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Cameroun : y a-t-il des oursins dans les poches de Paul Biya ?

Le président du Cameroun, Paul Biya. © Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

Au sein du personnel du Palais présidentiel, il est un site internet qu'on cite souvent : « Radin.com ».

Biya n’a pas la générosité d’un Omar Bongo Ondimba ou d’un Gnassingbé Eyadéma, tantloineurs », se plaint un expert que le Président a souvent consulté.

Parfois, il promet, laconique : « Je vous verrai », avant de s’inscrire aux abonnés absents. Ainsi en a-t-il été pour cet ancien Premier ministre d’Afrique de l’Ouest qui a lancé une fondation et à qui le Camerounais avait promis une aide sonnante et trébuchante. Il s’est vite découragé de voir ses appels « bloqués » par une secrétaire du cabinet civil du président.

Un instrument de pouvoir

Paul Biya est-il « le Camerounais le plus riche », comme l’estimait son ex-ami le professeur Titus Edzoa ? Cette assertion est difficile à étayer. Vrai ou faux, son goût du secret nourrit la machine à rumeurs. Lorsqu’en juillet 2009 une ONG, le CCFD-Terre solidaire, publie un rapport qui lui attribue une fortune colossale, le chef de l’État est piqué à vif et se défend lors d’une conversation avec ses homologues sénégalais, Abdoulaye Wade, et équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo : « Ils ne peuvent pas établir que j’ai une fortune. »

Son rapport à l’argent ? « Il est celui d’un fils de catéchiste doublé d’un séminariste destiné à la prêtrise », analyse un ancien collaborateur. Biya vit sobrement. Selon un financier bon connaisseur de la cour, le président n’a pas de fortune. « Il aime moins l’argent que le pouvoir. Il peut parfaitement s’accommoder de ce qu’un membre de son entourage s’enrichisse de manière illicite. L’argent qu’il laisse ses proches détourner est un instrument pour tenir, contrôler, surveiller ceux-ci, au cas où l’envie leur viendrait de menacer son maintien à la tête de l’État. »

D’où, peut-être, son peu d’empressement à faire appliquer l’article 66 de la Constitution votée en 1996, qui dispose que « le président de la République, le Premier ministre, les membres du gouvernement et assimilés […] doivent faire une déclaration de leurs biens et avoirs au début et à la fin de leur mandat. »

Un patrimoine connu maigre

Dans les années 1990, le Français Jacques Chirac, alors maire de Paris, l’informe de ce que le ministre camerounais de l’Urbanisme et de l’Habitat est sur le point de brader un immeuble parisien appartenant à l’État du Cameroun. Biya ne bouge pas et laisse la transaction aboutir. Depuis lors, ledit ministre, qui avait été débauché au détriment d’un parti d’opposition, siège au gouvernement sans faire de vagues.

S’agissant du président lui-même, son patrimoine connu est maigre. On sait qu’il possède une agro-industrie, la Ferme moderne du Sud, comportant notamment un élevage de poules. Il détient également des tableaux de maîtres.

Raymond Bernard, ancien secrétaire général de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix (Amorc) et fondateur de l’Ordre rénové du temple (ORT), considéré comme le « berceau » de l’Ordre du temple solaire, dont les adeptes furent massacrés en 1994, expliqua à la police l’origine d’une partie de ses fonds en banque par la vente, pour 9 millions de francs français, d’un tableau de Bernard Buffet à la présidence du Cameroun. La somme avait été prélevée dans les comptes de la Société nationale des hydrocarbures (SNH).

Espèces

Biya exècre la monétique. Lorsqu’il voyage, le président emporte d’importantes sommes en devises dans des sacs placés sous la garde du directeur de cabinet civil. Dans un livre récemment publié, Yves Michel Fotso, alors directeur général de Cameroon Airlines, raconte les péripéties d’un voyage à Pékin. Lors d’une escale à Hong Kong, l’avion présidentiel (un Boeing 767 de la Camair-Co) ne peut repartir car la société de handling n’accepte pas le paiement de 148 000 dollars en espèces.

« Que devais-je faire ? s’interroge Yves Michel Fotso, présent dans la délégation. Laisser le chef de l’État en rade – dans l’attente d’un hypothétique virement – alors qu’il était attendu en visite officielle à Pékin ? Non. En bon patriote, j’ai sorti ma carte de crédit et j’ai payé. » Le dirigeant d’entreprise incarcéré depuis 2010 et condamné à perpétuité précise qu’il n’a jamais été remboursé.

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