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Mines : la filière or retrouve son éclat

Vue aérienne de la mine d'or de Mana de l'entreprise semafo. © Renaud VAN DER MEEREN pour Les Editons du Jaguar

Depuis le début de l’année, le cours de l’once est remonté, porté par la demande des investisseurs et des épargnants. Une bonne nouvelle pour les producteurs du continent.

Alors que le cours de l’or était tombé dans les abysses fin 2015, à 1 049 dollars le 17 décembre, il a depuis retrouvé son éclat. L’once est remontée de près de 30 %, atteignant 1 350 dollars le 6 septembre. Derrière cette forte hausse, l’engouement des investisseurs pour les produits financiers basés sur l’or, les exchange traded products (ETP), vus comme d’excellents moyens de diversifier un portefeuille alors que les marchés actions et obligations sont actuellement peu attractifs et que les taux d’intérêt sont au plus bas aux États-Unis et en Europe.

Le retour de la hausse du cours

Désormais, c’est cette demande en or des investisseurs et épargnants – et non celle des joailliers – qui pousse les cours à la hausse : les entrées de capitaux en ETP or ont atteint pas moins de 22 milliards de dollars (plus de 19,5 milliards d’euros) depuis le début de l’année, représentant 580 tonnes d’or, soit davantage que les importations combinées de l’Inde et de la Chine, traditionnellement grandes consommatrices de joaillerie et pesant ensemble environ la moitié de la demande mondiale.

« Le statut de valeur refuge du métal précieux joue encore : les incertitudes géopolitiques sont importantes – au Moyen-Orient, mais aussi en Europe avec le Brexit –, et certaines économies émergentes subissent toujours une forte inflation », analyse Magnus Ericsson, professeur en économie minière à l’université technologique de Lulea (Suède) et bon connaisseur de la filière aurifère, particulièrement en Afrique du Sud. Selon lui, les cours devraient continuer de progresser dans les prochains mois, mais légèrement.

« Nous restons à des niveaux bien au-dessous du pic de 1 850 dollars atteint en 2011, observe le spécialiste. Nous tablons sur une progression lente jusqu’à un palier de 1 500 dollars, car il y a de nouvelles productions lancées un peu partout dans le monde et la demande en joaillerie connaît quelques faiblesses, notamment en Inde. » D’autres analystes estiment que l’amélioration des performances économiques américaines et européennes et le relèvement de leurs taux d’intérêt pourraient stabiliser le prix de l’or autour de 1 300 dollars l’once.

Une mauvaise phase pour la production africaine

Du côté de la production, le déclin de l’Afrique du Sud se poursuit inexorablement. Alors que le pays représentait 63 % de l’extraction mondiale d’or en 1975, avec 746 tonnes, il n’a tiré de son sous-sol que 512 tonnes en 2013, soit 18 % de la production mondiale.

« Les mines sud-africaines sont anciennes et difficiles à mécaniser, explique Magnus Ericsson. D’une part, elles sont très profondes et dangereuses ; d’autre part, les pertes d’emplois qu’engendrerait cette mécanisation sont politiquement inacceptables. Il serait en outre difficile pour les compagnies de recruter des techniciens capables de piloter les machines, du fait du manque de formation dans le pays. »

Si la baisse du cours du rand offre un répit momentané aux miniers sud-africains, ceux-ci (dont AngloGold Ashanti, Harmony et Gold Fields) regardent depuis longtemps hors de leurs frontières, misant sur d’autres régions d’Afrique et, surtout, sur le Canada, l’Asie ou l’Amérique du Sud.

« Sur le continent, l’Afrique de l’Ouest – avec le Mali, le Burkina Faso et le Ghana, toujours attractif – puis l’Afrique de l’Est – avec le Kenya, l’Éthiopie et l’Érythrée – sont les deux régions phares pour les groupes aurifères », indique Magnus Ericsson. Dans ces deux zones, la chute des cours de 2015 a mis à mal certains petits producteurs. Mais elle a entraîné un mouvement de concentration du secteur emmené notamment par Randgold Resources, qui a racheté une série de gisements en Afrique de l’Ouest et en RD Congo.

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