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Edoh Kossi Amenounvé : « Il est plus avantageux de conserver le franc CFA »

Edoh Kossi Amenounvé, le directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières. © Vincent FOURNIER/Jeune Afrique

Edoh Kossi Amenounvé est le directeur général de la Bourse régionale des valeurs immobilières (BRVM). Pour lui, en conservant le franc CFA, on conserve aussi une politique de change plus lisible pour les milieux économiques.

De nos jours, dans les pays à régime de change flottant, la politique monétaire de la plupart des banques centrales se focalise essentiellement sur la lutte contre l’inflation. Cette politique se résume globalement à la fixation d’un niveau de taux d’intérêt favorable à l’économie. C’est pour cela que, sur le plan international, les investisseurs sont très attentifs aux annonces périodiques de la FED, de la BCE ou de la Banque du Japon concernant les baisses ou les hausses de taux, pour savoir quelle sera l’évolution des économies concernées.

Dans les pays de la zone franc, les taux d’intérêt n’évoluent pas au même rythme que dans les pays développés. Nos banques centrales utilisent avant tout d’autres instruments de politique monétaire pour lutter contre l’inflation et/ou favoriser le crédit, notamment les réserves obligatoires des banques, les injections ou les ponctions de liquidités, le guichet de refinancement, etc. D’ailleurs, dans la zone UEMOA, le taux d’inflation a été en moyenne relativement faible ces dernières années et s’est établi à 1 % en 2015, tandis que les crédits à l’économie augmentaient de 15,5 %.

Lorsqu’on se fonde sur l’évolution de l’économie mondiale au cours de ces dix dernières années et sur la situation économique des pays africains, particulièrement ceux de la zone franc, il apparaît qu’il y a plus d’avantages à conserver le franc CFA qu’à l’abandonner, même si des ajustements peuvent se révéler nécessaires. Dans un monde en pleine turbulence, où les modèles économiques classiques ont pour la plupart montré leurs limites, la zone CFA a fait preuve d’une certaine résilience et d’une certaine stabilité, à mettre à l’actif des accords économiques et monétaires actuels, qui obligent à une certaine discipline budgétaire.

Prioriser d’autres secteurs

Les critiques – que je respecte – à l’égard de ces accords de coopération monétaire, notamment le maintien d’un compte d’opération auprès du Trésor français, ne doivent pas occulter la réalité économique de nos pays. Les priorités de nos économies sont ailleurs. Mettons d’abord en place des infrastructures de base, développons l’agriculture, investissons dans l’innovation technologique, la formation des jeunes, améliorons le financement des PME-PMI, etc.

L’industrialisation des pays de notre zone, qui doit reposer sur une vraie stratégie de préférence régionale, permettra la transformation locale de nos produits de base et apportera sans doute une valeur ajoutée à nos économies.

Les leviers les plus importants de cette industrialisation et de cette transformation de nos économies sont la mobilisation des ressources longues par le développement des marchés de capitaux et la diversification des instruments d’épargne, la formation technique, technologique et scientifique de nos ressources humaines, et l’intelligence économique. Lorsque nos économies produiront et exporteront plus de biens et services, alors la question de la monnaie deviendra pertinente.

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