Togo : la diplomatie contre vents et marées

Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey. © Aprésent pour JA

Le 15 octobre, Lomé accueillait le sommet de l’UA sur la sécurité maritime. Un rendez-vous majeur pour organiser la lutte contre la piraterie et les trafics, mais aussi pour développer l’économie bleue.

Des routes de navigation sûres afin de pouvoir pêcher et commercer, c’est l’objectif que s’était fixé le sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA) sur la sécurité maritime et le développement en Afrique. Il avait lieu le 15 octobre, à Lomé. « Nous souhaitons qu’un texte ambitieux et contraignant soit adopté par les États. D’où l’idée d’une charte », expliquait Robert Dussey, le ministre togolais des Affaires étrangères, qui se bat pour que l’escale de Lomé soit décisive dans ce chantier au long cours.

[Cette charte de Lomé a finalement été adoptée avec l’assentiment de 31 des 53 délégations présentes, NDLR]

Dispositif de sécurité

Robert Dussey, grand voyageur de 44 ans, travaille depuis des années à la réussite du plus grand événement diplomatique organisé par le Togo depuis le 36e et dernier sommet de la défunte Organisation de l’unité africaine (OUA), en juillet 2000. Malgré la menace terroriste qui pèse sur l’Afrique de l’Ouest, il assure en particulier que tout a été fait pour que le sommet se déroule sans accroc.

« Les forces de défense et de sécurité togolaises ont été mises en alerte depuis des mois, souligne le chef de la diplomatie. Et elles travaillent en étroite collaboration avec les autres services de la région, notamment les services ghanéens. »

Harmoniser les politiques sur les migrations et la défense

Étant donné que plus de 90 % des échanges commerciaux africains transitent par les voies maritimes, l’une des priorités était d’examiner les moyens les plus efficaces pour enrayer les activités criminelles, qui portent une atteinte grave à la sécurité ainsi qu’à la navigation dans l’ensemble de l’espace maritime africain, en particulier au large de la Corne de l’Afrique et dans le golfe de Guinée, où plus de 200 attaques de navires ont été recensées entre 2005 et 2015.

En ligne de mire : la piraterie, la pêche illicite, l’immersion de déchets en mer, mais aussi les menaces et fléaux tels que les trafics de drogue, d’armes, de produits issus des hydrocarbures et d’êtres humains. La conférence devait aussi aborder les questions relatives aux migrants, de la mise en place d’une assistance humanitaire d’urgence à la façon d’améliorer la coopération en matière de migration et de mobilité légales.

Le grand défi était de faire adopter un texte ayant force contraignante par les 54 pays de l’UA. Car, avant Lomé, les Africains avaient adopté un code de conduite à Djibouti, en 2009, et un autre à Yaoundé, en juin 2013, tous les deux jugés insuffisants pour faire face à l’urgence de la situation. Selon le chef de la diplomatie togolaise, les travaux du sommet de Lomé devaient aboutir à l’adoption d’une charte comprenant un premier volet sécuritaire visant à renforcer les coordinations sous-régionales.

L’UA n’ayant pas encore de politique de défense opérationnelle, il n’est pas réaliste d’envisager la création d’un corps de gardes-côtes chargés notamment d’endiguer l’insécurité maritime. Cette responsabilité reviendra à chaque communauté économique régionale.

Vers une économie maritime bénéfique à tous

Le second volet de la charte est consacré au développement et porte pour l’essentiel sur l’économie bleue. Face à la concurrence internationale, les Africains ont conscience qu’il faut mettre en œuvre une vraie politique de la mer afin de tirer des espaces maritimes un bénéfice économique et stratégique, tout en prenant en compte les nécessités liées à la protection de l’environnement. « La stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans à l’horizon 2050 sera au cœur des travaux de Lomé, avec pour objectif la création de richesses », avait conclu Robert Dussey.

Mais la volonté politique sera-t-elle au rendez-vous ? Les habitués des grand-messes africaines le savent : pour arriver à un résultat, il faut susciter l’envie de travailler ensemble. Le sommet de Lomé ne réussira que si les 53 États participant (le Cameroun était absent) s’accordent sur l’ampleur des menaces et la nécessité d’agir pour les contrer, et si un esprit de consensus les pousse à les combattre ensemble.


En marge

Du 10 au 15 octobre, l’esplanade du Palais des Congrès, place de l’Indépendance, a accueilli un village des partenaires (institutions, entreprises, ONG), ainsi qu’une série de tables rondes qui ont réuni des experts africains et internationaux autour de quatre thèmes : la lutte contre la piraterie maritime et les autres trafics ; le développement de l’économie bleue et la protection des écosystèmes marins ; la sécurité et la sûreté maritimes ; la gouvernance maritime et les échanges en matière judiciaire et de police.