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Chérif Ghemmour, écrivain milieu de terrain

Journaliste et écrivain, il s’est imposé comme un spécialiste du ballon rond. © Vincent Fournier/JA

Ancien animateur, ex-musicien, ce journaliste sportif français d’origine algérienne s’apprête à sortir son quatrième livre. Il intervient aussi sur plusieurs grandes stations de radio.

Impossible de lui tirer les vers du nez. Au printemps 2017, son prochain livre sortira. Il y sera question de football, bien sûr. Mais l’auteur préfère rester le plus discret possible sur le sujet traité. « Ce ne sera pas une biographie de Lionel Messi. Ce n’est pas le genre de bouquin que j’ai envie d’écrire. » On peut le croire. Son premier, en 2008, s’appelait Le Guide du respect dans le football (Éditions Calmann-Lévy) et visait un jeune public.

Le second, publié cinq ans plus tard (Terrain miné, Éditions Hugo Sport), proposait un éclairage sur quinze matchs s’étalant de 1934 à 2012 et dont le contexte débordait largement sur le terrain politique. Le troisième, Chérif Ghemmour l’a consacré à Johan Cruyff (Johan Cruyff, génie pop et despote, Éditions Hugo Sport), l’immense footballeur néerlandais, considéré comme un des meilleurs joueurs du xxe siècle.

Mais malgré son admiration pour l’ancienne icône de l’Ajax Amsterdam et du FC Barcelone, décédée en mars, l’auteur n’a jamais versé dans le récit hagiographique. « J’ai aussi voulu montrer ses mauvais côtés », explique-t-il.

Une écriture drôle et agréable

Cette manière de traiter des sujets variés, parfois graves, avec une vraie dose d’humour et une certaine ironie est sans doute le fruit d’un parcours professionnel pas forcément planifié. Depuis presque quinze ans, Chérif Ghemmour (53 ans) fait partie du décor médiatico-sportif, et pas seulement grâce à ses livres.

Consultant régulier sur RFI et RMC, passé par Eurosport, il est aussi un des piliers du mensuel So Foot, créé en 2003 par trois amis avec un capital de 450 euros. « On m’avait dit qu’un magazine de foot au ton décalé allait se monter. J’ai contacté un des trois fondateurs (Franck Annese). J’ai rapidement commencé à écrire, mais nous n’étions pas payés. Au bout de quelques mois, il a été décidé de suspendre l’activité, le temps de mieux s’organiser. On a su s’améliorer, rectifier certaines erreurs. »

Aujourd’hui, So Foot est un des titres phares d’un groupe de presse éclectique, So Press – et Ghemmour y est toujours incontournable. « Chérif a un style d’écriture agréable et intéressant dans le sens où il apporte toujours une référence historique à ses articles, explique Marc Beaugé, un des rédacteurs en chef du magazine Society, qui l’a croisé à So Foot. »

« Il a également une grosse culture musicale et il est capable de faire un parallèle entre un footballeur et un musicien, ce que tous les supports n’autorisent pas. Il est également à l’aise à la radio ou à la télé. Il apporte une certaine hauteur de vue au milieu de journalistes très foot. »

Chérif Ghemmour, qui a également collaboré avec Eurosport et Ma Chaîne Sport, ne se destinait pas forcément à une carrière de journaliste free-lance. Il lui arrive de s’évader de la presse sportive pour écrire dans So Film, un des autres titres du groupe So Press.

Issu d’un milieu modeste

Il est né à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, et y vit toujours. Ses parents, Kabyles originaires de Beni Yenni et exilés en France au cœur des années 1950, s’étaient installés dans cette commune où leurs quatre enfants ont vu le jour. « Mon père, aujourd’hui décédé, était ouvrier mécanique, ma mère femme au foyer. Autant dire que je viens d’un milieu modeste. »

À la maison, le petit Chérif reçoit une éducation assez stricte. « J’étais turbulent, jamais méchant. Et mes résultats scolaires étaient assez bons. » Dans sa ville natale, les immigrés nord-africains sont en minorité et les Algériens souvent montrés du doigt.

« La guerre était encore très présente. Les Algériens étaient les méchants, les violeurs, les égorgeurs. Les Tunisiens ou les Marocains étaient mieux perçus. Et les pères de mes potes français avaient tous fait la guerre. Il y avait une forme de méfiance, un peu de racisme. Parfois, ça classait… Pendant longtemps, nous avons été élevés dans l’idée de rentrer en Algérie, une fois les parents en retraite. Mais on retournait en Algérie uniquement pour les vacances. »

Ma façon de travailler me permet de conserver une certaine liberté.

La proximité du stade de Colombes avec le domicile familial l’oriente vers la pratique du sport en général, et du foot en particulier. Au collège, il lance un journal (Le Connard déchaîné) qui ne survivra pas au premier exemplaire. Devenu lycéen, il récidive avec Station 140, en référence à la ligne du bus qui passe vers chez lui. « Un ou deux numéros, pas plus », sourit-il.

Bac B (économique et social) en poche, étudiant en droit à Nanterre, musicien à ses heures, il s’essaie aussi à la chronique dans le journal d’une association culturelle de Colombes, entre différents petits boulots destinés à améliorer l’ordinaire.

« J’avais envie d’écrire. En 1997, j’ai passé six mois au magazine BUT, mais je n’étais pas payé. Puis j’ai fait de la radio à Sport OFM et j’ai aussi travaillé pour Thierry Ardisson, pour ses émissions sur France 2 et Paris Première. Je faisais des fiches sur ses invités. Mais c’était très prenant. Je n’avais plus de vie. » Aujourd’hui, Chérif Ghemmour se satisfait de celle, jamais figée, qu’il s’est construite.

« Ce que je fais me plaît. J’en vis plus ou moins bien, cela dépend des mois. Mais cette façon de travailler me permet de conserver une certaine liberté. » Comme celle d’écrire sur le cinéma dans So Film. Ou de repousser les avances de Society, malgré des tentatives répétées de Marc Beaugé. « Pour l’instant, regrette celui-ci, il a toujours refusé de travailler pour nous. »

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