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Antonio Guterres : un socialiste à l’ONU

L’ex-Premier ministre portugais Antonio Guterres est arrivé en tête des six scrutins informels du Conseil de sécurité. © Picture-Alliance/AFP

L’ancien haut-commissaire pour les réfugiés prendra la tête du secrétariat général des Nations unies dès le 1er janvier. Il pourra s’appuyer sur son important réseau, qui s’étend aussi sur le continent.

Antonio Guterres est un homme heureux. Passionné de football – il est capable d’écourter une réunion pour suivre un match –, cet ancien fan d’Eusébio a vu gagner en juillet sa chère équipe du Portugal à l’Euro 2016. Et aujourd’hui, à 67 ans, le voilà secrétaire général de l’ONU, le neuvième de l’Histoire. Catholique de gauche, ingénieur de formation, le jeune Guterres entre en politique juste après la « révolution des œillets », en avril 1974.

Un orateur de renom

Député socialiste à 27 ans, il se fait remarquer à Lisbonne par ses qualités d’orateur, à tel point qu’on l’appelle le « marteau-piqueur parlant ». Premier ministre du Portugal d’octobre 1995 à avril 2002, il instaure le revenu minimum garanti et fait entrer son pays dans la zone euro.

En mai 2005, ce polyglotte, qui parle anglais, français et espagnol avec la même aisance que sa propre langue, est choisi par Kofi Annan comme haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés.

En dix ans, il réussit à réduire de 30 % le personnel du siège, à Genève, pour le rapprocher du terrain. En juillet dernier, en pleine campagne pour la succession de Ban Ki-moon, il fait savoir qu’il veut être la voix des opprimés et lance à propos des millions de réfugiés syriens : « Vous ne pouvez pas imaginer ce que c’est que de voir de tels niveaux de souffrance. » Après avoir survolé les six scrutins informels de ces derniers mois au Conseil de sécurité, il s’apprête à entrer en fonction le 1er janvier 2017.

Charmant

Le visage rond et affable, Antonio Guterres a le contact facile et soigne une image de simplicité. « Pendant son premier mandat à la tête du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, il insistait pour prendre l’avion en classe éco, se souvient Francis Kpatinde, l’un de ses ex-porte-parole. Du coup, ses collaborateurs devaient en faire autant. Comme ceux-ci râlaient, de guerre lasse, il a fini par voyager en business class. »

Ancien président de l’Internationale socialiste (IS) – entre 1999 et 2005 –, il possède un réseau exceptionnel, notamment en Afrique. Dans les années 1990, quand il coprésidait le comité Afrique de l’IS, le Sénégalais Ousmane Tanor Dieng et l’Ivoirien Laurent Gbagbo ont dû batailler contre lui pour qu’il abandonne ce poste au profit d’un Africain. Du coup, pendant quelques années, une gêne s’est installée.

En juin 2006 à Abidjan, le haut-commissaire Guterres a d’abord été reçu assez froidement par le président Gbagbo. Mais après deux heures de tête-à-tête, ils sont ressortis bras dessus bras dessous. Le charme Guterres a opéré…

Fin de l’impuissance onusienne

Il reste une énigme. Comment cet activiste humanitaire – partisan donc d’une certaine ingérence – a-t-il réussi à convaincre la Russie et la Chine de voter pour lui ? À New York, certains chuchotent qu’en échange Guterres leur aurait promis des postes importants au secrétariat général de l’ONU. Les Russes guignent le siège très convoité de secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, actuellement occupé par le Français Hervé Ladsous.

Ce qui est sûr, c’est qu’après les deux mandats de Ban Ki-moon, marqués par l’impuissance de l’ONU en Syrie et les abus sexuels des Casques bleus en Afrique, Antonio Guterres a l’ambition de redonner aux Nations unies une plus grande influence dans les affaires du monde.

C’est la première fois dans l’histoire de l’organisation qu’un ancien chef de gouvernement accède à ce poste. Logiquement, le futur secrétaire général voudra être plus « général » que « secrétaire ». Mais face aux cinq « Grands » du Conseil de sécurité, c’est loin d’être gagné. Christophe Boisbouvier

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