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Nicolas Sarkozy : identité aux enchères

Nicolas Sarkozy en meeting à Franconville, dans le nord de Paris, le 19 septembre 2016. © Christophe Ena/AP/SIPA

Il s’est automandaté commissaire-priseur d’un bien appelé « identité française ».

Et s’il fait monter la mise, c’est pour rendre impossible l’acquisition du lot « France » aux acheteurs d’origine étrangère. Non content d’avoir éliminé des enchères le candidat du type « racaille » de banlieue ou « homme africain » forcément démuni d’Histoire, Nicolas Sarkozy, actuel patron du parti Les Républicains, avait surenchéri avec la formule « ministère de l’Identité nationale ». Dernière sortie du marteau – autre nom du commissaire-priseur – : être propriétaire d’un bout de France revient à dépenser beaucoup, y compris une bonne part de son ascendance, quitte à s’y prendre avec de la fausse monnaie, en la circonstance des « ancêtres gaulois ».

Moi, je dis, la moindre formalité est de demander notre avis, à nous, immigrés visés. Nous laisser le temps de consulter nos consciences, d’aiguiser le couteau destiné à trancher le lien avec nos aïeux et de tâter de nos « nouveaux anciens ».

Penser également au risque de nous retrouver entre Gaulois exclusivement, avec de l’ennui et de l’uniformité au menu, voire de la consanguinité. Sans oublier le doute quant aux résultats de l’acquisition : consentir à brader nos grands-pères pour en réclamer d’autres nous procurerait-il du travail, de l’argent, de l’estime ? Peut-être, mais la dignité, alors ? Peut-on rester digne en commettant la pire des indignités, qui consiste à renier les siens ? Les critiquer, oui, les renier, non. M. Sarkozy n’a pas l’air de s’en faire.

N’empêche, si j’étais son père – hongrois –, j’en concevrais beaucoup d’amertume. Le mien, de père, m’aurait administré un majestueux soufflet si j’avais eu la mauvaise idée de l’échanger contre un autre. Il m’aurait sorti le proverbe arabe : « Seul le chien renie son espèce », avant de tourner les babouches. Quand j’ai demandé son avis sur le sujet à ma copine de souche, Françoise, elle m’a répondu : « Gauloise, moi ? Mais ma pauvre, tu ne sais donc pas qu’il ne reste des Gauloises que les cigarettes qui portent ce nom ? » Et elle a ri.

Je ne suis pas gauloise, et je ne me soigne pas

Plus sérieusement, il ne suffit pas d’accuser Sarko de méconnaître l’histoire de France ou d’ignorer ses racines multiples. Il faut dénoncer le mépris et le soupçon contenus dans un discours qui fait peu de cas de l’Autre étranger, frappe de déni et de stérilité son histoire, le condamne à n’avoir aucun recours à son passé en tant qu’offre d’avenir possible et conjugué. Ce discours entretient également la confusion entre une France des valeurs universelles et une France du sang. Il laisse entendre que la loyauté serait tributaire de l’origine et, par conséquent, que tout immigré est un traître potentiel à la nation.

Franchement, ce n’est pas que je n’aime pas les Gaulois – certains m’accusent même du contraire –, mais je ne suis pas gauloise, et je ne me soigne pas, je ne conçois aucune crainte ni honte à le dire. J’ai très bien appris l’histoire des miens et cela ne m’a pas empêchée d’apprendre et d’aimer l’histoire de France. J’ai souvent mélangé le Nord et le Sud, invoqué l’ancienne mémoire au profit de la nouvelle patrie. J’ai même eu plaisir à faire converser les anciens d’ici et de là-bas. Qu’est-ce qu’ils se sont marrés en entendant les propos de Sarkozy !

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