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Diabète : les grands laboratoires pharmaceutiques sur le pied de guerre

Au Mali, le prix du flacon d’insuline a été divisé par deux. © Jacob ehrbahn/Novo Nordisk

Prévention, formation, production de médicaments… Pour répondre au défi sanitaire posé par l'explosion du diabète, les grands laboratoires se positionnent sur le continent et tentent de s’adapter à ce marché hors du commun.

Alors que le nombre de diabétiques va doubler d’ici à 2030 sur le continent, un marché d’envergure s’ouvre aux grands laboratoires pharmaceutiques mondiaux. Le français Sanofi, le danois Novo Nordisk, l’allemand Merck, l’américain Lilly, tous se préparent d’ores et déjà à répondre à une demande qui s’annonce exponentielle en insuline et en cachets antidiabétiques oraux (appelés aussi metformine ou Glucophage). Deux solutions qui sont parfois cumulées, selon le type et la gravité de l’affection.

Novo Nordisk, leader africain

Représentant 46 % du marché mondial de l’insuline, Novo Nordisk prévoit ainsi de traiter 3 millions de malades africains d’ici à 2020, soit un million de plus qu’aujourd’hui. Il dispose déjà de cinq filiales sur le continent (au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye et en Afrique du Sud) et de trois bureaux au sud du Sahara (à Dakar, à Lagos et à Nairobi). Et ses usines algériennes de Tizi-Ouzou et de Constantine, établies en partenariat avec le groupe pharmaceutique national Saidal, ont augmenté leurs cadences.

Fin 2015, la société danoise a investi dans l’extension de ce premier site pour accroître la capacité des lignes de production et passer de 600 millions d’antidiabétiques oraux (soit 20 millions de boîtes) par an à 1 milliard. Cette unité, qui produit ces comprimés mais aussi de l’insuline, pourra d’ici à deux ou trois ans proposer des stylos préremplis, de dernière génération.

La production de Merck doublera aussi dans les dix ans pour atteindre 2 milliards de comprimés d’anti­diabétiques, projette le docteur Karim Bendhaou, président pour l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb.

Présent en Tunisie, en Algérie, en Afrique du Sud, au Nigeria et en Éthiopie, le groupe allemand, qui a ouvert en octobre une filiale en Côte d’Ivoire, mise plutôt sur des partenariats avec des investisseurs locaux pour la fabrication de ses produits, avec transferts de technologie à la clé. Une stratégie également adoptée par Lilly, qui continue néanmoins à produire son insuline aux États-Unis et en Europe.

Favoriser l’accès aux soins

Mais avant de pouvoir fournir au mieux patients et pharmacies, ces « big pharmas » doivent répondre à des défis majeurs. Car les deux tiers des malades ne sont pas encore dépistés. Pour accroître l’accès aux médicaments, très insuffisant, et améliorer les traitements, une grande partie de leur activité passe ainsi par des campagnes de prévention, la formation de médecins, la fourniture de bandelettes et de lecteurs ainsi que la mise en place de cliniques mobiles ou de suivis digitaux.

Ces actions de responsabilité sociétale sont particulièrement mises en avant par les laboratoires comme Novo Nordisk ou le suisse Roche dans ces pays à faibles revenus et qui manquent de couverture sociale, deux paramètres à prendre en compte. « Lorsqu’ils sont diagnostiqués, les diabétiques ne sont pas nécessairement traités avec les meilleurs médicaments. Les patients n’ont pas les moyens de se payer des doses optimales », explique Jean-Paul Digy, le vice-président Afrique de Novo Nordisk. Les antidiabétiques sont de plus en plus rarement disponibles sous la forme de génériques.

À la suite de la pression des États ou d’ONG, la plupart des laboratoires ont consenti des efforts. « Nous avons une politique de prix pour les pays les plus défavorisés, qui vise à ce qu’ils ne dépassent pas 20 % des tarifs moyens européens », explique Jean-Paul Digy. Au Kenya, le flacon d’insuline de Novo Nordisk coûte aujourd’hui 5 dollars (4,50 euros), contre 18 auparavant, soit une baisse de plus de 70 %.

« Au Mali, nous sommes parvenus à faire passer ce produit de 10 à 5 euros, fait valoir Stéphane Besançon, directeur de l’ONG Santé Diabète à Bamako. Mais cela reste encore très cher. »

Selon Jean-Paul Digy, « leur accessibilité est aussi rendue plus difficile par les nombreux intermédiaires, grossistes, pharmaciens, dont les marges ne sont pas réglementées et qui peuvent faire tripler le prix du médicament. » Et par les taxes à l’importation que les États font toujours peser sur le coût des médicaments.

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