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François Louncény Fall : un diplomate chevronné en Afrique centrale

Dans les bureaux de JA, à Paris, le 17 octobre 2016. © Vincent Fournier/JA

En prenant les rênes du bureau de l’ONU en Afrique centrale, le Guinéen, grand habitué de la maison, joue sur du velours.

Nommé à la tête du Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique centrale (Unoca) en lieu et place d’Abdoulaye Bathily, François Louncény Fall arrive en terrain connu. Pour lui, l’ONU est comme une seconde maison.

La fibre diplomatique

Le diplomate guinéen, qui prend officiellement ses fonctions le 1er novembre à Libreville, a commencé sa carrière à la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso). Puis il a été ambassadeur de Guinée à l’ONU (2000-2002), représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Somalie (2005-2007) et en Centrafrique (2007-2009). Il connaît tous les rouages d’une institution qu’« il faut absolument démocratiser ».

« J’ai la fibre de la diplomatie depuis mon plus jeune âge. En terminale, au lycée de Douka, à Conakry, nous avions créé un gouvernement. J’en étais le ministre des Affaires étrangères », se souvient-il.

Collaborateur d’Apha Condé

Haut fonctionnaire des affaires internationales guinéennes, né à Dabola en 1949, il est envoyé en Égypte, au Nigeria, en France, puis à New York. En février 2004, le président Lansané Conté le nomme Premier ministre. Très vite, Fall se retrouve freiné dans son action. Il remet sa démission deux mois seulement après son arrivée à la primature.

« Les Africains en général, et les Guinéens en particulier, acceptent tout. Il faut apprendre à dire non. Je suis dans l’impossibilité de mener à bien la mission qui m’a été confiée. Le président bloque tout, j’ai donc choisi de partir », nous avait-il alors expliqué.

Candidat malheureux à la présidentielle de 2010, il se rallie au second tour à Alpha Condé, dont il avait fait la connaissance à Paris dans les années 1990. « Je suis l’un des rares fonctionnaires internationaux à avoir travaillé avec lui, à l’époque », nous explique-t-il.

« Page tournée »

Après l’élection, Condé fait de lui le secrétaire général de la présidence puis, en octobre 2012, le chef de la diplomatie. Un an plus tard, le premier malade atteint du virus Ebola est signalé en Guinée. L’épidémie se répand en Afrique de l’Ouest et ébranle le pays. Fall, rapidement devenu l’un des poids lourds du gouvernement, se montre particulièrement actif. Il œuvre notamment pour qu’Air France maintienne sa desserte à Conakry et évite à la Guinée d’être désertée par les compagnies aériennes.

Le diplomate est pourtant remercié au début de 2016. À ce moment-là, Conakry bruisse de rumeurs faisant état de sa rivalité avec Alpha Condé. Aujourd’hui, Fall refuse de s’épancher sur le sujet. « Mes relations avec le président sont bonnes, et je souhaite qu’elles le restent », déclare-t-il seulement, précisant que la politique guinéenne est pour lui une « page tournée ».

Dossiers chauds en Afrique centrale

De fait, François Louncény Fall n’a pas eu le temps de s’ennuyer. Alors qu’il était ministre, il avait été sollicité deux fois par une grande organisation internationale. À peine parti du gouvernement, il prend la direction du Soudan du Sud.

Vice-président d’une commission de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) chargée de suivre et d’évaluer l’accord de paix du mois d’août 2015, il assiste aux affrontements meurtriers qui éclatent à Djouba en juillet 2016 et entraînent le départ de Riek Machar.

« J’étais au siège de l’Union européenne quand les coups de feu ont retenti au palais présidentiel. Nous étions situés à quelques rues seulement et n’avons pu quitter le bâtiment que le lendemain », raconte-t-il.

Aujourd’hui, il s’envole vers une région qu’il connaît « bien » et « où il n’y a que des dossiers chauds » : l’Afrique centrale. Il ira ainsi au Gabon afin de « trouver une solution avec la communauté internationale pour organiser les élections législatives » ; en RD Congo, où le dialogue politique vient d’accoucher d’un accord bien fragile ; ou encore en Centrafrique, où il retrouvera le président Faustin-Archange Touadéra (qui était Premier ministre lors du passage de François Louncény Fall à Bangui) et où l’histoire semble n’être qu’un éternel recommencement.

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