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Algérie : pourquoi Trump et Clinton font aussi peur l’un que l’autre

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika et Hillary Clinton lors de l'arrivée de cette dernière à Alger le 29 octobre 2012. © Saul Leob/AP/SIPA

Le duel Clinton-Trump ne déchaîne pas vraiment les passions en Algérie, tant dans l’opinion que dans les cercles du pouvoir, car deux constantes guident les relations entre les deux pays, indépendamment de l’équipe qui occupe la Maison Blanche.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, ils coopèrent étroitement en matière de sécurité et de renseignement. Pour Washington, qui ne cesse de louer l’expérience algérienne en matière de lutte contre le terrorisme, l’Algérie est un allié stratégique au Maghreb, dans le monde arabe et dans la région du Sahel.

Il y a aussi le pétrole et le gaz. Certes, les États-Unis ont progressivement réduit leurs importations d’hydrocarbures en provenance d’Algérie, mais le marché algérien reste attractif pour les pétroliers américains. « Avec les États-Unis, nous sommes davantage dans la géostratégie que dans l’économie, concède un haut responsable à Alger. En dehors du pétrole, les Américains investissent peu chez nous. »

Une meilleure entente avec les républicains

Depuis l’arrivée au pouvoir de Bouteflika, en 1999, les autorités se sont accommodées aussi bien des républicains que des démocrates. Avec peut-être une petite préférence pour le Grand Old Party. Au cours de ses deux premiers mandats, Bouteflika a effectué deux visites aux États-Unis et a été reçu à la Maison Blanche par le président George W. Bush. À l’époque, on expliquait que les Algériens avaient donné des gages aux lobbys pétroliers du Texas pour favoriser les multinationales américaines au détriment des Européens. Dans l’opinion, ce favoritisme était tellement évident que Chakib Khelil, ex-ministre de l’Énergie (1999-2010), était considéré comme l’homme des Américains.

« Les républicains étant des pétroliers, le pouvoir algérien est plus à l’aise avec eux, confirme un ex-chargé d’affaires à l’ambassade américaine à Alger. L’ex-vice-président Dick Cheney avait de très bonnes connexions avec les responsables algériens. À preuve, la multinationale Halliburton, qu’il dirigeait, avait obtenu des milliards de dollars de contrats durant l’ère Khelil. Le choix du cœur serait donc les républicains. Mais si Clinton l’emportait, cela ne serait pas plus mal. Il faut croire que le pouvoir a également investi dans Mme Clinton. »

Clinton, partenaire de Bouteflika

Cette dernière connaît peu l’Algérie. Au cours des quatre ans qu’elle a passés à la tête du département d’État sous la présidence d’Obama, elle n’aura effectué que deux brèves visites à Alger, en février et en octobre 2012. Dans ses Mémoires intitulés Le Temps des décisions, sortis en 2014, elle livrait sa vision du pays en ces termes : « L’Algérie est l’un de ces pays compliqués qui contraignent les États-Unis à faire la balance entre nos intérêts et nos valeurs. »

L’Algérie, ajoutait-elle, est un « allié dans la lutte contre le terrorisme », mais qui a aussi « un piètre bilan en matière de droits de l’homme et une économie relativement fermée ». Malgré ce constat peu amène, Hillary a su tirer profit de son entregent. Ainsi la Fondation Clinton a-t‑elle obtenu en 2010 de la part d’Alger un don de 500 000 dollars destinés à aider les sinistrés du tremblement de terre qui avait secoué Haïti la même année.

La révélation de ce don avait donné lieu à une vive polémique, certains Algériens reprochant à leurs responsables de gaspiller l’argent public dans une action caritative qui ne les concernait nullement. Au cours de sa visite en octobre 2012, Hillary n’avait pas non plus hésité à faire du lobbying auprès de Bouteflika pour le compte de la firme américaine General Electric (GE). Un an après, GE décrochait un contrat de 2,7 milliards de dollars avec le groupe public Sonelgaz. Preuve que la candidate démocrate a bonne presse en Algérie ? Voire.

Rupture

Journaliste au quotidien El Watan, Zine Cherfaoui estime que l’élection américaine « va marquer une rupture avec l’héritage d’Obama, qui aura tenté de refonder les relations entre le monde arabe et l’Amérique sur de nouvelles bases. Comme aux États-Unis, Hillary est globalement perçue comme une va-t‑en-guerre. Son passage au département d’État a grandement participé à renforcer cette idée, notamment en ce qui concerne la Syrie et la Libye.

Tenu pour un isolationniste, Donald Trump fait aussi très peur. Son discours agressif contre les musulmans et les “étrangers du Sud” de manière générale laisse présager des relations tumultueuses entre l’Amérique et le monde arabe. L’opinion redoute les conséquences de son manque d’expérience en matière de politique internationale et de sa méconnaissance totale de l’Algérie, du Maghreb et du monde arabe ».

« En jouant la carte de la lutte antiterroriste, nuance un ex-attaché d’ambassade, Donald Trump peut s’attirer la sympathie des Algériens, qui seraient heureux d’avoir comme interlocuteur un président franchement anti-islamiste. On peut supposer que l’arrivée de Trump à la Maison Blanche renforcerait des relations entre les deux pays, notamment dans le cadre de la coopération militaire, y compris en matière de vente d’armes. »

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