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Des universités africaines veulent lancer leur mooc

Deux ingénieurs de l’université d’Abomey-Calavi du Bénin, en formation moocs à l’EPFL. © Sylvie Gitz/EPFL

L'École polytechnique fédérale de Lausanne dispose d'un gros catalogue de cours en ligne gratuits. Sur le continent, notamment en Côte d'Ivoire et en RD Congo, ses moocs sont un succès. Une quinzaine d'universités africaines se lancent à leur tour.

Confortablement installée sur les rives du Léman, l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) confirme d’emblée sa réputation, à la pointe de l’innovation. Dès l’entrée sur le campus, en apercevant l’architecture en forme de vague du Rolex Learning Center (bibliothèque géante aux lignes futuristes inaugurée en 2010), le visiteur comprend qu’il met un pied dans le futur.

La bonne nouvelle pour l’Afrique, c’est que l’EPFL a placé le continent au cœur de sa quête de l’excellence, sous l’impulsion notamment du visionnaire Patrick Aebischer, qui dirige l’université depuis 2000.

Un déficit à combler

« C’est lors du 13e sommet de la Francophonie, à Montreux, en 2010, qu’il s’est rendu compte du véritable déficit qu’accusait l’Afrique en matière d’accès à l’enseignement supérieur et qu’il a décidé qu’il devait être comblé », explique Marius Burgat, chef de projet à l’EPFL. Ce dernier gère aujourd’hui l’une des principales innovations de l’école en matière d’enseignement : les moocs (massive open online courses). Des cours en ligne ouverts à tous, dont l’EPFL est l’un des grands précurseurs. Raison pour laquelle se succèdent à Lausanne les délégations universitaires venues d’Europe et d’Afrique.

Établie sur la mise à disposition de cours en ligne gratuits données par des universitaires via des plateformes de diffusion, la formule, particulièrement bien adaptée aux besoins africains, connaît un énorme succès. Et, en la matière, l’EPFL a plus qu’un temps d’avance. Pour s’en convaincre, il suffit de visiter sa Mooc factory, digne d’un studio télé, en plus sophistiqué.

« Il faut pouvoir répondre aux desiderata des professeurs et aux besoins propres à chaque cours dispensé », précise Sylvie Gitz-Leyvraz, responsable du programme MOOCs Afrique, pas peu fière de son bébé. En trois ans, elle a permis la production d’une cinquantaine de cours, vus en cumulé par plus de 1 million d’étudiants à travers 186 pays.

Plus de quinze université africaines conquises

Sur le continent, les champions incontestés de la connexion sont la Côte d’Ivoire, Maurice et la RD Congo, dont les étudiants profitent d’un catalogue très diversifié allant des matières de base, comme l’algèbre, à des domaines aussi pointus que l’astrophysique, sans oublier les cours particulièrement orientés vers l’Afrique, comme ceux sur l’énergie, la gestion des villes ou celle des aires protégées, très suivis dans de nombreux pays.

Pour diffuser la bonne parole, l’EPFL s’appuie sur le Réseau d’excellence des sciences de l’ingénieur de la Francophonie (Rescif), qu’elle a contribué à mettre en place en 2010. Le Rescif réunit aujourd’hui plus de quinze universités, dont cinq en Afrique.

Parmi elles, l’Institut national polytechnique Félix-Houphouët-Boigny de Yamoussoukro (Côte d’Ivoire) – sur le campus duquel un studio de production vient d’être installé –, l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé (Cameroun) et l’École supérieure polytechnique Cheikh-Anta-Diop de Dakar (Sénégal) cherchent à développer leurs propres moocs en s’appuyant sur le savoir-faire de l’EPFL qui, depuis septembre, leur a envoyé l’un de ses experts. Pour que l’Afrique s’approprie un peu plus la révolution éducative en marche.


Afrotech prend son envol au Rwanda

En première ligne lorsqu’il s’agit de concevoir des solutions technologiques inédites pour l’Afrique, l’EPFL héberge Afrotech, un centre de recherche et développement (R&D) créé en 2012 par un ancien correspondant de l’hebdomadaire britannique The Economist au Kenya, Jonathan Ledgard. « Je voulais m’appuyer sur un acteur reconnu et à la pointe sur les questions technologiques », explique l’Écossais féru de high-tech, qui se définit comme « un inventeur de futur ».

Le premier projet grandeur nature d’Afrotech, qui a nécessité un investissement total estimé à 7,2 millions de francs suisses (6,6 millions d’euros), va prendre son envol ce mois-ci au Rwanda. Baptisé Red Line, il porte sur la livraison de médicaments et de matériel d’urgence par drone pour le compte de l’établissement du sang rwandais (National Blood Service). Les engins développés disposent d’une autonomie de 150 km, pour une envergure de 6 m (contre 22 m pour les modèles militaires).

Quant aux drone-ports, ils ont été conçus en collaboration avec l’EPFL par l’architecte star Norman Foster (Foster & Partners), qui vit à Gilly, dans le canton de Vaud. Les drones mis en service en octobre peuvent embarquer une charge maximale de 5 kg, qui devrait être portée jusqu’à 100 kg pour les prochains modèles afin de s’ouvrir aux activités commerciales.

Selon Jonathan Ledgard, ils pourraient à l’avenir assurer 10 à 15 % du transport de marchandises. Le directeur d’Afrotech voit en effet plus loin. Soutenu par la Banque mondiale et la BAD, « qui adorent le projet », il imagine déjà des flottes estampillées Alibaba ou Amazon pour acheminer leurs commandes aux classes moyennes africaines.

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