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Construction : les cimentiers togolais vent debout contre Dangote

L’usine de clinker de Scantogo, une autre filiale locale de HeidelbergCement. © heidelbergcement

Le conglomérat nigérian débarque à Lomé, sur un marché déjà excédentaire. Cimtogo, filiale de l’allemand HeidelbergCement, dénonce une concurrence déloyale.

À peine le ciment Dangote a-t-il débarqué au Togo qu’il suscite déjà de vives inquiétudes. Pour plusieurs raisons. Premièrement, l’ouverture du secteur à l’importation vient augmenter, d’après les concurrents, l’offre sur un marché local déjà excédentaire, que se partageaient jusqu’alors trois acteurs.

Cimtogo, propriété de l’allemand HeidelbergCement, Diamond Cement et Fortia, toutes deux filiales de l’indien West African Cement (Wacem), produisent aujourd’hui près de 2 millions de tonnes par an. De quoi couvrir largement, selon eux, les besoins locaux, estimés à 1,25 million de tonnes.

Deuxièmement, les cimentiers togolais accusent le groupe du richissime homme d’affaires Aliko Dangote, membre du conseil présidentiel pour l’investissement de Faure Gnassingbé, de faire du dumping commercial. Dans les points de vente de Lomé, le ciment nigérian est vendu à un prix légèrement inférieur (80 000 F CFA, soit 122 euros, la tonne) à ceux de ses concurrents (81 000 F CFA en moyenne), dont les tarifs ont été fixés par l’État.

Des prix défiant la concurrence togolaise

Selon Jean Adolehoumé, directeur administratif de Cimtogo, les bas prix du ciment nigérian peuvent s’expliquer par deux facteurs : la forte dépréciation du naira, qui fait baisser les coûts de production ; et « le conditionnement du ciment en sacs plastique, en opposition avec toutes les normes nationales et internationales en vigueur en matière environnementale, qui amoindrit les coûts d’emballage ».

Pour ce haut responsable de la filiale de HeidelbergCement, il s’agit simplement d’une concurrence déloyale. D’autant que Dangote Cement bénéficierait de subventions au Nigeria. Reste que le Togo, où de nombreux chantiers d’infrastructures et de construction ont été lancés ces dernières années, connaît de fréquentes pénuries.

Un danger pour l’emploi

Chez Cimtogo, on indique avoir alerté les autorités locales sur le fait que l’importation du ciment nigérian menace les emplois dans les usines de production locales. HeidelbergCement, présent dans le pays depuis près de cinquante ans avec cette filiale et deux autres (Scantogo et Granutogo), s’est lancé récemment dans la construction d’une nouvelle cimenterie de 200 000 tonnes à Awandjélo, dans la région de la Kara, dans le Nord, avec pour objectif de mieux alimenter le marché intérieur.

Également attiré par le sous-sol togolais et ses 75 millions de tonnes de réserve de calcaire (principal composant du clinker, qui sert à fabriquer le ciment) exploitables sur plus de cinquante ans, le marocain Ciments de l’Afrique (Cimaf) envisage de construire une cimenterie à Tabligbo, dans la préfecture de Yoto, à 80 km de Lomé.

Le marché nigérian fermé à l’importation du ciment

Enfin, les cimentiers déjà implantés au Togo dénoncent ce qu’ils considèrent comme une violation des règles en vigueur au sein de la Cedeao en matière d’échanges commerciaux.

Celles-ci indiquent que pour bénéficier des avantages liés au Schéma de libéralisation des échanges, qui assure la libre circulation des marchandises sans le paiement de droits de douane et de taxes à l’importation au sein de la Cedeao, les pays d’origine des produits doivent ouvrir leur marché. Ce qui n’est pas le cas du Nigeria, qui interdit l’importation du ciment sur son territoire.

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