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Congo-Brazza : la Saris, une réussite pur sucre

Par - envoyée spéciale

L’usine de la filiale de Somdiaa, située à Moutéla, produit 70 000 tonnes par an. © Muriel Devey Malu Malu pour JA

Principal employeur privé du département, la Saris écoule 85 % de sa production sur le marché intérieur. Et exporte le reste dans la sous-région.

Installée à Moutéla, près de Nkayi, la Société agricole de raffinage industriel du sucre (Saris) est plus qu’une simple entreprise. C’est une véritable institution. Depuis des décennies, elle rythme la vie de la Bouenza, et ses employés – cadres, ingénieurs, techniciens et ouvriers spécialisés – sont réputés dans toute l’Afrique centrale pour leur savoir-faire. On se les arrache. Principal employeur de Nkayi et des villages environnants (700 emplois fixes et 4 000 temporaires), la Saris a été créée en 1991 avec pour principal actionnaire la Société d’organisation, de management et de développement des industries alimentaires et agricoles (Somdiaa), du groupe français Vilgrain, qui détient 66,04 % du capital social, aux côtés de l’État congolais (33,96 %).

La présence au Congo de la famille Vilgrain remonte aux années 1950, avec la création par Jean Vilgrain de la Société industrielle et agricole du Niari (Sian). En 1970, sous le régime marxiste du président Marien Ngouabi, le vaste complexe, nationalisé, donne naissance à quatre sociétés, dont la Société industrielle et agricole du Congo (SIA-Congo), rebaptisée Sucrerie du Congo (Suco) en 1975. Mauvaise gestion, personnel pléthorique, effondrement de la production de sucre… autant de facteurs qui conduisent à la privatisation de la Suco en 1991. Son repreneur est la Somdiaa. C’est ainsi que les Vilgrain refont surface au Congo.

Sodas. La Saris détient une concession de 32 000 ha, dont environ 12 500 plantés de canne à sucre. Après un record de 700 469 tonnes de canne en 2013, la production s’est élevée à 622 823 t en 2015, alors que celle de sucre atteint environ 70 000 t/an. Roux, blond ou blanc, raffiné ou non, en poudre ou en morceaux, il est commercialisé sous la marque Princesse Tatie depuis 2010. Ses débouchés ? Principalement le Congo, un marché protégé dont la consommation est d’environ 60 000 t/an, avec deux clients de poids : les Brasseries du Congo (Brasco, qui absorbent à elles seules 15 000 t/an pour la fabrication de leurs limonades et sodas) et Rafraîchissants, Glaces et Eau du Congo (Ragec), pour l’élaboration de jus de fruits. Le reste de la production est distribué au Cameroun, au Tchad et en Centrafrique, ce dernier marché connaissant une forte expansion.

Les projets d’investissement ne manquent pas. À la suite de la sécheresse de 2012, la Saris a lancé un plan d’irrigation pour couvrir 1 150 ha de plantations. Afin d’optimiser les rendements et d’abaisser les coûts de production, elle s’apprête à mécaniser les activités de préparation des plantations et de coupe. Des bassins spéciaux vont être installés pour traiter les effluents de l’usine (jusqu’à présent déversés dans le fleuve Niari). Enfin, l’entreprise prévoit l’installation d’une unité d’ensachage pour fabriquer les enveloppes des bûchettes individuelles de sucre, actuellement importées du Cameroun.

biomasse. En 2007, la Saris a acquis une usine de broyage de calcaire à Madingou. Sa production est utilisée, sous forme de poudre, pour enrichir les sols dans les champs de canne ou, sous forme de gravier, pour les travaux de génie civil. Ces dernières années, la société a poursuivi ses investissements dans de nouveaux créneaux, notamment la filière maïs. Objectif : produire de la farine (principalement pour les brasseurs) mais aussi des aliments pour le bétail. « Outre nos propres plantations, nous encadrerons de petits cultivateurs auxquels nous fournirons des semences », explique Joseph Banzoulou, le secrétaire général de la Saris. Installé d’abord à Pointe-Noire, le moulin (blé et maïs) sera ensuite établi à Nkayi.

La société s’est également tournée vers la production d’énergie issue de la biomasse à base de bagasse (résidus fibreux provenant du broyage de la canne à sucre) et vient d’installer un turboalternateur dont les premiers essais sont en cours. L’énergie produite satisfera les besoins de la Saris, tandis que le surplus sera vendu à la Société nationale d’électricité (Snel). Dernier projet à l’étude : la fabrication de pains de bagasse, qui pourraient être utilisés comme bois de chauffe.

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