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Musique – Niger : incontournable Black Mailer

Par - envoyé spécial à Niamey

« Je fais de la politique, mais je ne sers pas d’instrument ! » © Apsatou Bagaya

Chantre de la démocratie, défenseur de la cause des albinos, promoteur du don du sang… Le reggaeman nigérien ne ménage ni son talent ni son temps pour faire passer ses messages en musique.

Où qu’il aille, Adamou Yacouba, alias Black Mailer, trouve une main à serrer, un ami à qui demander des nouvelles de la famille. Difficile pour lui de passer inaperçu. Il n’a jamais été du genre silencieux. Né le 1er janvier 1973 à Baga-Gorou, un village des environs de Niamey, il s’essaie déjà aux percussions sur les bancs de l’école primaire, alors qu’il apprend à lire. Nous sommes au début des années 1980.

« Le petit chouchou des femmes du village » ne le sait pas encore, mais trente ans plus tard il se définira toujours comme un percussionniste. Même si, au fil des années, il a découvert d’autres instruments. En 1996, il chante dans plusieurs chorales, obtient son baccalauréat et, l’année suivante, il fonde un orchestre !

Percussionniste reggae

Passionné de philosophie et de poésie françaises (il a « dévoré » Voltaire et Charles Baudelaire), Black Mailer avoue cependant que l’écrit lui laisse un goût d’inachevé. « La musique est un meilleur moyen de transmission », dit-il.

En 2001, il se lance dans une carrière solo et fait mouche grâce à la touche nigérienne qu’il pose sur le reggae, son genre musical de prédilection – qu’il affiche d’emblée avec ses dreadlocks. Grâce à un ami nigérien installé à Lomé, la même année, il produit au Togo un premier album de six titres, Libération, qui remporte un franc succès en Afrique de l’Ouest, même s’il est censuré pendant plusieurs années au Niger.

Faute de financement, Black Mailer devra attendre pour faire aboutir le suivant. C’est en 2009, lors d’un séjour à Bamako, que le musicien signe un contrat de trois ans avec la société de distribution DOM Plus et peut enfin autoproduire Coup de destin. Son thème : les espoirs déçus de la Conférence nationale de 1991 au Niger. Aujourd’hui, il travaille sur un troisième opus. « Il parlera des conflits, annonce le musicien. Les artistes ont un grand rôle à jouer pour la paix. Ils ne s’appartiennent pas et ne doivent pas se contenter de gérer leur carrière. »

Un artiste engagé

Gérer sa carrière, Black Mailer n’y a sans doute jamais songé. Depuis qu’il a compris l’importance de la musique pour faire passer des messages, il a embrassé de nombreuses causes. Engagé au sein de la société civile contre le tazartché (« continuité », en haoussa ; c’est‑à-dire le maintien au pouvoir du président Mamadou Tandja de 2008 à 2010), aux côtés de l’activiste Ali Idrissa (aujourd’hui patron du groupe de presse privé RTL Niger) et des actuels ministres Marou Amadou (Justice) et Ibrahim Yacouba (Affaires étrangères), il s’est éloigné du mouvement mais a continué à militer.

Notamment pour contribuer à la professionnalisation du secteur de la musique. En 2007, Black Mailer a fondé le Syndicat national des métiers de la musique, particulièrement actif, qui compte environ 300 membres (fabricants d’instruments, artistes, producteurs…).

L’artiste est le premier acteur pour dénoncer les choses, bien avant la société civile

En 2013, il a créé l’Association nationale des albinos du Niger (Anan), au profit de laquelle il organise des concerts. Il s’est par ailleurs engagé à lui verser 30 % des recettes de vente de ses albums « jusqu’à la fin de [sa] carrière ». Aujourd’hui, il espère aussi créer un mouvement pour promouvoir le don du sang, trop peu répandu au Niger, comme il a pu le constater lorsqu’il a travaillé dans un hôpital, de 2003 à 2007.

En revanche, contrairement à certains de ses camarades de lutte contre le tazartché, l’artiste n’a jamais envisagé de carrière politique. À la demande d’un proche, il a pourtant organisé plusieurs concerts en ouverture des meetings de Mahamadou Issoufou durant la dernière campagne présidentielle. « Je fais de la politique, mais je ne sers pas d’instrument, tient-il à préciser. Je le répète : l’artiste a un rôle à jouer. Il est le premier acteur pour dénoncer les choses, bien avant la société civile. »

Black Mailer travaille aujourd’hui à l’organisation de deux festivals qui, il l’espère, pourront se tenir l’an prochain : l’un à Niamey, intitulé Havre de paix, et le second sur l’île de Lété, située entre deux bras du fleuve Niger. « Rendez-vous en 2017 », conclut-il, histoire de se rendre un peu plus incontournable.

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