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"Cet article est issu du dossier" «Niger : état de chocs»

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Niger : l’union fera la différence et la force

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Anciennement à RFI et TV5 Monde, François-Xavier Freland est journaliste à Jeune Afrique depuis septembre 2015. Il couvre essentiellement l'Afrique de l'Ouest et l'Océan indien.

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Le pont sur le fleuve Niger à Niamey. © Vincent Fournier/J.A.

Le 20 août, quand l’hymne nigérien a retenti dans la salle de l’Arena Carioca 3 de Rio de Janeiro, le public brésilien a longtemps applaudi.

Au même moment, un concert de klaxons résonnait dans les rues de Niamey. Issoufou Alfaga Abdoulrazak, 22 ans, 2,05 m, venait de décrocher la médaille d’argent en taekwondo (catégorie des plus de 80 kg), quarante-quatre ans après l’unique médaille olympique nigérienne (bronze), remportée par le boxeur Issaka Dabore à Munich. En quelques minutes, le jeune sportif est non seulement devenu une légende au Niger, mais il a fait briller sa nation sous l’œil des caméras du monde entier. Une occasion unique pour son grand pays de près de 1,3 million de km2, trop souvent confondu avec son voisin nigérian, d’offrir un autre visage que celui de petit dernier du classement du Pnud.

Malmené depuis plus de quarante ans par les coups d’État (1974, 1996, 1999, 2010) et les rébellions (1990-1996, 2007-2009) et nonobstant le tazartché (« continuité », en haoussa) prôné pendant ses dix ans au pouvoir par Mamadou Tandja, le Niger a longtemps fait figure de pays instable. Ses querelles internes l’ont empêché de sortir de la zone rouge en matière de développement, économique comme humain, malgré ses richesses naturelles – uranium, or, fer, charbon et, aujourd’hui, pétrole.

Pourtant, depuis 2011, en dépit des difficultés, notamment sécuritaires et financières, le Niger connaît une réelle stabilité politique. Certes, tout n’est pas encore exemplaire – l’emprisonnement durant la campagne présidentielle du principal opposant, Hama Amadou, ou la tentative de coup d’État déjouée en décembre dernier assombrissent le tableau –, mais le Niger tient bon et semble avoir fait siennes les règles du jeu démocratique.

Mieux : face aux coups de boutoir de Boko Haram, notamment après l’attaque de la ville de Bosso, début juin, les Nigériens n’ont jamais paru aussi unis. Pour faire front commun, le bureau de l’ancien parti unique du président Tandja, le MNSD-Nassara, troisième force politique du pays, a d’ailleurs voté, le 14 août, en faveur de son ralliement à la majorité présidentielle. Face à la menace que constituent Aqmi au nord-ouest, et Boko Haram et Daesh au sud-est, une union sacrée s’est constituée. Et, dans l’adversité, le Niger, longtemps tributaire de l’aide extérieure, compte de plus en plus sur lui-même.

Sur le plan social, l’initiative « 3 N » (les Nigériens nourrissent les Nigériens), lancée par le président Issoufou en 2012 pour mettre les populations à l’abri des crises alimentaires, commence à porter ses fruits. Sur le plan militaire, toujours dans l’attente de l’aide économique promise par l’Union européenne, l’État a modernisé seul, ou presque, son appareil défensif. La victoire des troupes, qui sont parvenues à libérer Damasak, au Nigeria, fin juillet, a permis au pays de laver l’affront de Bosso, mais aussi d’obtenir le respect de ses partenaires au sein de la Force multinationale mixte.

Plus que jamais, les paroles de La Nigérienne, l’hymne national, sont ­d’actualité. « Évitons les vaines querelles afin d’épargner notre sang / Et que les glorieux accents de notre race soient sans tutelle ! / S’élèvent dans un même élan jusqu’à ce ciel éblouissant / Où veille son âme éternelle qui fera le pays plus grand ! Debout ! Niger ! Debout ! […] Restons unis toujours, et que chacun réponde à ce noble avenir qui nous dit : en avant ! »

Plus que jamais, c’est l’union qui fera la différence et la force au Niger. Avec l’espoir que, désormais, comme à Rio lors des derniers JO, son « chant s’entende aux quatre coins du monde ». À condition que personne ne se sente exclu.

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