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Tourisme : comment l’Égypte compte faire revenir les touristes

Le Caire vu du Nil. © Luc Legay/CC/Flickr

Depuis 2011, le nombre de visiteurs étrangers a dramatiquement chuté. Pour l’État, c’est avant tout un problème de perception, auquel il compte remédier à travers une vaste campagne de promotion.

Stations balnéaires en hibernation, chameliers désœuvrés au pied des pyramides, bateaux de croisière qui rouillent dans le port d’Abou Simbel… Les merveilles d’Égypte sont dépeuplées, et le marasme de l’industrie touristique, laquelle contribuait encore en 2015 à 11,3 % du PIB et employait 12 % de la population active, n’aide pas au redressement de l’économie nationale.

De plus de 15 millions en 2010, le nombre d’entrées s’est effondré à 9 millions en 2015, et seuls 3,5 millions de visiteurs ont été enregistrés entre janvier et août cette année.

Une série noire de tragédies a accentué le déclin amorcé à la suite de la révolution de 2011 : mort de huit touristes mexicains et de leurs quatre accompagnateurs égyptiens ciblés par erreur par l’armée dans le désert en septembre 2015, attentat contre le vol russe Metrojet au-dessus du Sinaï un mois plus tard (224 morts), crash du vol Egyptair en provenance de Paris en mai 2016 (66 morts).

Tentative de relance

« La situation sécuritaire est maintenant sous contrôle, les sites et infrastructures touristiques bénéficient de protections accrues, et l’Égypte est l’un des pays les plus sûrs de la région, voire du monde », affirme, dans un salon de l’hôtel Marriott Champs-Élysées, Yehia Rashed, le ministre du Tourisme, venu fin septembre à Paris pour reconquérir l’un de ses marchés autrefois les plus lucratifs.

L’occasion d’annoncer une campagne de promotion internationale (63 millions d’euros sur trois ans), dont l’objectif est de franchir à nouveau la barre des 10 millions de visiteurs, et ce dès 2017.

Car, souligne le ministre, le grand obstacle au redémarrage des activités est de l’ordre de la perception : celle-ci est pour l’instant erronée, car contaminée par le contexte sécuritaire régional (guerres en Libye, en Syrie et en Irak) et international.

« Les touristes s’interrogent aujourd’hui avant d’aller à Charm el-Cheikh, comme pour New York ou Paris », note Yehia Rached. « Pourtant, ce qui s’est passé dans ces villes n’a pas eu lieu dans les villes d’Égypte. »

Rassurer le reste du monde

Au Caire, Agnès Debiage est, avec sa librairie et boutique de décoration artisanale sur la place Tahrir, aux premières loges pour mesurer l’activité touristique. Si elle dit ne plus vouloir se raccrocher à quelque espoir après cinq ans d’attente, elle souligne que « la délinquance a été bannie des rues » et que « peu d’étrangers ont été victimes de l’insécurité ces dernières années ». « Hélas, les voyageurs font l’amalgame entre l’Égypte et le chaos régional. Pourtant, l’offre n’a jamais été aussi intéressante en rapport qualité-prix. »

Si la stratégie gouvernementale inclut des mesures de facilitation des entrées (diminution, voire suppression, des taxes aéroportuaires, négociations bilatérales pour rendre plus aisée l’obtention des visas, qui pourront bientôt être délivrés en ligne), elle se concentre donc sur la reconstruction de l’image de la destination.

Couleur « rouge alerte »

L’effort pédagogique vise en premier lieu les tour-opérateurs et les compagnies low cost qui s’étaient détournés de l’Égypte, un pays qui reste, selon le ministre, « un marché important, tant en matière de volume que de potentiel ».

La mission de Yehia Rashed est aussi de faire fléchir ses interlocuteurs français pour que l’Égypte se départe de sa couleur « rouge alerte » sur la carte du ministère des Affaires étrangères.

Il s’agit enfin de réveiller l’égyptomanie du grand public. Inauguration du Musée national de la civilisation égyptienne d’ici à la fin de l’année, construction d’un colossal musée des antiquités, ouverture au public de palais, de tombes et de temples auparavant inaccessibles, restauration du Caire colonial et islamique

Une offre inédite, alors que les prix sont au plus bas : sur un site de réservation en ligne, la nuit au pied des pyramides au prestigieux Mena House Palace coûte 200 euros, contre 280 annoncés sur le site. Des occasions qui ne se représenteront plus quand la destination sera de nouveau courue !


La Tunisie et la Jordanie pas mieux loties

La plaie qui touche la destination phare du Maghreb et du Moyen-Orient n’épargne pas les autres pays de la région qui, privés de manne pétrolière, avaient misé sur le secteur – à l’exception du Maroc, qui parvient à maintenir ses performances. À l’ouest, la Tunisie a ainsi vu sa fréquentation chuter de plus de 30 % entre 2010 et 2015, tandis qu’à l’est la Jordanie limitait à grand-peine sa perte à 10,5 % sur la même période. Et les estimations pour 2016 ne sont pas plus encourageantes dans ces deux pays qu’en Égypte.

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