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Matières premières et énergie : les Suisses champions du négoce

La Confédération gère 60 % des échanges mondiaux de métaux. Ici, des cathodes de cuivre produites par Glencore, à Mopani, en Zambie. © Glencore

Or, pétrole, sucre, café, céréales… Tout (ou presque) se vend et s’achète au niveau mondial depuis la Suisse. Un créneau qui implique des sommes colossales et de nombreux acteurs.

Grands maîtres de la mondialisation, les traders spécialisés dans les matières premières ont établi depuis longtemps leurs quartiers généraux en Suisse, à l’instar de Trafigura et de Mercuria, installés à Genève, ou de Glencore, à Baar, dans le canton moins connu de Zoug. Les négociants ont choisi la Confédération pour la discrétion qu’offre le pays, sa forte densité en banques d’affaires, sa neutralité diplomatique – notamment vis-à-vis des pays africains –, mais aussi pour la présence sur son sol d’une communauté cosmopolite d’expatriés et de riches investisseurs.

Une importante part du commerce mondial 

Selon l’Académie suisse des arts et des sciences, la part des échanges mondiaux gérés aujourd’hui par la Confédération est de 60 % pour les métaux (or, cuivre, fer, etc.), 35 % pour le pétrole brut, 60 % pour le café, 50 % pour le sucre et 35 % pour les céréales.

Les cinq plus grandes sociétés de trading disposant d’un siège ou d’une direction opérationnelle en Suisse (Vitol, Glencore, Trafigura, Mercuria et Gunvor) ne cumulent pas moins de 45 % des revenus du négoce mondial des matières premières. Ce chiffre passe même à 74 % si l’on y ajoute les groupes disposant d’une entité de trading ou d’une direction régionale en Suisse (Cargill, Koch Industries, Noble Group et Archer Daniels Midland).

Les opérations menées par les négociants suisses sur les marchés des matières premières peuvent être extrêmement complexes. Elles associent la maîtrise des instruments financiers de couverture du risque et la nécessaire compréhension des logiques économiques et géopolitiques. Sans oublier la capacité à nouer des liens avec les décideurs politiques. Ce dernier point est évidemment le plus critiqué, compte tenu du secret qui entoure les négociations entre les États et les traders, en particulier celles liées aux contrats de vente des parts publiques de production de brut et de minerais.

Généralisation de la transparence

Davantage sous la loupe des ONG et des médias qu’ils ne l’étaient auparavant, les négociants publient aujourd’hui plus d’informations sur leur activité. Soit directement (sous forme de rapport annuel pour Trafigura), soit via des agences telles que Bloomberg ou Reuters.

« Si l’on est encore loin d’une réglementation spécifique au négoce, l’idée d’une transparence des paiements [entre sociétés et gouvernements] applicable non plus seulement aux activités extractives, mais aussi aux opérations commerciales – par exemple les ventes de pétrole par les sociétés nationales – fait son chemin en Suisse et dans l’Union européenne », analyse Marc Guéniat, de l’ONG Public Eye (ex-déclaration de Berne). Une question sur laquelle les négociants sont divisés.

Transparence ou pas, en dépit des cours déprimés, la situation économique des maisons de négoce reste florissante. « Si les chiffres d’affaires, notamment des négociants en pétrole, ont baissé à la suite de la chute des cours, leurs marges ont augmenté. Ils profitent de la volatilité actuelle, avec des prix à terme plus élevés que dans l’immédiat, qui favorise les sociétés possédant d’importantes capacités de stockage », explique Marc Guéniat.


Trafigura, de mouton noir à chevalier blanc

En 2006, le géant du trading Trafigura avait été éclaboussé par l’affaire du Probo Koala : ce pétrolier battant pavillon panaméen, affrété par la compagnie suisse, avait déchargé plus de 500 tonnes de déchets toxiques dans le port d’Abidjan. Désormais dirigée par Jeremy Weir, successeur du patron-fondateur Claude Dauphin, l’entreprise veut apparaître comme le chevalier blanc de la responsabilité sociale et environnementale. Un positionnement qui a entraîné sa sortie de la STSA (Swiss Trading and Shipping Association), une toute jeune association créée en 2014 par des sociétés de négoce suisses, que Trafigura estimait insuffisamment active, notamment pour inclure le négoce dans le périmètre de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).

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