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Réseaux sociaux : méfiez-vous des propagateurs !

par

Fouad Laroui est écrivain.

Sur les réseaux sociaux, on peut lire tout et son contraire, souvent aux dépens de l'exactitude de l'information (logo de Twitter). © Esther Vargas / Flickr creative commons

L’information circule de plus en plus vite.

Est-ce un bienfait, est-ce une mauvaise chose ? Ça dépend de nous. Nous tous : reporters, journalistes, lecteurs et « propagateurs » – il faut sans doute introduire ce néologisme pour désigner la masse croissante de ceux qui ne font que répercuter, par le biais des réseaux sociaux, les informations qu’ils glanent ici et là. Les propagateurs, voilà le danger !

S’il fallait un exemple du danger de cette propagation quasi instantanée de l’information, en voici un qui nous vient d’un… terrain de football. Le club de Zwolle, en première division néerlandaise, vient de battre le club de La Haye. Le brillant attaquant Younes Mokhtar, d’origine marocaine, a marqué deux beaux buts et largement contribué à la victoire de son équipe. Tout va bien ? Non : un incident va gâcher la fête. Et le plus extraordinaire, c’est que l’incident est entièrement imaginaire. Ses conséquences, en revanche, sont bien réelles.

Que s’est-il passé ? Dès la fin du match, une journaliste sportive, Aletha Leidelmeijer, se précipite vers Younes Mokhtar pour l’interviewer. Au bord du terrain, le joueur vedette de Zwolle se prête volontiers à l’exercice. De loin, un gugusse observe la scène. Il remarque que Younes n’a pas serré la main à Aletha. Et pour cause : elle ne la lui a pas tendue, pressée qu’elle était de commencer l’interview.

Mais regardez comment fonctionne la folie qui s’est abattue sur le monde depuis que nous sommes entrés dans ce XXIe siècle décidément religieux, comme l’avait prévu Malraux. Le gugusse n’ayant vu aucun « shake-hand » entre le footballeur et la journaliste en déduit que c’est le premier qui a refusé de broyer la dextre de la moukère. Vous suivez ? Et de twitter furieusement : « Un footballeur salafiste [sic] humilie une reporter. »

Quand une fausse nouvelle est multipliée par 10 000, le démenti ne l’est que par 10

Et c’est là que les « propagateurs » entrent en scène. Le tweet s’envole, se démultiplie, se déforme (« Un salafiste insulte un cameraman… ») et il finit par contaminer la presse dite sérieuse – pas très sérieuse, au fond, puisque tout cela se fait sans aucune vérification… L’Algemeen Dagblad répercute en commentant sévèrement, le Telegraaf (populiste) réclame une forte amende pour Younes Mokhtar et son expulsion de la première division s’il récidive (on va lui envoyer des bimbos la main tendue, pour voir ?), d’autres journaux dissertent gravement sur le sujet assez inattendu « sport et salafisme », on annonce un colloque international…

Alertée, la journaliste twitte à son tour : « Fausse alerte ! Younes ne m’a pas serré la main tout simplement parce que je ne la lui ai pas tendue ! » Younes twitte la même chose. Peine perdue. Car la perversité du système des « propagateurs » fait que ceux-ci ne propagent que ce qui les choque. Prenant acte à titre personnel du démenti, ils passent à autre chose. En d’autres termes, quand la fausse nouvelle est multipliée par 10 000, le démenti ne l’est que par 10… On pourrait appeler cela « la première loi des réseaux sociaux ». Pas de quoi se réjouir…

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