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Hasni Abidi : « En Suisse, le fait religieux est bien moins présent dans le débat politique qu’en France »

Hasni Abidi lors des MEDays 2012. © Stefan VOLK/LAIF-REA

Directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam), de Genève, et auteur du « Petit lexique pour comprendre l’islam et l’islamisme » (éd. Erick Bonnier, 2015), Hasni Abidi explique les particularités du système helvète.

Jeune Afrique : On a beaucoup parlé de l’interdiction des minarets en Suisse, votée par référendum en 2009. La question de l’islam suscite-t-elle dans ce pays les mêmes passions qu’ailleurs en Europe ?

Hasni Abidi : Le fait religieux y est bien moins présent dans le débat politique qu’en France. Ce référendum avait été soumis par un parti populiste, et le vote a été anecdotique : la Suisse ne compte que quatre minarets, et les musulmans locaux ne sont pas attachés à cet élément d’architecture. Avec un système politique fondé sur le triple pouvoir commune-canton-confédération, les prises de décision sont bien moins jacobines qu’à Paris. La culture du consensus favorise une gestion plus directe, apaisée et adaptée à la diversité de l’islam.

Cette décentralisation explique-t-elle à elle seule que le climat soit plus serein ?

Il faut aussi considérer que les musulmans de Suisse, pour beaucoup commerçants, fonctionnaires internationaux et banquiers, jouissent d’une meilleure situation socio-économique que leurs coreligionnaires d’Europe. L’islam apparaît beaucoup plus soluble dans la société traditionnelle qu’ailleurs.

La gestion du culte musulman ne pose donc que peu de problèmes ?

Une affaire récente a révélé une faiblesse. La grande mosquée de Genève est financée par l’Arabie saoudite. Or une partie de sa direction a été brutalement évincée par son parrain en 2007. La nouvelle direction est bien plus fermée et opaque, ce qui nourrit les soupçons. Pourtant, les autorités sont aussi impuissantes que réticentes à aller à l’encontre d’un partenaire économique tel que Riyad.

 

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