Fermer

Italie : promesses non tenues pour la nouvelle maire de Rome Virginia Raggi

Virginia Raggi lors d’un conseil municipal, à Rome, le 20 septembre. © Francesco Fotia/AGF/SIPA

En juin, le populiste Mouvement 5 Étoiles remportait la mairie de Rome et annonçait un grand ménage. Pour le moment, c’est raté : la corruption, l’insalubrité et l’incurie atteignent des sommets.

«Nous n’avons rien contre les Jeux olympiques, mais nous ne voulons pas que le sport soit prétexte à de nouvelles coulées de béton dans la ville. » C’est ainsi que Virginia Raggi, la maire de la Cité éternelle, a justifié l’annulation de la candidature de Rome à l’organisation des Jeux de 2024. Certes, le nouvel édile n’avait pas caché ses réticences durant sa campagne. Mais elle avait promis de convoquer un référendum sur la question.

Aujourd’hui, la star du Mouvement 5 Étoiles (M5S), formation « antipartis » fondée par l’humoriste Beppe Grillo, estime que les 67 % de suffrages qu’elle a obtenus en juin font office de consultation populaire et clôt le débat sans autre forme de procès. Pour elle, il serait « irresponsable » de maintenir cet événement sportif alors que la ville traîne 13 milliards d’euros de dettes.

Les Romains impatients

Pourtant, le Comité olympique italien avait précisé que le coût des Jeux (5,3 milliards d’euros) aurait été couvert par lui-même, l’État et les sponsors. Et les Romains ont la désagréable impression d’avoir été floués une fois de plus par un responsable politique. « Elle escamote sans vergogne une décision qui revient aux citoyens, ceux qui, lors de son investiture, ont scandé un seul mot : honnêteté », s’agace Cristina Nesbitt, une employée des musées de la ville.

La grogne des Romains, pour qui les JO auraient été une manne, est perceptible depuis quelques semaines. Car Raggi, 38 ans, n’a tenu aucun de ses engagements, et la commune suffoque toujours sous les immondices, la corruption et une circulation infernale. Pis : celle qui avait fait de la lutte contre l’incurie une priorité ajoute du désordre au chaos. Au point que le Saint-Siège est sorti de sa réserve pour déplorer « l’abandon de Rome ».

Mauvais entourage

Depuis son investiture, en juillet, Virginia Raggi, avocate et première femme maire de la capitale, n’a même pas été capable de constituer son cabinet. Et ça fait trois mois que ça dure !

Certains des adjoints qu’elle avait désignés sont impliqués dans des scandales judiciaires ou politiques. Raffaele De Dominicis, ancien magistrat de la Cour des comptes, qu’elle avait nommé aux finances, est poursuivi pour abus de pouvoir. L’adjointe à l’écologie, Paola Muraro, est l’une des responsables de la catastrophe écologique de Rome ; entendue pour violation des normes sur l’environnement dans deux affaires visant l’agence de collecte des ordures ménagères dont elle était consultante pendant plus de dix ans, elle est poursuivie pour avoir avantagé une société privée de traitement des déchets au détriment d’une entreprise publique.

Le M5S voulait faire de la gestion exemplaire de Rome un tremplin pour conquérir la péninsule

Son chef de cabinet, Raffaele Marra, est un proche de Gianni Alemanno, ancien maire néofasciste impliqué dans l’affaire « mafia capitale ». L’ex-rugbyman Andrea Lo Cicero, adjoint aux sports, aurait tenu des propos homophobes, tandis que certains assurent que le vice-maire, Daniele Frongia, ne devrait son poste qu’à sa grande amitié avec Raggi. Ces nominations, décriées par les médias, ont été annulées, à l’exception de celle de Paola Muraro.

« Qui tient la ville et ses comptes ? » s’inquiètent les Romains, qui rappellent à Raggi ses promesses de bonne gouvernance. Au-delà de l’édile, c’est le M5S qui est en ligne de mire. Le parti voulait faire de la gestion exemplaire de Rome un tremplin pour conquérir la péninsule. Cette ambition risque d’être contrecarrée par le fiasco de Raggi.

Pour ramener le calme au sein du mouvement, divisé entre les pragmatiques qui la soutiennent et les « purs et durs », qui font de la transparence leur cheval de bataille, Beppe Grillo est contraint de donner de la voix : « Unis, avec nos principes pour guide et Virginia comme maire, nous ferons de Rome la plus belle capitale du monde. Un rêve qui, comme ceux qui nous ont portés jusqu’ici, se réalisera. Unis, humbles et au service des citoyens. » Des propos qui sonnent désormais creux pour les Romains.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici