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Aide militaire des États-Unis à Israël : contre toute attente, Obama fait mieux que Bush

Par - à Jérusalem

Le Premier ministre israélien et Barack Obama, le 21 septembre, à New York. © Drew Angerer/Pool via CNP/AFP

Au vu des tensions avec l’administration Obama, l’aide militaire record obtenue par Netanyahou semble relever de l’exploit. Mais certaines clauses de l’accord en relativisent l’ampleur.

Pour les dix prochaines années, 38 milliards de dollars (34 milliards d’euros). La somme, vertigineuse, devrait permettre à l’État hébreu de consolider sa suprématie militaire dans la région. Avant de quitter la Maison Blanche, Barack Obama a donc mis sa rancœur de côté pour remplir, comme ses prédécesseurs, son devoir d’assistance à la sécurité d’Israël. Nul doute que le président américain aurait préféré octroyer cette manne financière à un autre homme que Benyamin Netanyahou.

Cérémonie formelle

Au bout de sept années de défiance et de mépris mutuels, Obama ne s’est d’ailleurs pas encombré d’un trop lourd protocole. Sa dix-septième et dernière rencontre officielle avec le Premier ministre israélien, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, s’est déroulée dans une petite salle du Lotte New York Palace de Manhattan, où quelques chaises et drapeaux avaient été installés à la hâte.

Après avoir écouté Netanyahou le couvrir de louanges sans esquisser le moindre sourire, Obama a d’abord salué l’ancien président israélien Shimon Peres – hospitalisé depuis le 13 septembre après un accident vasculaire cérébral et qui décédera le 28 septembre –, évoquant « un grand ami, un géant et un héros de l’histoire d’Israël ». Le sens de cette digression très symbolique n’a pas échappé aux commentateurs des presses israélienne et américaine.

Obama fait mieux que Bush

Il n’empêche, le démocrate Obama fait mieux que le républicain George W. Bush, considéré à l’époque comme le président américain le plus favorable à l’État hébreu. En août 2007, quelques mois avant de quitter ses fonctions, il avait augmenté de 25 % l’aide militaire à Israël, la portant à près de 3,1 milliards de dollars par an.

Le plan paraphé par le Pentagone et approuvé par Obama représente une nouvelle hausse de 7 milliards de dollars qui s’échelonnera de 2018 à 2028. Aux dires de Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale, « il s’agit de la plus grande promesse d’assistance militaire à un pays dans l’histoire américaine ». D’après Washington, 33 milliards de dollars serviront à financer l’achat d’armement et les 5 milliards restants, le développement du bouclier antimissile israélien, dont certaines composantes, comme le système antibalistique Arrow (« flèche »), sont conjointement développées avec les États-Unis.

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Reste que, à la différence des précédents accords, l’État hébreu devra dépenser l’intégralité de cette enveloppe auprès des entreprises américaines, privant ainsi sa propre industrie militaire d’importantes commandes. Sur une décennie, le manque à gagner atteindrait 1 milliard de dollars et, surtout, menacerait 4 000 emplois du secteur en Israël.

Une contribution jugée insuffisante 

Dans les faits, le montant de l’aide américaine est nettement inférieur aux 45 milliards de dollars initialement espérés par Netanyahou à titre de compensation pour l’accord sur le nucléaire iranien. Dans une tribune parue dans les colonnes du Washington Post, Ehoud Barak déplore que son pays subisse l’« ingérence » de « Bibi » dans les affaires américaines. Une allusion au discours controversé de Netanyahou devant le Congrès – en mars 2015 – pour saboter l’accord sur le nucléaire iranien. « Sa conduite imprudente a sapé notre sécurité », écrit-il.

D’autres figures partagent l’idée que de meilleures relations israélo-américaines auraient permis de faire monter les enchères. Si l’ex-ministre de la Défense Moshe Yaalon juge la contribution américaine « insuffisante », le général Amos Yadlin, ancien chef des renseignements militaires, assure que l’État hébreu va perdre 100 millions de dollars puisque, en vertu du nouvel accord, il lui sera interdit de solliciter le Sénat afin d’obtenir des rallonges budgétaires.

Un coup dur pour le lobby pro-israélien de l’Aipac et ses partisans, qui, depuis des semaines, redoublaient d’efforts pour faire retirer cette clause. À l’arrivée, certains en veulent à Netanyahou. « Il nous a court-circuités », a déploré le sénateur républicain Lindsey Graham.

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