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Un dimanche avec les habitants de Brazzaville sur la « Corniche »

Par - envoyée spéciale

Les jeunes ont rapidement pris possession des lieux. © Muriel Devey Malu Malu pour JA

Avec la route de la corniche et ses très larges trottoirs, les Brazzavillois se sont réapproprié la rive droite du fleuve. Un espace de détente unique dans la capitale. Ambiance.

«C’est trop cool ! » s’exclame Préfina en s’illuminant d’un large et franc sourire. « Trop cool », « trop sympa », « trop classe »… Le vocabulaire des ados n’est pas toujours très riche mais le doute n’est pas permis : tous adorent « leur » corniche.

Et ils ont d’autant plus vite adopté cette grande artère entièrement aménagée sur la rive droite du fleuve qu’elle est interdite à la circulation le dimanche de 6 heures à 18 heures. Du coup, débarquant de tous les quartiers, petits et grands, Congolais et étrangers, en famille, en bande (de jeunes) ou en amoureux, ils sont nombreux à s’y balader en fin de semaine, dans l’après-midi ou en soirée.

Lieu de détente et de loisirs

Du côté vestimentaire, le maître mot est la détente : pagne ou pantalon pour les « mamans », tenue décontractée pour les pères de famille, legging ou jupe courte pour les jeunes filles, jean et casquette (avec visière sur la nuque) pour les garçons.

Depuis la corniche, chacun peut profiter de la vue exceptionnelle sur le fleuve Congo et sur Kinshasa, la capitale de la RD Congo voisine. Mais les Brazzavillois ne viennent pas là pour simplement admirer l’eau qui coule et les tours de la grande rivale de la rive gauche.

D’autant qu’en matière d’architecture Brazzaville n’a plus de complexes à avoir. Non, la corniche est d’abord un lieu de promenade et de loisirs. Le premier du genre dans la ville.

Sur les larges trottoirs, on peut marcher sans risque de se faire heurter par une voiture, s’asseoir sur des bancs abrités d’auvents, profiter de l’éclairage de lampadaires design. C’est aussi le seul lieu de la capitale où l’on peut se faire photographier ou prendre des clichés sans qu’un policier ne vienne vous arracher votre appareil.

« Ici, les policiers sont sympas. Ils sont là pour la sécurité, pas pour nous embêter », fait remarquer Charen. On apprécie.

Résultat : tout le monde en profite pour faire des photos de famille et des selfies aussitôt publiés sur Facebook. évidemment, les mariés du week-end ne manquent pas non plus de venir immortaliser leur union devant les plates-bandes plantées de fleurs et d’arbustes de la corniche.

« Nous n’avions pas d’espace de distraction comme celui-là », confirme Pierre, un jeune Brazzavillois. Comme lui, le dimanche, lorsque les voies sont libres, de nombreux jeunes en profitent pour faire du jogging, de la bicyclette, du skateboard, du roller.

D’autres se contentent d’une simple balade à pied. Autre petit bonheur : alors que Brazzaville a la fâcheuse réputation d’être envahie par le bruit, la corniche se révèle étonnamment calme. Il y a bien quelques rappeurs, mais pas de décibels assourdissants.

Opportunités commerciales

Ce nouvel espace de loisirs n’a pas manqué de susciter des vocations commerciales. Vendeurs et loueurs viennent y proposer leurs babioles ou leurs services : des ballons et des chapeaux gonflables à 500 F CFA (0,75 euro) l’unité, des smart balances (sortes de skateboards électriques) à louer pour 1 000 F CFA les cinq minutes ou 1 500 F CFA les dix minutes… Le top des attractions pour les enfants : les balades à cheval (500 F CFA les cinq minutes).

Les photographes professionnels ont eux aussi compris le profit qu’ils pouvaient tirer du lieu, sans craindre la concurrence des amateurs et de leurs smartphones, car ils sont les seuls à pouvoir fournir un tirage papier sur le champ au client.

Outre leurs appareils, ils apportent les ordinateurs, les imprimantes, les dynamos nécessaires pour en alimenter les batteries… En quelques minutes, miracle, la photo sort de l’imprimante. Et le client repart, ravi d’avoir été immortalisé sur la déjà célèbre promenade de la corniche.


De Mamiwata à la Case-de-Gaulle

La route de la Corniche a été aménagée sur 2,5 km, depuis le restaurant Mami-Wata jusqu’à La Case-De-Gaulle : chaussée 2 x 2 voies avec terre-plein central, trottoirs de 4 à 10 m de large côté fleuve, pont haubané sur 545 m le long du palais présidentiel…

Les travaux ont été réalisés de décembre 2014 à février 2016 par China Road and Bridge Corporation (CRBC), sous le contrôle du bureau d’étude français SGI Consulting.

La seconde phase, en cours, va permettre de prolonger cet axe sur 5,2 km, depuis la Case-de-Gaulle jusqu’au pont du Djoué, dans le sud de la capitale. Coût total des travaux : 72,27 milliards de F CFA (plus de 110 millions d’euros).

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