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Le philosophe Abdennour Bidar cherche des valeurs universelles

Abdennour Bidar, Quelles valeurs partager et transmettre aujourd’hui, éd. Albin Michel, 272 pages, 18 euros. 3 carrés. ©

Ils ne sont pas nombreux ceux qui cherchent à rassembler plutôt qu’à diviser les peuples en les renvoyant à leurs croyances, à leurs origines ethniques, à leurs valeurs. Abdennour Bidar est de ceux-là. Il vient de publier « Quelles valeurs partager et transmettre aujourd'hui ? ».

À contre-courant du chœur angoissant des pythies qui prédisent depuis une vingtaine d’années un hypothétique « choc des civilisations », lui veut croire qu’« un tel choc n’est et ne sera jamais que celui des ignorances ».

Selon lui, « ce qui nous relie et rassemble reste plus fort, plus fondamental que tout ce qui nous sépare ». Il l’a déjà souligné dans son Plaidoyer pour la fraternité, paru l’année dernière chez le même éditeur, et il le prouve encore tout au long des 272 pages de ce nouvel ouvrage.

Les valeurs occidentales et orientales à l’honneur

L’ancien professeur de classes préparatoires aux grandes écoles a un premier objectif : proposer du contenu au nouvel enseignement moral et civique introduit l’année dernière dans les collèges et lycées français. Mais au-delà, son but est bien plus ambitieux. Il veut dégager les valeurs que tous les Terriens peuvent partager en puisant dans des auteurs d’Occident, et (fait beaucoup plus rare en France) d’Orient.

Il cite ainsi pêle-mêle Confucius, Emmanuel Kant, le Coran, les Évangiles ou le dalaï-lama. Des voix souvent discordantes, l’auteur ne cherche pas à le nier. Mais son projet est de dégager les « assonances », les « résonances », car il est convaincu que les sagesses occidentales et orientales expriment au fond un même humanisme.

Lui-même a forgé sa pensée à la croisée de deux mondes. Ancien gamin des quartiers nord de Clermont-Ferrand, il a grandi entre une mère auvergnate catholique, convertie au soufisme, et un père adoptif marocain adepte du tabligh, une organisation ayant une lecture très littérale du Coran. Il ne cesse depuis de renvoyer à leurs contresens les salafistes qui répandent jusque dans les banlieues françaises un islam rigide et binaire.

Aujourd’hui, c’est contre les intolérants de tout poil qu’il s’élève, et, on l’imagine, en réponse aux Zemmour et autres excités de l’identité, en dégageant les bases d’un vivre-ensemble.

Compatibilité

Bidar est très convaincant car il revient toujours aux sources lorsqu’il fait le grand écart entre des pensées a priori inconciliables. Il rappelle par exemple que le Coran insiste sur l’importance de répondre à la violence par la douceur et la bonté : « Rends le mal par le bien et celui qui était ton pire ennemi deviendra ton meilleur allié. » (XLI, 34) Puis il met en regard un extrait du Traité sur la tolérance de Voltaire.

Le philosophe y adresse cette « prière à Dieu » : « Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences (…) entre toutes nos opinions insensées (…) ne soient pas des signaux de haine et de persécution (…). »

Les Lumières compatibles avec le Coran ? Bidar l’a fait. Reste à vivre en conformité avec la trentaine de valeurs qu’il a détaillées… Et cette fois c’est à nous de nous retrousser les manches.

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