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Allemagne : Angela Merkel pourra-t-elle briguer un quatrième mandat en 2017 ?

Par - à Berlin

Angela Merkel, à Berlin, le 6 septembre. © Markus Schreiber/AP/SIPA

Très critiquée pour sa politique d’accueil des migrants, la chancelière a vu son parti distancé par l’extrême droite lors d’une élection locale.

Rarement une élection locale aura eu autant de répercussions au niveau national. Au point qu’Angela Merkel a été forcée de prendre la parole depuis le G20 en Chine, elle qui ne commente jamais la politique intérieure lors de ses déplacements à l’étranger. Depuis la défaite de son parti, le 4 septembre, la chancelière est sous pression. Comment expliquer que dans son propre fief, où elle est élue depuis 1990, les chrétiens-démocrates (CDU) n’aient obtenu que 19 % des voix, se faisant dépasser par les populistes de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), avec 20,8 % ?

Dans son camp, comme chez ses alliés bavarois de la CSU, on accuse sa politique trop généreuse envers les migrants d’avoir conduit à cette débâcle. Plus d’un million d’entre eux se sont installés en Allemagne en l’espace d’un an.

Afflux de migrants 

Dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où l’extrême droite est bien enracinée, toute la campagne électorale a tourné autour de ce thème. Pourtant, cette région de 1,9 million d’habitants située sur la Baltique n’a accueilli depuis janvier 2015 que 2 % des demandeurs d’asile du pays, soit 27 000 personnes. Du fait de ce faible nombre, la situation y est moins chaotique qu’ailleurs, les migrants ayant pu être recensés et logés rapidement. Cela n’empêche pas les rumeurs, comme celle affirmant qu’ils sont prioritaires pour les aides sociales.

« En réalité, ce sujet est superficiel, analyse Sebastian Friedrich, sociologue et spécialiste de l’AfD. Derrière le rejet des réfugiés se cache un vote de protestation, un rejet des partis traditionnels, qui n’ont pas su apporter de réponse aux problèmes sociaux. »

Dans cet ancien Land de l’Est, les habitants s’estiment abandonnés par le gouvernement de Berlin, même vingt-cinq ans après la réunification. Le ras-le-bol est tel que, cette année, les électeurs sont allés voter en masse : ils étaient 120 000 de plus qu’en 2011. L’AfD en a profité, récupérant les voix de 55 000 de ces anciens abstentionnistes, ainsi que 22 000 votes des déçus de la CDU.

Un possible retrait de la course

Faut-il y voir pour autant la fin du règne d’Angela Merkel (au pouvoir depuis 2005), comme se sont empressés de le dire ses adversaires ? « Ce ne sont que des spéculations, nuance Nils Diederich, politologue à l’Université libre de Berlin. Pour le moment, elle a décidé de continuer à se battre, de poursuivre sur la même voie, ce que je trouve très courageux. Le véritable test viendra des scrutins du début 2017, dont celui en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. »

À quelques mois des législatives de septembre, une nouvelle déconfiture dans ce Land clé de 18 millions d’habitants pourrait conduire Merkel à se retirer du jeu. Resterait un problème de taille : si un Allemand sur deux ne souhaite pas qu’elle fasse un quatrième mandat, la CDU ne compte aucun successeur dans ses rangs. « Il est déjà arrivé qu’un leader surgisse de l’ombre très rapidement, souligne Sebastian Friedrich. Mais, pour l’heure, je ne vois personne qui en montre l’envie ou qui ait la stature. »

Rassurer les électeurs, une tâche ardue

Pour éviter d’en arriver là, la chancelière n’a donc d’autre choix que de prendre acte du mécontentement. « Nous devons tous réfléchir à ce qu’on peut faire pour regagner la confiance [des Allemands], et, naturellement, moi la première, a-t‑elle déclaré. Je suis moi aussi responsable de cet échec, mais je considère que les choix que j’ai faits ces derniers mois étaient les bons. »

Déjà, l’afflux de migrants s’est fortement tari en 2016, au lendemain de la fermeture de la route des Balkans et de l’accord qu’elle a passé avec Recep Tayyip Erdogan, le président turc. De plus, le gouvernement a adopté en août une série de mesures sécuritaires incluant l’interdiction de la burqa dans certains lieux publics et la déchéance de la nationalité pour les jihadistes.

Visiblement, cela n’a pas encore rassuré l’aile la plus conservatrice de la CDU, qui doit désormais composer avec une nouvelle force sur sa droite. L’AfD pourrait en effet obtenir entre 5 % et 10 % des voix aux législatives et faire une entrée fracassante au Bundestag.

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