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« Nos ancêtres les Gaulois » : Sarkozy a toujours cherché à diviser

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Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

Nicolas Sarkozy tenant un meeting en région parisienne le 19 septembre 2016. © Christophe Ena/AP/SIPA

Nicolas Sarkozy a encore frappé. C’est à croire que ça le démange de gaffer. Sa dernière sortie sur la francité est déroutante.

Pour lui, tous ceux qui acquièrent la nationalité française doivent clamer haut et fort qu’ils descendent des Gaulois. Pour ceux qui l’auraient oublié, les Gaulois sont les habitants de ce qu’on appelait la Gaule dans l’Antiquité, c’est‑à-dire une région qui correspond à la France, à la Belgique et à l’Italie du Nord actuelles.

Si je comprends la logique de M. Sarkozy, n’ont pas quartier libre ces hommes et ces femmes, indéniablement français, qui ne se réclament pas d’Obélix, d’Astérix, d’Idéfix, de Panoramix et tutti quanti. L’ancien président français, en pleine campagne pour tenter d’être le candidat de son camp en 2017, a visiblement la mémoire courte. À moins qu’il ne s’agisse d’une méconnaissance profonde de l’Histoire.

Nos ancêtres les Gaulois. L’antienne ne date pas d’aujourd’hui. Les peuples colonisés, pour ne parler que des colonies françaises, en savent quelque chose. Sans être reconnus comme les égaux des Français de souche, c’est‑à-dire blancs, ceux parmi ces indigènes qui avaient eu la chance d’aller à l’école apprenaient, dans les manuels d’histoire, que les Gaulois étaient leurs ancêtres. Tous n’étaient pas chrétiens, car certains étaient musulmans, et on ne le leur reprochait pas.

Quelle mouche a donc piqué Sarkozy ? L’homme est connu pour ses déclarations sans nuances quand il s’agit de « Français issus de l’immigration » coupables, à ses yeux, de ne pas s’être assimilés. Ce qui en fait des citoyens de seconde zone, forcément marginaux. Souvenez-vous de l’automne 2005. Sarkozy était ministre de l’Intérieur du président Jacques Chirac.

Le 27 octobre 2005, Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, deux jeunes de Clichy-sous-Bois, dans la banlieue parisienne, mouraient électrocutés alors que la police était à leurs trousses. C’était le point de départ d’émeutes qui allaient secouer la France pendant trois semaines. Pour Nicolas Sarkozy, les jeunes en colère n’étaient que de la « racaille ».

S’exprimant dans une émission télévisée, il n’avait pas pu s’empêcher d’affirmer que les jeunes en question auraient pu se comporter autrement s’ils avaient été des descendants de « Suédois ou de Portugais ». Sous-entendu : on est bon ou mauvais en fonction de son ascendance.

Bien dans sa posture de diviseur ayant une connaissance limitée de l’histoire de l’humanité, Sarkozy, élu entre-temps président de la République, s’était rendu au Sénégal en novembre 2007. C’était son premier voyage en Afrique. Dans un discours à l’université de Dakar, il avait affirmé que le « drame de l’Afrique [c’est que] l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ». Ce qu’il fallait démontrer.

Mais est-il écouté par ses compatriotes ? Oui, parfois. Et c’est là tout le drame. Je me souviens de ce qu’une amie française, blanche, de gauche, m’avait dit lors des émeutes de l’automne 2005 : « J’en ai marre de rencontrer dans les rues de mon pays des gens qui portent des boubous et des babouches, parlent fort, baragouinent le français. Que font-ils ici ? Ils n’ont qu’à rentrer chez eux. » Bien entendu.

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