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À Brazzaville, le palais des sports est abandonné par sa cour

Par - envoyée spéciale

Le nouveau stade, parfaitement entretenu, n’est pratiquement pas utilisé. © Baudouin Mouanda pour JA

Le complexe sportif de Kintélé, au nord de la capitale, est impressionnant. Un an après avoir accueilli les Jeux africains, il n’a rien perdu de son éclat. Mais qui en profite ?

Tel un nid doré, le stade de 60 000 places émerge au loin, majestueux, alors que l’on serpente dans les collines sur la vieille route venant de Brazzaville. Au moment où le taxi quitte les quartiers populaires de Kintélé, les autres équipements du complexe sportif de la Concorde se révèlent un à un : une piscine olympique et ses tribunes de 2 000 places, des terrains de tennis et de basket, un boulodrome, un palais des sports de 10 000 places…

Comme pour préserver ces petits bijoux de toute pollution visuelle, pas une maison, pas une boutique ni même une cabane n’est sortie de terre le long de ce parc de 80 hectares, clos par une imposante grille.

À deux pas, des ouvriers mettent la dernière main au palais des congrès (construit par l’entreprise turque Summa), tandis qu’au loin, à flanc de vallée, on peut apercevoir les bâtiments de la future université, encore en travaux.

Abandonné

Erigé pour accueillir la 11e édition des Jeux africains en septembre 2015, le complexe ressemble aujourd’hui à un palais abandonné par sa cour. La vasque de béton tressée du stade se dresse toujours sur l’esplanade, mais la flamme de la compétition reste désespérément éteinte.

Les infrastructures sont encore comme neuves, alors que la pelouse du terrain de football d’entraînement a poussé et jauni. Surtout, il n’y a dans cet immense complexe sportif pas âme qui vive en dehors de la piscine d’entraînement utilisée par les clients de l’hôtel de la Concorde.

L’établissement, qui a ouvert après les Jeux, en novembre 2015, est de loin le plus utilisé du complexe.

Avec ses 100 chambres, ses deux auditoriums de 250 places et une salle pouvant accueillir jusqu’à 1 000 personnes, il a déjà servi aux réunions de l’Association des compagnies aériennes africaines (Afraa), à Interpol, à l’OMS, à la FAO ou encore à la fondation Perspectives d’avenir, fondée par Denis Christel Sassou Nguesso, le fils du chef de l’État. Mais l’hôtel, lui aussi, est loin d’afficher complet.

« Une seconde vie »

Le gouvernement avait pourtant promis que le complexe, dont le coût est estimé à 380 milliards de F CFA (environ 580 millions d’euros), aurait une seconde vie après la clôture des Jeux africains.

En octobre 2015, la direction départementale des Loisirs a bien organisé une excursion touristique à Kintélé pour promouvoir le site, mais, pour l’heure, peu d’événements sportifs s’y sont tenus, en dehors d’un match entre les Diables rouges congolais et la Zambie en mars, pour les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2017.

Il faudra sans doute attendre l’organisation de l’Afrobasket, l’an prochain, dans le palais des sports, pour qu’un événement international se déroule de nouveau à Kintélé. Par ailleurs, l’accès au complexe demeure compliqué.

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Il faut compter au moins quarante minutes pour s’y rendre en voiture depuis le centre-ville de Brazza, et ni les bus ni les taxis ne peuvent utiliser la nouvelle voie rapide qui y mène – certains chauffeurs peu habitués à ce type de route s’arrêtaient en plein virage, au risque de provoquer de terribles accidents.

« Laissez-nous un peu de temps », répondent les autorités congolaises lorsqu’on les interroge sur l’utilité de ces infrastructures. Le Stade de France n’a pas trouvé sa vitesse de croisière en une année, rappelle d’ailleurs Innocent Dimi, patron de La Financière et conseiller du ministre des Finances.

À Brazzaville, on se souvient surtout qu’avant l’organisation des Jeux africains le Congo avait rarement eu l’occasion de s’offrir une aussi belle publicité à l’échelle internationale.


Des équipements loués à prix cassés

Si le complexe sportif de la Concorde n’a pas encore trouvé son rythme de croisière après les Jeux, ce n’est pas à cause de tarifs prohibitifs. D’après un document que Jeune Afrique a pu consulter, les autorités congolaises font tout pour rendre la location des équipements attractive. Organiser un spectacle dans le stade ne coûte que 1,5 million de F CFA (moins de 2 300 euros) par jour pour un artiste local et 2,5 millions pour un étranger.

La piste d’athlétisme se loue 200 000 F CFA pour une compétition nationale et 1 million pour une manifestation internationale. Quant aux simples visiteurs qui voudraient découvrir d’un peu plus près ces terrains de sport, ils ne devront débourser que 5 000 F CFA, auxquels ils pourront ajouter 5 000 F CFA supplémentaires pour vivre une expérience inoubliable : piquer une tête dans le bassin d’entraînement.

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