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Maroc : bulletin express de fin de mandat

Par - à Casablanca

Le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, devant les députés. © AFP

Alors qu’Abdelilah Benkirane poursuit ses consultations pour constituer le cabinet de sa seconde législature, Jeune Afrique a tenté de dresser le bilan des membres du gouvernement sortant.

En janvier 2012, le cabinet d’Abdelilah Benkirane comptait 30 membres, mais, en cinq ans, ce ne sont pas moins de 54 ministres qui auront siégé dans les 214 conseils de gouvernement tenus.

C’est que le premier mandat du chef de file du Parti de la justice et du développement (PJD) a connu bien des rebondissements : décès dramatique d’un ministre d’État (Abdellah Baha), heureux événement dans la maison d’une ministre déléguée (Mbarka Bouaida), recomposition de la majorité (sortie de l’Istiqlal et alliance avec le Rassemblement national des indépendants, RNI), gel des fonctions d’un ministre (Mohamed Ouzzine), révélation d’une idylle entre deux membres du gouvernement (l’affaire Choubani-Benkhaldoun) et, surtout, quatre remaniements de différente ampleur.

À la fin de la législature, l’équipe sortante comptait ainsi 38 responsables, dont 18 seulement sont là depuis le départ. Au moment où ils s’apprêtent, pour la plupart, à faire leurs cartons, JA a tenté de dresser leur bilan en les classant en quatre catégories : ceux qui méritent de rempiler, ceux qui ont déçu, ceux qui sont passés quasi inaperçus et les indéboulonnables.

Ils risquent de nous manquer

Rares sont les ministres issus de la famille politique de Benkirane qui auront brillé. Le ministre de la Justice Mostafa Ramid a pu amorcer certaines réformes, malgré le terrain miné que représente son département. Mustapha El Khalfi, de son côté, a été meilleur porte-parole du gouvernement que ministre de la Communication, où il a connu des ratés mémorables, comme le caricatural épisode de la révision des cahiers des charges des chaînes de télévision publiques.

Idriss Azami, ministre délégué au Budget, a su cohabiter avec les deux ministres des Finances successifs, dont le sortant, le RNiste Mohamed Boussaïd, figure lui aussi parmi ceux dont le bilan est assez positif, le grand argentier du royaume ayant essayé tant bien que mal de préserver les fragiles équilibres macroéconomiques et réussi à dépoussiérer la loi organique des finances.

Ses deux collègues du RNI, Aziz Akhannouch et Moulay Hafid Elalamy, sont aussi des ministres dont le départ pourrait gripper la dynamique qu’ils ont su imprimer dans leurs départements respectifs. On parle depuis 2007 de la « Baraka Akhannouch » en référence aux bonnes performances du secteur primaire. Quant à Elalamy, il a réussi à métamorphoser l’industrie nationale grâce à un plan d’accélération qui trouve à peine la bonne cadence.

Mais si l’on devait décerner la palme du meilleur ministre, elle reviendrait sans doute au locataire du département de la Santé, El Hossein El Ouardi, un urgentiste casablancais qui a eu le courage de défier le redoutable lobby pharmaceutique en décrétant plusieurs baisses des prix des médicaments et en encourageant les produits génériques. Hakima El Haite aura aussi marqué de son empreinte le gouvernement sortant.

Certes, la détentrice du portefeuille de l’Environnement a été au cœur d’une polémique au sujet de l’importation de déchets italiens, mais elle a quelques réalisations remarquables à son actif, comme la loi sur les sacs plastique. Enfin, on peut ajouter dans cette catégorie des bons élèves de la promotion Benkirane I Mohamed El Ouafa. Au côté de son chef de gouvernement – qui en a fait son ministre délégué chargé des Affaires générales après qu’il eut quitté l’Istiqlal pour rester au gouvernement –, il a porté le délicat dossier de la décompensation des produits pétroliers. De quoi faire oublier son passage catastrophique à l’Éducation nationale.

Ceux qui ont déçu

En moins de trois ans, le binôme des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar-Mbarka Bouaida est arrivé à bout de souffle. En février, un diplomate de carrière, Nasser Bourita, est même venu leur voler la vedette. À leur décharge, ils ont eu à gérer de graves crises diplomatiques, notamment avec la France, l’allié stratégique, et le secrétaire général de l’ONU. Leur départ est d’autant plus probable qu’ils sont membres du RNI, qui rechigne à reconduire son alliance avec le PJD. Nabil Benabdellah, chef de file du Parti du progrès et du socialisme (PPS), devrait, lui, veiller à ce que sa formation politique puisse trouver sa place au sein du nouveau gouvernement.

Sauf qu’il a personnellement très peu de chances de décrocher un maroquin, car il n’est plus en odeur de sainteté au Palais, lequel, au cours de la campagne électorale, l’a sévèrement recadré par voie de communiqué officiel. En outre, le bilan de Benabdellah, qui a vu son département d’origine se scinder en deux, ne plaide pas en sa faveur : la nouvelle politique de la ville qu’il avait promise est restée au stade de croquis. Idem pour Lahcen Haddad, ministre du Tourisme, qui a changé de couleur politique à la veille des législatives pour obtenir un mandat de député.

Lui non plus ne devrait pas figurer dans le prochain gouvernement au vu des résultats médiocres du secteur. Son ancien collègue du Mouvement populaire (MP) Mohamed Moubdie a totalement échoué, en tant que ministre délégué chargé de la Fonction publique, dans sa mission d’intermédiation entre Benkirane et les syndicats.

bassima hakkaoui © saad pour ja

Dans la catégorie des ministres qui n’ont pas réussi à laisser leur empreinte, on peut citer plusieurs PJDistes : Aziz Rabbah, qui n’a pas brillé à l’Équipement, malgré un début de mandat très médiatisé en raison du dévoilement de deux listes de bénéficiaires d’agréments, synonymes de rentes ; Lahcen Daoudi, qui s’est à peine distingué à l’Enseignement supérieur par quelques réformettes, comme l’augmentation des bourses des étudiants ; Abdelkader Amara, qui, lui, est resté enfoui dans son département des Mines après un passage catastrophique à l’Industrie ; et enfin Bassima Hakkaoui, qui n’a pas su fédérer les ONG féministes avant-gardistes autour de ses projets de loi, jugés conservateurs.

Ceux qui sont passés inaperçus

Si ce n’était sa boutade au sujet des retraites des parlementaires (qu’elle avait qualifiées de « pension à deux sous »), Charafat Afilal n’aurait même pas été remarquée. La ministre déléguée à l’Eau a été tout aussi transparente que ses deux collègues du PPS Mohamed Amine Sbihi, à la Culture, et Abdeslam Seddiki, qui a hérité de l’Emploi lors du remaniement de 2013.

À l’occasion des divers mouvements de redistribution des portefeuilles, plusieurs nouveaux ministres sont arrivés mais n’ont pas réussi à s’imposer, comme Fatema Marouane ou encore Jamila El Moussali, respectivement ministre de l’Artisanat et ministre déléguée à l’Éducation nationale. C’est le cas aussi des ministres RNistes Anis Birou (portefeuille des MRE), Mohamed Abbou et Mamoune Bouhdoud, relégués au second plan par leur charismatique ministre de tutelle, Moulay Hafid Elalamy.

Idem pour le trio des ministres harakis arrivés presque en fin de mandat : Driss Merroun et Khalid Barjaoui, nommés, en mai 2015, respectivement ministre de l’Urbanisme et ministre délégué à l’Éducation, et Lahcen Sekkouri, qui a remplacé aux Sports, en octobre 2015, son chef Mohand Laenser, qui, après les communales, avait préféré assumer une présidence de région. Deux PJDistes bouclent la liste : Abdelaziz El Omari, chargé des Relations avec le Parlement, dont la tâche n’était pas de tout repos, et Mohamed Najib Boulif, ministre délégué aux Transports, qui est resté dans l’ombre d’Aziz Rabbah.

Ces technocrates (presque) indéboulonnables

Ministre de l’Intérieur est une fonction usante. Il est ainsi peu probable de voir le technocrate Mohamed Hassad rempiler pour cinq ans. D’autant que le courant ne passe plus avec Benkirane. Les deux élections que Hassad a dû piloter entre 2015 et 2016 ont fortement affecté ses relations avec le secrétaire général du PJD. Son alter ego à « la mère des ministères » Charki Draiss pourrait en revanche assurer la continuité et même servir, à nouveau, de caution sécuritaire à un ministre de l’Intérieur politique, comme au début du mandat Benkirane.

Auquel cas cet ancien patron de la police ferait son entrée dans le cercle restreint des gardiens du temple, jusque-là composé des ministres de souveraineté reconduits par Benkirane en 2012 : Ahmed Toufiq (Affaires islamiques), qui veille aux prérogatives du Commandeur des croyants, Abdellatif Loudiyi, qui incarne le politique civil, chargé de l’Administration de la défense nationale, et Driss Dahak, qui, en tant que secrétaire général du gouvernement, régule la cadence sur le circuit législatif.

saad pour ja

nasser bourita © saad pour ja

À ceux-là s’ajoutent une nouvelle figure, le jeune Nasser Bourita, qui sert désormais de relais du cabinet royal aux Affaires étrangères, et, surtout, Rachid Belmokhtar, un universitaire chargé de l’Éducation nationale, qui a eu maille à partir avec le chef du gouvernement, notamment sur l’épineuse question de la langue d’enseignement, objet d’un arbitrage royal.

Le maintien assez probable de ces personnalités dans le futur cabinet Benkirane viendrait confirmer la marge de manœuvre assez réduite de tout gouvernement… quelle que soit sa couleur politique.

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