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Jean-Paul Nyirubutama – RwandAir : « Kigali sera au cœur du trafic africain »

Jean Paul nyirubutama,Directeur de l’exploitation de RwandAir.Photo:Cyril NDEGEYA © CYRIL NDEGEYA

Grâce à ses nouvelles destinations à l’ouest, la compagnie nationale rwandaise complète son réseau au sud du Sahara. Entretien avec le numéro 2 d’un transporteur qui ne manque pas d’ambition.

Après l’est, le sud et le centre du continent, RwandAir s’étend vers l’Afrique de l’Ouest. La compagnie nationale rwandaise veut compléter son réseau pour faire de Kigali, la capitale, une plateforme aérienne au cœur du continent. En septembre, elle a ouvert une ligne vers Cotonou, début octobre elle ralliera Abidjan, puis Conakry à partir de janvier. Jean-Paul Nyirubutama, directeur de l’exploitation, décrypte cette stratégie pour JA.

Jeune Afrique : Qu’est-ce qui motive votre déploiement vers l’Afrique de l’Ouest ?

Jean-Paul Nyirubutama : Au départ, RwandAir a connecté notre voisinage immédiat : l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale. Mais notre stratégie est de relier tout le continent, dont le potentiel est très important. C’est notamment vrai pour l’Afrique de l’Ouest, étant donné sa population et sa croissance. Or peu de compagnies africaines permettent de la relier à l’Afrique de l’Est. Nous pensons pouvoir faire partie de ce groupe.

Vos nouvelles destinations ne sont pas forcément les villes les plus importantes de la région. Pourquoi ce choix ?

Nous avons constaté que certaines capitales étaient mal couvertes en Afrique de l’Ouest, alors que des villes comme Dakar sont déjà très bien desservies. Et puis, dans un premier temps, nous avons l’intention de combiner deux destinations pour augmenter le nombre de clients sur chaque ligne.

Comptez-vous plutôt sur les passagers ou sur le fret pour rentabiliser ces lignes ?

Nous avons choisi, dans un premier temps, de nous concentrer sur l’activité passagère. Jusqu’à récemment, la capacité des soutes de nos avions était d’ailleurs assez limitée. Mais nous avons fait l’acquisition d’appareils long-courriers [deux Airbus A330], ce qui nous permet d’augmenter notre capacité de fret.

Le gouvernement veut faire de Kigali un hub en matière de services.

En Afrique centrale, RwandAir dessert Libreville et Brazzaville, des villes assez modestes comparées à Kinshasa ou à Luanda. Pourquoi ?

L’un des obstacles au développement du transport aérien en Afrique est sa sur-régulation. Nous avons besoin d’accords bilatéraux, et ceux-ci doivent être flexibles. Or, l’accord avec l’Angola n’a jamais pu être signé, et l’application de celui avec la RD Congo se révèle compliquée. Par ailleurs, une petite destination peut rapporter plus. Libreville est une destination assez lucrative tandis qu’à Douala ou à Lagos, la compétition tire les prix vers le bas.

Ces développements retardent-ils vos projets de desserte de l’Europe ?

Non. Nous réfléchissons à Londres et à Paris, peut-être pour l’an prochain. Pour jouer un rôle de plateforme du trafic africain, nous devons proposer des vols vers l’extérieur. Notre vol vers Dubaï rassemble par exemple des passagers venant de tout notre réseau africain, et nous comptons faire de même avec la ligne vers Mumbai, ouverte en septembre, et l’Europe.

L’État rwandais, votre unique actionnaire, influence-t-il votre stratégie ?

Les bonnes relations diplomatiques facilitent toujours notre travail puisque nous opérons sur la base d’accords bilatéraux. Notre gouvernement cherche à en avoir le plus possible.

Par ailleurs, le gouvernement veut ouvrir le pays au tourisme et stimuler ses exportations. C’est sa stratégie, exposée dans la « vision 2020″ : faire de Kigali un hub en matière de services. L’aviation a bien sûr un rôle très important. Cela étant, RwandAir a une autonomie de gestion qui nous permet de prendre des décisions tactiques pour répondre aux nécessités du marché.

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