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Dialogue social tunisien : de l’urgence de s’entendre

Par - à Tunis

Dialogue social. © DR

Dans une Tunisie en pleine débâcle économique, la concertation entre patronat et syndicats est indispensable pour préserver la compétitivité sans amputer les droits des salariés.

Entre janvier et mai, le nombre de jours de travail perdus dans les secteurs public et privé en raison des mouvements sociaux a baissé de 87 %. En 2015, sur la même période, 270 000 journées avaient été perdues.

Faut-il y voir un apaisement social, une lassitude des contestataires ou l’effet de la décision du gouvernement précédent, conduit par Habib Essid, d’appliquer la loi et de ne plus rémunérer les journées de grève ? « Rien de plus qu’une accalmie », assure un syndicaliste de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). « Le gel des augmentations de salaire dans la fonction publique voulu par l’exécutif de Youssef Chahed va de nouveau attiser les tensions. »

Une ligne jugée dure par une partie de la population qui, dans le même temps, considère que, depuis 2011, les autorités ont perdu la face en cédant trop facilement aux exigences des syndicats de peur que les conflits ne s’enlisent.

Un dialogue indispensable à la compétitivité des entreprises

Pourtant, d’un côté comme de l’autre, beaucoup s’accordent sur la nécessité d’aller au-delà du bras de fer sur les salaires et d’engager entre patronat et syndicats un dialogue permanent afin de trouver des solutions qui permettent de préserver la compétitivité des entreprises sans amputer les droits des salariés. C’était d’ailleurs le sens du contrat social conclu entre le gouvernement, l’UGTT et l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica).

Signé le 14 janvier 2013, il prévoyait la création d’un conseil national du dialogue social. Las, le projet de loi la concrétisant est toujours en cours d’examen à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), malgré les relances des partenaires sociaux de l’UGTT.

Hichem Elloumi, vice-président de l’Utica, fait partie de ces chefs d’entreprise qui, depuis 2011, ont pris la mesure de l’importance du dialogue pour éviter les conflits. Au lendemain de la chute de l’ancien régime, sa société, Coficab, a été confrontée à des troubles sociaux.

« C’est grâce à la concertation que l’on a pu éviter le blocage, aboutir à un consensus et instaurer de nouvelles relations entre l’encadrement et le personnel. L’objectif étant de relever tous ensemble le défi de la croissance, de l’emploi et de l’investissement », analyse le patron de Coficab, l’un des leaders dans la fabrication de câbles destinés à l’industrie automobile.

Cinq ans plus tard, malgré la débâcle économique, Hichem Elloumi défend toujours un dialogue social qui doit s’adapter, insiste-t-il, à la réalité d’aujourd’hui, qui impose d’atteindre des niveaux élevés de productivité et de qualité, et une capacité de résister à la concurrence. « Le rétablissement de la paix sociale, le retour au travail et à la production, sont les seules façons de sortir l’économie tunisienne de la crise », juge-t-il.

Mais la réalité est tout autre. Aussi bien dans le public que dans le privé, la surenchère, les pressions et les mouvements sociaux menés par l’UGTT laissent peu de place aux négociations. La centrale ouvrière est à couteaux tirés avec les représentants de l’Utica, principale organisation patronale du pays, et il n’y a pas de trêve en vue avec les pouvoirs publics. Au souhait du Premier ministre de reporter à 2018 les augmentations salariales des fonctionnaires, le syndicat oppose un niet catégorique. En attendant, les caisses de l’État sont vides, et les entreprises n’atteignent pas leur seuil de rentabilité.

Une vision obsolète

Ce climat tendu a néanmoins des effets positifs : il pousse les entreprises tunisiennes à s’impliquer davantage dans la gestion des ressources humaines. Ainsi, en septembre, l’organisation patronale a annoncé la création d’un Club DRH de l’Utica, regroupant les responsables des ressources humaines au sein de ses entreprises adhérentes, afin de favoriser les échanges d’expériences.

Certains patrons sont convaincus que le dialogue ne pourra réellement s’instaurer que si l’UGTT modifie sa « vision obsolète de la lutte des classes, qui fait perdurer l’idée que l’entreprise fait des profits en exploitant les ouvriers », estime Nafaa Ennaifer, directeur général du groupe textile TFCE et président de la Commission des affaires économiques à l’Utica.

Attention, prévenait Mohamed Ali Dayahi, directeur régional du Bureau international du travail (BIT), en marge d’un séminaire organisé à ce sujet par l’Utica en septembre : « L’augmentation du volume des investissements, l’amélioration de la production, la promotion de l’emploi, la réduction des inégalités et l’amélioration des conditions de vie et de travail ne trouveront de solutions viables et fiables qu’au moyen d’un dialogue social porteur et prometteur. »

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