Lomé se refait une beauté

Le rond-point de la Colombe-de-la-Paix, dans le quartier de Tokoin. © Aprésent

Grandes artères réaménagées, nouveaux quartiers, plages mises en valeur… En cinq ans, la capitale togolaise s’est métamorphosée. Et ce n’est semble-t-il qu’un début. De quoi redonner le sourire à ses habitants ?

Vue du ciel, Lomé forme désormais un grand « L ». Limitée à l’ouest par sa frontière avec le Ghana et au sud par l’océan, l’agglomération s’est naturellement étendue vers le nord et vers l’est, en suivant le littoral et la nationale 2, entièrement rénovée dans le cadre du corridor autoroutier Abidjan-Lagos. Aujourd’hui, le large bandeau noir bitumé de cette route deux fois deux voies surligne les quelque 9 km de sable blond de la longue plage qui borde la métropole d’ouest en est, du poste-frontière d’Aflao jusqu’au port de Lomé.

La fin d’une période sombre

Et ce n’est là qu’un aperçu des changements qui ont profondément modifié le visage de la ville. Dès la sortie du nouveau terminal de l’aéroport, inauguré fin 2015, le ton est donné. Les avenues ont été élargies, bitumées, aménagées. Sur le littoral, les voies de contournement permettent désormais aux camions de quitter le port de Lomé pour prendre la nationale 1 à destination des pays du Sahel sans encombrer le centre-ville.

Au nord, le large boulevard Faure-Gnassingbé, qui relie le boulevard du 30-Août (à l’ouest) au boulevard Gnassingbé-Eyadéma (à l’est), a été entièrement asphalté et doté d’un éclairage urbain. Au grand rond-point de la Colombe-de-la-Paix, des fresques du plasticien et musicien Jimmy Hope symbolisent à elles seules la métamorphose d’une capitale qui a repris des couleurs en même temps que le chemin de la modernité et de la croissance.

L’État a bénéficié de financements importants de la part des institutions régionales

Jusqu’à la levée, en novembre 2007, d’un embargo international de quatorze longues années, le pays, perclus de dettes et ne bénéficiant plus du concours financier des bailleurs de fonds, n’avait plus investi dans ses infrastructures.

Alors que sa population augmentait, la capitale togolaise a subi de plein fouet cette situation : routes déliquescentes, services de base insuffisants, manque de logements, quasi-disparition des lieux de loisirs… Sans parler des constructions informelles qui avaient colonisé les principaux axes routiers et envahi un domaine public laissé en friche, dans l’attente de chantiers ne dépassant jamais le stade de « la première pierre ».

Avec la croissance, la renaissance de Lomé

Depuis que le Togo a renoué les fils de la coopération avec ses partenaires internationaux et relancé son économie, la croissance est revenue (5,9 % en 2014 et 5,5 % en 2015) et les investisseurs également.

L’État a bénéficié de financements importants de la part des institutions régionales (Banque d’investissement et de développement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, Banque ouest-africaine de développement, Banque africaine de développement, etc.) et, depuis 2010, il a engagé un programme d’investissements publics dans les infrastructures, en particulier dans la capitale, trop longtemps laissée à l’abandon.

L’agglomération ayant une taille moyenne, comparée à certaines capitales du continent, une bonne partie des retards accumulés ont déjà été comblés. C’est le cas pour les transports. Pour l’électricité aussi, grâce à la centrale thermique (d’une capacité de 100 MW) que l’américain Contour Global a mise en service en 2010.

Aujourd’hui, les Loméens sont redevenus fiers de leur ville : de sa nouvelle aérogare, de son port, de ses grandes artères, de ses nouveaux immeubles, de ses hôtels rénovés, mais aussi de ses magasins, de ses restaurants, de ses salles de sport, de ses complexes de loisirs.

Car avec le retour de la croissance et la remise à niveau des infrastructures, de nombreux entrepreneurs privés ont créé leur activité, notamment dans le secteur des services, pour répondre en particulier aux besoins de la nouvelle classe moyenne, des jeunes actifs (20-35 ans) qui représentent près de la moitié de la population, ainsi que des Togolais revenus s’établir à Lomé après avoir passé des années à l’étranger.

Des défis dans l’environnement et l’habitat

Les défis à relever sont cependant nombreux. À commencer par celui de l’habitat. Même si les programmes résidentiels se multiplient, le nombre de logements reste insuffisant et, en corollaire, le prix des loyers s’envole.

La prise en compte de la protection de l’environnement est également une préoccupation pour les 2 millions d’habitants de l’agglomération. Des efforts ont été faits pour améliorer la collecte des ordures, désormais confiée à une agence gouvernementale spécialisée, mais les problèmes persistent au niveau du traitement des déchets, dont le stockage se fait encore dans des décharges à ciel ouvert.

Par ailleurs, beaucoup d’arbres ont été coupés pour élargir les routes ou en construire de nouvelles, au grand dam des associations de protection de l’environnement, qui réclament qu’une véritable politique soit mise en œuvre à cet égard.

C’est aussi l’un des volets inscrits dans le plan de développement urbain du Grand Lomé à l’horizon 2030 que l’État et la municipalité sont en train de mettre en œuvre. Ils savent que pour en faire une métropole modèle ils vont devoir tenir le cap, notamment en matière d’investissements. Pour l’heure, au regard de la dynamique « cosmopolitaine » que la ville a retrouvée en seulement cinq ans, il semble en tout cas que ce soit un bon plan.

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