Fermer

Maroc : les entrepreneurs écolo, du sens et des responsabilités

Les jardins de Zineb, c'est le nom du site agricole et des différents autres jardins qu'elle accompagneDans la région de S'houl (arrière-pays de Rabat-Salé). La photo a été prise un jour de livraison des paniers, lors d'un tournage pour Planète + © DR

Ils sont botaniste, ingénieur, homme d’affaires ou architecte. Gros plan sur ces Marocains qui tentent d’apporter à leur pays de nouvelles nuances de vert.

Zineb Benrahmoune Idrissi, professeure en botanique, créatrice d’un jardin à Shoul

Si elle n’exprime pas sa révolte à la façon de José Bové, Zineb Benrahmoune Idrissi (photo ci-dessus) sait se mettre en colère quand elle voit la nature maltraitée. « Une fois, en face de ma ferme, j’ai vu un homme brûler un arbre sous prétexte qu’il abritait des serpents. J’ai crié comme une folle. J’étais prête au pire », se souvient-elle. À 57 ans, cette ancienne féministe, fille d’un grand savant de l’université Al Quaraouiyine de Fès, est la championne de la permaculture au Maroc.

En 1998, parallèlement à son métier de professeure en botanique, elle acquiert un terrain aride de 2,5 ha à Shoul, près de Rabat, qu’elle décide de « soigner » pour que les humains, la faune et la flore puissent y vivre en harmonie totale, sans excès, juste dans le partage. En dix-huit ans, elle en a fait un jardin modèle dans la région, un véritable éco­système, suffisamment reconnu pour que des célébrités comme l’écologiste Pierre Rabhi ou le philosophe Edgar Morin soient venus le visiter.

Le concept défendu par Zineb est un savant mélange de respect de la terre, de sauvegarde des traditions communautaires et de développement personnel. Chacun est invité à partager le repas des cinq familles qui travaillent dans sa ferme, se former à la permaculture, et faire du woofing (vivre et travailler dans des fermes biologiques). Ou simplement se ressourcer spirituellement. Car Zineb est maître Reiki, un art ancestral de guérison, qui lui permet d’aider les gens à faire circuler l’énergie dans leur organisme. Convaincue de la baraka (« bénédiction ») des lieux, elle cultive la durabilité, dans les champs aussi bien que dans les corps et les esprits.

Omar Balafrej Ingénieur, directeur du Technopark de Casablanca

Lorsqu’il a pris la tête du Technopark de Casablanca en 2008, Omar Balafrej n’a pas tardé à mettre les préoccupations environnementales au cœur du plan d’action de cet incubateur de start-up. Il s’est notamment attaché à promouvoir les synergies évidentes entre les green technologies et les nouvelles technologies, secteur historique de cette structure, dupliquée depuis à Rabat et à Tanger. Grâce à Omar Balafrej, une quinzaine de sociétés estampillées « green » sont aujourd’hui installées dans ces pépinières, devenues de véritables showrooms environnementaux.

Avec ses équipes, cet ingénieur diplômé de l’École centrale de Lyon a mené de nombreux projets écologiques, des premières installations photovoltaïques urbaines aux lampadaires solaires, sans oublier les projets d’efficacité énergétique. À 43 ans, ce natif de Rabat est sur tous les fronts.

Président de MITC Capital, un fonds d’investissement doté de 100 millions de dirhams (un peu plus de 9 millions d’euros) pour soutenir les entreprises du secteur des nouvelles technologies, il est également membre, depuis 2015, du conseil d’administration de la Fondation pour l’innovation en Afrique (AIF). Sans oublier la politique. Déjà conseiller municipal de la capitale, il a été élu député à la Chambre des représentants lors des législatives du 7 octobre, ce qui devrait l’obliger à démissionner de la direction du Technopark.

Alexandre Dupeyron/JA

Omar Balafrej, DG du Technopark de Casablanca. © Alexandre Dupeyron/JA

Salima Naji Architecte et anthropologue

Quand elle parle du patrimoine architectural marocain, sa voix module comme une chanson douce. À 45 ans, l’architecte Salima Naji fait revivre les casbahs, les ksour et tous les lieux de mémoire qui ont fait la gloire du Maroc d’antan, mais menacent aujourd’hui de tomber en ruine. « L’agonie de certains monuments est plus significative encore que leur heure de gloire », disait l’écrivain français Jean Genet.

Salima Naji travaille en utilisant les mêmes matériaux qu’à l’époque de leur construction, redonnant ainsi ses lettres de noblesse au pisé, dont elle s’est servie pour restaurer le ksar d’Assa, bijou patrimonial du Sud marocain, édifié aux alentours du XIIe siècle. Dans la ville de Tata, dans le sud du Maroc, c’est en utilisant la pierre locale qu’elle a réhabilité des greniers collectifs quasi effondrés.

« Rien n’est anodin en architecture. Il y a toujours une sagesse derrière la présence d’un matériau », dit l’architecte, qui figure dans la liste des participants à la COP22 de Marrakech. Auteure de plusieurs ouvrages sur l’architecture responsable, lauréate de nombreux prix nationaux et internationaux, Salima Naji se bat contre l’amnésie des Marocains en ce qui concerne leur histoire.

Après son diplôme de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette en 2002, elle s’inscrit à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS, à Paris) et obtient un doctorat en anthropologie en 2008. Entre-temps, elle arpente les vallées du Draâ, du Dadès et du Haut Atlas, bercée par les récits du passé.

« Je pense profondément que le cadre de vie, s’il est conçu selon les traditions locales, polit les êtres, les rend meilleurs et les empêche même de sombrer dans la misère humaine », conclut l’architecte, qui s’est bâti une carrière en mettant en pratique sa théorie.

David Goeury

Salima sur chantier de restauration des greniers d'Amtoudi (région de Guelmim), en 2015-2016.© David Goeury. © David Goeury

Mehdi Alaoui Mdaghri, directeur associé d’Eganeo et fondateur de Planète citoyenne, du Forum de la mer et du Morocco Solar Festival

C’est peut-être son enfance à la campagne, dans la région de Casablanca, qui a fait naître chez Mehdi Alaoui Mdaghri, aujourd’hui âgé de 44 ans, la fibre environnementale. Fils d’un ancien ministre et bardé d’une collection de diplômes décrochés en France, en Espagne ou en Italie, il semblait tout destiné à une brillante carrière dans le monde des affaires.

En 2009 néanmoins, il choisit de créer Planète citoyenne, une ONG ayant pour objectif de promouvoir le développement durable et de sensibiliser à la protection de l’environnement. Un an plus tard, il parvient à allier sa passion pour l’écologie et son sens inné des affaires en fondant Eganeo, un cabinet de conseil spécialisé dans la conception et l’organisation d’événements liés au développement durable.

En 2013, il lance la première édition du Forum de la mer, une rencontre internationale organisée à El Jadida, visant à favoriser l’échange et le débat autour des problématiques liées à la mer, à l’océan et aux littoraux. En quatre ans, l’événement s’est imposé comme un rendez-vous incontournable pour tous les spécialistes de l’environnement maritime.

Entre-temps, il crée un autre événement green friendly : le Morocco Solar Festival, qui attire chaque année à Ouarzazate près de 6 500 visiteurs venus s’enquérir des dernières innovations liées à l’énergie solaire et aux énergies renouvelables.

DR

5558.HR.jpg © DR

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici