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Chili : Isabel Allende, la fille du président renversé par Pinochet en 1973, candidate à la présidentielle de 2017

Isabel Allende posant devant une fresque représentant son père, à l’université nationale de San Salvador, en août 2015. © Salvador Melendez/AP/SIPA

Quarante-trois ans après la mort tragique de Salvador Allende, renversé par Augusto Pinochet, sa fille annonce sa candidature à la présidentielle de 2017. Tout un symbole !

Elle aurait pu se retirer en douceur de la vie politique, mais voilà qu’elle a pris de court ses compatriotes. La veille de la date anniversaire de la mort de son père, le 11 septembre 1973, Isabel Allende Bussi, 71 ans, sénatrice et présidente du Parti socialiste chilien, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de novembre 2017. Un sacré symbole, quarante-trois ans après le coup d’État qui a bouleversé sa vie.

La politique en héritage

La fille de Salvador Allende doit alors fuir son pays avec sa mère et ses deux sœurs. Son père vient de se suicider dans le palais de La Moneda, bombardé par les putschistes. Le général Augusto Pinochet prend le pouvoir et instaure un régime militaire jusqu’en 1990.

Installée à Cuba, puis au Mexique, où elle achève ses études en sociologie et en sciences politiques, Isabel Allende rentre d’exil seize ans plus tard. Depuis lors, la politique coule dans les veines de cette mère de deux enfants, qui fut la première femme de l’histoire du Chili à présider le Sénat, de mars 2014 à mars 2015. D’abord vice-présidente chargée des relations internationales puis vice-présidente nationale du PS, elle a été élue à la tête de cette formation en avril 2015.

« Pour moi, le PS est beaucoup plus qu’un parti politique. C’est ma maison, la maison du président Allende, et aussi ma raison d’être », avait déclaré à cette occasion l’ancienne députée (qu’il ne faut pas confondre avec sa cousine, romancière à succès, qui est son homonyme).

Pour être investie candidate, Isabel Allende devra néanmoins disputer une primaire au sein de la Nouvelle Majorité (au pouvoir) – une coalition de centre gauche regroupant la démocratie chrétienne, le PS, des radicaux et le Parti communiste. Elle aura pour principal adversaire l’ancien président Ricardo Lagos (2000-2006), 78 ans, auquel s’ajoutent José Miguel Insulza, l’ex-secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), et Alejandro Guillier, un sénateur indépendant proche du Parti radical.

Un climat politique tendu

Forte de son héritage paternel et d’un parcours sans faute, Isabel Allende semble avoir toutes les chances de s’imposer face à Ricardo Lagos, dont le mandat présidentiel, émaillé par diverses affaires de corruption, est déjà sous le feu des critiques. Si ce dernier a affirmé que le Chili vivait « la pire crise institutionnelle et politique » depuis le coup d’État de Pinochet, Allende se veut, elle, plus optimiste. L’actuelle présidente, la socialiste Michelle Bachelet – au pouvoir depuis 2014, après un premier mandat entre 2006 et 2010 –, laisse pourtant un bilan mitigé.

Éclaboussée par des scandales de corruption dans lesquels sa belle-fille est impliquée, la chef de l’État a vu sa cote de popularité chuter à 15 %. En août, la récession a conduit la Banque centrale du Chili à revoir à la baisse ses prévisions annuelles de croissance (0,5 %, contre 1,2 % annoncé initialement), de quoi compliquer la mise en œuvre des réformes engagées en matière d’éducation, de fiscalité et de système électoral. Le chômage a grimpé à 7,1 %, soit le taux le plus élevé depuis cinq ans.

Face à une classe politique considérée comme corrompue, la méfiance règne, tant à l’égard de la gauche, qui ne recueille que 8 % d’opinions favorables, que de l’opposition de droite (10 %). Les sondages donnent toutefois l’ex-président de droite Sebastián Piñera (2009-2014) favori pour la présidentielle. L’homme d’affaires millionnaire, qui n’a pas encore officialisé sa candidature, devrait se prononcer au début de 2017. Au mois d’octobre prochain, les élections municipales devraient faire office de test pour tous les partis.

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