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Législatives au Maroc : Marx bouge encore

Par - à Casablanca

Nabila Mounib, secrétaire générale du PSU, lors des élections communales de septembre 2015. © dr

Après avoir boycotté les législatives de 2011, la gauche radicale s’est refait une santé aux communales de 2015. Et nourrit de grandes ambitions pour le scrutin parlementaire du 7 octobre.

Dans les myriades de partis en lice pour les législatives marocaines du 7 octobre, le Parti socialiste unifié (PSU) se distingue par son offre politique et son projet de société. Pour certains, le PSU est la dernière formation à incarner les idéaux progressistes au regard des concessions consenties par les grands partis de gauche lors de leur passage au pouvoir – l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS).

Pour d’autres, le PSU n’est qu’un rassemblement de « gauchos » radicaux, minoritaires, au projet utopique et au discours défaitiste. Mais tous s’accordent à dire que le PSU et ses alliés de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) sauront faire entendre leur voix lors de la campagne électorale, qui s’ouvrira officiellement le 24 septembre.

Le PSU prêt à participer à la vie politique marocaine

Pour justifier le retour de sa formation dans le jeu institutionnel après le boycott du scrutin de 2011, Nabila Mounib, secrétaire générale du PSU, déclare qu’« il y a un temps pour la contestation, un autre pour la participation. En 2011, nous avions décidé de boycotter les législatives dans le contexte du Printemps arabe, où la rue faisait changer les choses, mais aussi parce que nous estimions que les conditions préalables pour organiser un tel scrutin n’étaient pas réunies ».

Les propositions formulées à l’époque par le PSU – comme la possibilité de voter avec une simple pièce d’identité ou la supervision des élections par une instance autonome – n’avaient pas été entendues, mais cela n’a pas empêché le parti de réviser sa position. « Il est vrai que le Maroc continue de faire du surplace, mais nous ne contribuerons pas à faire avancer les choses en restant en dehors des institutions », poursuit celle qui a pris les rênes du parti en 2012.

Cette conviction avait déjà incité le PSU à prendre part aux communales de 2015, où il a enregistré un résultat très honorable : plus de 100 000 voix et quelque 300 sièges de conseillers communaux.

Des alliances ravivées

Revigoré par cette performance, le PSU n’en était que plus enclin à remettre le couvert avec ses alliés traditionnels au sein de la FGD, qui rassemble, outre le PSU, le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et le Congrès national ittihadi (CNI), tous deux issus d’une scission au sein de l’USFP, respectivement en 1983 et en 2000.

« Alors qu’aux communales de 2015 nous n’avions pu couvrir que 15 % des circonscriptions, explique Nabila Mounib, qui mène elle-même la liste nationale des femmes de la FGD, nous aurons cette fois des candidats dans tout le territoire. Et, bien évidemment, nous aspirons à réaliser un bien meilleur score que l’année dernière. »

La FGD nourrit l’ambition de constituer un groupe parlementaire dans la future Chambre des représentants, autrement dit de faire élire plus d’une vingtaine de candidats.

Et compte à cet effet sur l’élan de sympathie qu’elle suscite dans plusieurs milieux. « Nous avons renoué avec les élites, bénéficions du soutien d’associations crédibles et dynamiques et avons été rejoints par des gens de tous bords : de jeunes cadres, des femmes, des ouvriers, des fellahs », détaille Mounib. Surtout, la coalition veut attirer les abstentionnistes qui ne se reconnaissent dans aucun des deux grands pôles politiques : le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) et le Parti Authenticité et Modernité (PAM).

« Notre projet de reconstruction, résume Mounib, fidèle en cela à l’ADN de son mouvement, vise à proposer une troisième voie entre le courant islamiste, avec son projet liberticide et rétrograde, et le pôle faussement moderniste du PAM, car le b.a.-ba de la modernité est la souveraineté populaire et donc l’instauration d’une monarchie parlementaire et un véritable partage des pouvoirs. »

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