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Maroc : COP au Sud

Par - à Casablanca

La place Jemaa-el-Fna et la mosquée de la Koutoubia, au coeur de la médina, près de laquelle se tiendra la conférence. © Studd/RHPL/Andia

À Marrakech, le sommet sur le climat devrait être celui de l’Afrique, première victime du réchauffement de la planète. Engagé dans la transition énergétique, le royaume entend montrer la voie aux autres pays du continent.

Historique ! Avant même son ouverture, la COP22 s’annonce comme un rendez-vous qui fera date. Et pour cause : l’accord de Paris, adopté le 12 décembre 2015 par quelque 195 délégations, entrera en vigueur dès le 4 novembre, soit trois jours seulement avant l’ouverture officielle à Marrakech de la 22e Conférence des parties (en anglais, « Conference of the Parties », ou COP) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Des États confiants

Depuis un peu plus d’un an, la présidence française sortante et la future présidence marocaine de ce sommet mondial sur le climat n’ont cessé de se mobiliser pour rendre applicable cet accord de Paris, dont la mesure phare est de limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C. En septembre, à New York, une étape importante a été franchie, avec le dépôt par 60 pays de leur « instrument de ratification » de l’accord, autrement dit l’annonce officielle de leurs actions concrètes pour lutter contre les effets des changements climatiques.

Le premier seuil avait déjà été atteint, avec plus de 55 pays signataires, mais il fallait encore que les pays engagés représentent plus de 55 % des émissions de gaz à effet de serre. « Un seuil désormais dépassé, grâce au dépôt des instruments de ratification de l’Union européenne et du Népal auprès des Nations unies », explique Hakima El Haite, ministre déléguée, chargée de l’Environnement et nommée « championne marocaine pour le climat » par les Nations unies.

« L’étape, franchie désormais, témoigne de la mobilisation et de la confiance de la communauté internationale pour la mise en œuvre de l’accord de Paris », assure de son côté Salaheddine Mezouar, ministre marocain des Affaires étrangères et futur président de ce sommet, pour qui, « la COP22 sera indiscutablement celle de l’action ».

Définition des priorités

Dans les faits, le sommet de Marrakech sera la première Conférence des parties organisée sous le régime de l’accord de Paris. Il devrait ainsi avoir pour priorités le renforcement des capacités, le financement du fonds climat et le transfert des technologies en direction des pays les plus vulnérables, à savoir les petits États insulaires, les pays les moins avancés et le continent africain dans son ensemble.

En d’autres termes, « c’est l’occasion d’approfondir la réflexion sur tous les moyens de mener une transition ordonnée vers la neutralité carbone », comme l’explique Carole Mathieu, chercheuse au Centre Énergie de l’Institut français des relations internationales (Ifri), dans une récente étude intitulée « De la COP21 à la COP22 : comment gagner le combat climatique ? ».

Paul LANGROCK/ZENIT-LAIF-REA

Le parc éolien de Haouma, près de Tanger, dispose d’une capacité de production de 50 MW. © Paul LANGROCK/ZENIT-LAIF-REA

Réalisée en partenariat avec le think tank OCP Policy Center, cette publication évoque les thèmes devenus structurants dans les politiques climatiques : la restriction des activités les plus émettrices de gaz à effet de serre, le renforcement de la réglementation pour une utilisation plus efficace des ressources fossiles, mais aussi la suppression des avantages fiscaux pour les hydrocarbures.

En effet, près de 40 gouvernements appellent désormais à cesser de maintenir le prix des énergies fossiles artificiellement bas pour « obtenir une baisse des émissions mondiales de l’ordre de 10 % d’ici à 2050 et permettre une réallocation des quelque 500 milliards de dollars [plus de 455 milliards d’euros] par an dédiés actuellement aux subventions de ces énergies », comme le préconisent les spécialistes.

Justice pour les faibles pollueurs

L’un des autres enjeux fondamentaux de la COP22 concernera la consécration du principe de justice climatique. Il s’agit, entre autres, de permettre aux pays qui ont faiblement contribué à l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère d’être appuyés dans leurs efforts d’adaptation aux dérèglements climatiques. En ce sens, la dimension africaine de la conférence de Marrakech constituera un sujet majeur des négociations.

« L’Afrique est l’une des régions les plus affectées par le changement climatique, et celle qui a le plus besoin d’assistance et de soutien financier pour renforcer ses capacités d’adaptation », nous rappelle la présidence marocaine de la COP, qui assure que « le Maroc fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire de cette 22e Conférence des parties la COP de l’Afrique ».

De fait, selon les estimations du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), le continent africain ne représente que 4 % des émissions globales, mais doit supporter des coûts d’adaptation de l’ordre de 7 à 15 milliards de dollars par an.

C’est dans cette optique que la Banque africaine de développement (BAD), dans le sillage de son Nouveau Pacte pour l’énergie en Afrique, s’est engagée à tripler son financement pour la lutte contre les changements climatiques, qu’elle porterait à quelque 5 milliards de dollars par an. L’organisation entend aussi consacrer 12 milliards de dollars aux investissements dans les énergies renouvelables à l’horizon 2020.

Technologies et financements verts

Plusieurs autres initiatives africaines prennent forme, notamment celle que pilote le ministère marocain de l’Agriculture. Baptisée Initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine aux changements climatiques (AAA), elle vise à « obtenir une répartition équitable des fonds climat entre adaptation aux changements et atténuation de leurs effets, pour favoriser la mise en œuvre de projets concrets en matière de gestion des sols et de l’eau agricole, de maîtrise des risques climatiques et de renforcement des capacités et des solutions de financement », indique-t-on du côté du département d’Aziz Akhannouch, le ministre de l’Agriculture.

Un autre grand défi de la COP22 consiste à encourager un alignement des innovations avec les besoins du marché. Car, si les technologies vertes progressent, leur pleine utilité ne peut être garantie sans que la réglementation, les modèles d’affaires ou encore les habitudes des consommateurs évoluent. « Les acteurs économiques semblent se tenir prêts à basculer vers la sobriété carbone, sans toutefois considérer que les innovations technologiques, réglementaires et sociétales sont encore parfaitement alignées », peut-on lire dans l’étude de l’Ifri.

En ce sens, le sommet de Marrakech constituera sans doute un carrefour d’excellence pour réunir projets innovants, financements verts et grands acteurs mondiaux dans les différents domaines qui influent de près ou de loin sur le climat.


La COP22 en chiffres

  • 30 000 personnes (dont 13 000 sont accréditées par le secrétariat général de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques)
  • 8 000 délégués de la société civile, représentant plus de 3 000 ONG internationales
  • 1 500 journalistes
  • 196 pays participants
  • Plus de 100 chefs d’État et de gouvernement attendus
  • 90 millions d’euros de frais d’organisation
  • 25 hectares pour le site, installé le long des remparts de la médina
  • 12 jours du 7 au 18 novembre

Déjà 150 000 inscrits


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