Togo : le ministre de l’Urbanisme veut améliorer les conditions de vie des habitants de Lomé

Le 4 octobre, à Lomé. © àprésent pour JA

Principal maître d’œuvre du schéma d’aménagement de Lomé, Fiatuwo Kwadjo Sessenou, le ministre togolais de l’Urbanisme explique les choix qui ont été faits et rappelle les priorités.

Lorsqu’il a fait son entrée au gouvernement, en juillet 2012, en qualité de ministre des Arts et de la Culture, Fiatuwo Kwadjo Sessenou était un parfait inconnu sur la scène politique togolaise.

Avocat de profession (il est inscrit au barreau de Lomé depuis 2002), cet orateur aussi brillant que discret n’est d’ailleurs vraiment « entré en politique » que lors des législatives de juillet 2013, à l’issue desquelles il a été élu sous l’étiquette de l’Union pour la République (Unir) dans la circonscription de Wawa-Akébou (région des Plateaux, centre-ouest du pays).

Nommé ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat en septembre 2013, il a vu son portefeuille élargi au Cadre de vie au lendemain de la présidentielle d’avril 2015. Ce qui n’est pas anodin. À 51 ans, Fiatuwo Kwadjo Sessenou fait partie de la nouvelle génération de cadres au profil très technique du parti au pouvoir. Il est le principal maître d’œuvre de la politique nationale de l’habitat et du développement urbain engagée par le chef de l’État Faure Gnassingbé et, en particulier, de l’aménagement du Grand Lomé.

Jeune Afrique : Quels sont les principaux défis que doit relever le Grand Lomé ?

Fiatuwo Kwadjo Sessenou : Au recensement de novembre 2010, l’agglomération se singularisait déjà en concentrant 63,2 % des citadins du pays, soit quelque 24 % de la population totale du Togo, sur une superficie de 0,49 % du territoire national. Au regard du rythme actuel de l’accroissement urbain, qui est de 5 % pour Lomé contre une moyenne nationale de 2,84 %, l’agglomération devrait abriter une population de près de 3,5 millions d’habitants en 2030, soit 36 % de la population togolaise.

Le principal défi est donc d’assurer un développement spatial harmonieux et durable du Grand Lomé et d’améliorer les conditions de vie de la population. Bien entendu, ce défi prioritaire est également valable pour les autres centres urbains du Togo.

Quels problèmes spécifiques cette croissance démographique pose-t‑elle ?

Au fil des années, l’augmentation constante de la population et cette urbanisation rapide engendrent des problèmes majeurs, notamment un développement spatial peu harmonieux de l’agglomération, dû à la persistance de lotissements illégaux. L’accès à un logement décent pour les couches de la population à revenus faibles et intermédiaires est de plus en plus difficile, l’habitat précaire prolifère et, la pression sur les ressources naturelles se faisant plus forte, l’environnement urbain se détériore.

Quels sont les fils conducteurs de la stratégie de développement urbain du Grand Lomé à l’horizon 2030 ?

C’est un document de mise en cohérence des actions au sein de l’agglomération, qui a été adopté en juin 2012. Cette stratégie a pour objectif de doter le Grand Lomé, c’est‑à-dire l’espace partagé par les cinq arrondissements de la commune de Lomé et ses huit cantons périphériques, d’une vision de développement à l’horizon 2030, assortie d’un plan d’action global et d’un programme prioritaire de réduction de la pauvreté urbaine.

Concrètement, il s’agit d’asseoir les bases d’une bonne gouvernance urbaine, de maîtriser le processus d’urbanisation, d’améliorer et d’augmenter la quantité et la qualité des équipements et des services sociaux urbains dans un souci d’harmonisation spatiale, mais aussi développer l’économie locale, de lutter contre la pauvreté, d’améliorer le cadre de vie et, enfin, de s’adapter aux effets du changement climatique.

Qu’est-ce qui a motivé l’extension de votre portefeuille en 2015 au « Cadre de vie » ?

Ce renforcement s’inscrit dans la vision du chef de l’État d’améliorer davantage les conditions de vie des Togolais. Cela passe notamment par l’accès à un service d’assainissement adéquat, mais aussi par l’aménagement des espaces verts.

Objectif : une ville compacte, structurée, équilibrée, sécurisée et où il fait bon vivre

Pouvez-vous nous parler du programme mis en œuvre pour éviter les épisodes d’inondations récurrents dans la capitale ?

Avec le concours de la Banque mondiale, le Projet d’urgence de réhabilitation des infrastructures et des services électriques [Purise], à travers l’une de ses composantes – l’opération de drainage des eaux pluviales –, a déjà permis de réduire le nombre de personnes affectées par des inondations périodiques dans des quartiers pauvres de l’agglomération.

Cette opération a permis le curage de 120 km et la réhabilitation de 31,3 km de caniveaux, la construction et la remise à niveau de cinq bassins de rétention d’eaux pluviales totalisant une capacité de plus de 190 000 m3, ainsi que la construction d’un centre pour sinistrés de catastrophes naturelles et/ou anthropiques de 1 000 lits, qui sert d’abri temporaire aux victimes en situation d’urgence.

L’étude d’impact du Purise réalisée en décembre 2015 dans les zones couvertes a montré que 47,4 % de la population du Grand Lomé – soit plus de 960 000 habitants – sont désormais totalement protégés des inondations et que 6,1 % – soit plus de 97 400 habitants – le sont partiellement.

Ce qui est marquant dans l’évolution de la ville aujourd’hui, c’est la coexistence entre quartiers vieillissants et nouveaux quartiers, avec des types d’habitat très divers. Quelles sont les orientations pour réduire ces différences ?

La ville de Lomé est caractérisée par le mélange des différents types d’habitat et de classes socioprofessionnelles. Cette situation s’explique par le régime foncier togolais, qui reconnaît le droit de propriété coutumière sur les terrains par des collectivités.

L’un des impacts de ce libéralisme foncier dans l’agglomération de Lomé est justement cette coexistence entre ­nouveaux quartiers et quartiers ­vieillissants. Pour corriger cela, des dispositions ­juridiques permettent à l’État de prendre légalement possession de ces quartiers vieillissants afin de mener deux types d’opérations d’urbanisme : la rénovation ou la restructuration, qui peut inclure la construction de logements sociaux. L’un des textes juridiques est ­l’expropriation pour cause d’utilité publique, qui ­s’accompagne d’une indemnisation.

Quelles sont les actions entreprises pour faire de Lomé un modèle de ville durable ?

L’élaboration en cours du Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme [SDAU] est la première action retenue par le programme d’urgence de la Stratégie de développement urbain du Grand Lomé.

Trois concepts clés structurent l’élaboration de ce schéma et la définition de ses orientations. Il s’agit de faire du Grand Lomé une métropole en développement, attractive et rayonnante, qui soit compacte, structurée, équilibrée et sécurisée, et, enfin, une métropole où il fait bon vivre. Ces concepts contribuent à la mise en œuvre des Objectifs de développement durable [17 ODD fixés par l’ONU fin 2015], en particulier de l’objectif 11 : « Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ».

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici