l’issue du dialogue national inclusif rassemblant la majorité et une partie de l’opposition, le président Mohamed Ould Abdelaziz a réaffirmé sa décision de ne pas briguer un troisième mandat.

Un référendum devrait être organisé par les autorités mauritaniennes dans le courant du mois de décembre. Il portera notamment sur la suppression du Sénat, la création de conseils régionaux, la modification de l’hymne national et du drapeau de la République islamique de Mauritanie. Ces réformes soumises au vote sont tirées des conclusions du « dialogue national inclusif » qui a mobilisé pendant trois semaines, du 29 septembre au 20 octobre, à Nouakchott, plus de six cents membres de la majorité et d’une partie de l’opposition.

Pas de troisième mandat !

La proposition de créer une vice-présidence n’a pas été retenue, pas plus que celles de reculer l’âge maximal pour briguer la magistrature suprême, aujourd’hui fixé à 75 ans, ou d’autoriser un troisième mandat présidentiel. Le président Mohamed Ould Abdelaziz avait promis à plusieurs reprises qu’il ne modifierait pas la Constitution pour obtenir un troisième mandat, position qu’il a confirmée lors de son discours de clôture du dialogue inclusif. Cela n’a pas dissuadé l’opposition dite « radicale » d’organiser, le 29 octobre, dans la capitale, une manifestation de plusieurs milliers de personnes, selon l’AFP, pour dire « non à un troisième mandat ».

En tête du cortège défilaient les responsables de la coalition du Front national pour la démocratie et l’unité (FNDU), dont son président Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine, ou encore Mohamed Ould Maouloud, leader de l’Union des forces du progrès (UFP), mais aussi l’ancien président de la transition, Ely Ould Mohamed Vall.

Pris de court par l’abandon officiel de l’idée d’un troisième mandat, les opposants ont scandé les slogans « Non au tripatouillage de la Constitution », « Halte à la gabegie et à la corruption » ou encore « Non à l’atteinte aux symboles de la République ». Ils ne croient pas à la bonne volonté du pouvoir en l’absence d’améliorations en matière d’accès de tous les partis aux médias officiels ou de neutralité de l’administration. Ils dénoncent un « agenda caché » du président pour installer l’un des siens au pouvoir en 2019.

Pour sa part, Ely Ould Mohamed Vall refuse toujours d’ajouter foi au renoncement à un troisième mandat réaffirmé par le Président, son cousin. « Je ne l’ai jamais cru, car il est d’une totale malhonnêteté, déclare-t-il. Pour tirer notre pays de la crise où il s’enfonce, il faut une solution comportant des garanties et non une solution où le président agirait selon son bon plaisir. » Il ne fait guère de doute que le « oui » l’emportera au référendum. Et la principale conséquence en sera la création d’une véritable régionalisation permettant aux populations négro-mauritaniennes du Sud de participer enfin à la gestion de leur territoire… à condition que des moyens financiers soient eux aussi décentralisés.

Qui pour succéder à Aziz en 2019 ?

Mais la classe politique mauritanienne se préoccupe surtout de l’élection présidentielle de 2019. L’opposition est atomisée. Nombre de ses leaders auront dépassé l’âge limite pour se présenter, comme Ahmed Ould Daddah (Rassemblement des forces démocratiques, RFD) ou Messaoud Ould Boulkheir (Alliance populaire progressiste, APP). Biram Ould Abeid (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste, IRA) est trop clivant pour faire beaucoup mieux que les 8,67 % qu’il avait recueillis à l’élection de 2014.

Restent Mohamed Ould Maouloud et le parti islamiste Tawassoul. Membre du FNDU, mais avec un pied en dehors, ce dernier joue un jeu subtil, comme il l’a fait aux législatives de 2014 en refusant d’appliquer le boycott décidé par ses partenaires du FNDU.

Tout le monde se doute que le prochain Président sera celui qu’Aziz aura adoubé. Or aucun nom ne s’impose. Une guerre ouverte oppose le Premier ministre, Yahya Ould Hademine, et son prédécesseur, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, ministre secrétaire général de la présidence et organisateur du dialogue inclusif. Certains citent le nom du président du Sénat, Sidi Mohamed Ould Maham, bien qu’il n’ait pas toujours été d’accord avec la suppression de la Haute Assemblée. Qui le président Ould Abdelaziz choisira-t-il ? Et comment s’y prendra-t-il pour l’imposer ? Telles sont les deux questions qui agiteront Nouakchott dans les mois à venir.

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