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"Cet article est issu du dossier" «Congo : moins de pétrole, plus d'idées ?»

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Nouveau Congo, vieux démons

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Trésor Kibangula est spécialiste de l'Afrique subsaharienne, particulièrement de la région des Grands Lacs. Il s'intéresse également à l'évolution de nouveaux médias et au datajournalisme.

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Devant l'église Sainte-Anne à Brazzaville © Baudouin Mouanda pour JA

Le 10 août, le Premier ministre Clément Mouamba a convié la classe politique congolaise à un « cocktail du vivre-ensemble » à Brazzaville.

Quelques opposants ont répondu présent, mais beaucoup ont boudé ce rendez-vous. Depuis la réélection controversée du président Denis Sassou Nguesso, fin mars, le climat politique est de nouveau crispé dans le pays. Le processus de dialogue piétine, alors que des bruits de bottes et quelques crépitements d’armes lourdes ont troublé ces derniers mois la tranquillité des habitants du Pool.

Difficile entrée en matière pour la nouvelle République du Congo née de la promulgation, en novembre 2015, de la Constitution adoptée par référendum un mois plus tôt.

Le pays se trouve confronté à plusieurs autres défis, au premier rang desquels la dégringolade des prix du pétrole. Un coup dur pour ce petit État de 4,5 millions d’âmes qui tire l’essentiel de son PIB des hydrocarbures. Conséquence : en 2015, la croissance est restée positive mais s’est contractée à 2,5 %, selon le FMI, alors qu’elle était estimée initialement à 6,2 %.

Pour relever ses énormes défis, le Congo aura besoin de la paix et de la décrispation du climat politique

Faut-il attendre les bras croisés une probable amélioration de la situation d’ici à 2018, avec l’entrée en exploitation d’un nouveau gisement d’or noir ? Aujourd’hui plus qu’hier, sortir du tout-pétrole et se diversifier devient une nécessité pour la survie de l’économie congolaise. Le gouvernement dit de « rupture » l’a compris et prône le retour à la terre. L’agriculture est de nouveau inscrite parmi les priorités nationales.

Mais certains Congolais restent sceptiques. Dans un passé récent, plusieurs initiatives engagées dans le secteur agricole sont restées à l’état de bonnes intentions, à l’instar du « programme d’autosuffisance alimentaire d’ici à l’an 2000 » concocté à la fin des années 1990 par le ministère du Développement rural. Les périodes d’instabilité ont certes perturbé sa mise en œuvre, mais l’absence de politiques publiques claires en la matière a cultivé l’immobilisme. Une décennie et zéro subvention plus tard, les petits paysans ne s’adonnent encore qu’à une agriculture vivrière incapable de répondre aux besoins alimentaires du pays, en constante augmentation.

L’État semble aujourd’hui décidé à donner les moyens à son agriculture de progresser. De même, il veut miser sur le développement des industries du bois, des mines, des infrastructures, des services financiers et du tourisme. Mais pour parvenir à relever ces énormes défis, le Congo aura besoin de la paix et de la décrispation du climat politique. Autrement dit, du retour du « vivre-ensemble » entre les filles et les fils du pays. C’est la seule façon de ne pas ressusciter les vieux démons.

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