Fermer

Algérie – Anselme K. A. Tarpaga : « Dieu n’est pas violence »

Par - à Alger

Burkinabè, le père Anselme Tarpaga dirige la prestigieuse église depuis deux ans. © Zebar

Relations avec les musulmans, montée de l’extrémisme, rapport entre le spirituel et le temporel… Le recteur de la basilique Notre-Dame d’Afrique, à Alger, se confie.

En abordant les côtes d’Alger la Blanche, on aperçoit, sur un promontoire dominant la baie, dans le quartier populaire de Bologhine, la basilique Notre-Dame d’Afrique, que les Algériens appellent Madame l’Afrique ou Lalla Meriem (Marie). Achevée en 1872, elle demeure un symbole de cohabitation entre musulmans et catholiques.

Père blanc du diocèse de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, puis stagiaire séminariste dans le diocèse de Laghouat-Ghardaïa, dans le sud de l’Algérie, le père Anselme Kassoum Auguste Tarpaga en est le recteur depuis deux ans. Il a accepté pour JA de s’exprimer sur ses relations avec les Algériens et sur la montée de l’extrémisme religieux dans le monde.

Comment expliquez-vous la fierté que la basilique inspire aux Algériens ?

Marie est le trait d’union entre musulmans et catholiques en Algérie. Dans cette église, les musulmans se sentent chez eux, bien qu’ils restent de bons musulmans. La communauté chrétienne en Algérie est estimée à 1 % de la population. Les gens viennent librement à la messe. Il y a certes des Algériens, mais aussi des étrangers. La basilique accueille en effet chaque année 100 000 visiteurs. Il s’agit là d’une église multiculturelle qui est un symbole fort.

Quel rapport entretenez-vous avec le peuple algérien ?

Comme partout ailleurs, il y a ceux qui peuvent devenir des amis et d’autres pour lesquels c’est plus difficile. Je ne me plains pas. En ce qui concerne la basilique, nous n’avons pas de problèmes. Comme vous pouvez le constater, il n’y a même pas de protection policière autour de l’église. Les habitants comme les visiteurs s’assoient sur les marches ou se promènent sur le site en toute quiétude. C’est vrai qu’il y a quelques années c’était très difficile, pas seulement pour l’église mais pour tous les Algériens. Lorsqu’on regarde les statistiques, on constate que le terrorisme tue beaucoup plus de musulmans que de chrétiens. Bien évidemment, quand un prêtre est tué, ça fait nettement plus de bruit.

Mais il faut répéter sans relâche que la violence, au nom de la chrétienté ou de l’islam, d’où qu’elle vienne, est à condamner

En tant que père blanc, quel regard portez-vous sur l’attentat de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray ?

J’ai d’abord un sentiment de honte. Aujourd’hui, lorsque nous abordons le sujet de la religion, la première chose qui nous vient à l’esprit, c’est la violence. Je déplore que les religions donnent une telle image au monde, qu’elles ne puissent pas offrir de meilleur visage que celui de la haine.

Je viens du Burkina Faso, un pays laïc où les religions ont toute leur place. Il y a beaucoup de musulmans dans ma famille, dans mon entourage. La question du vivre-ensemble ne se pose même pas. Mais aujourd’hui, des idéologies – le wahhabisme et le salafisme – ont pris en otage l’islam.

Elles sont omniprésentes, y compris sur les réseaux sociaux, et touchent donc beaucoup de jeunes. Mais il faut répéter sans relâche que la violence, au nom de la chrétienté ou de l’islam, d’où qu’elle vienne, est à condamner. Elle est anti-Dieu, car Dieu, chez les musulmans comme chez les chrétiens, n’est pas violence.

Avez-vous le sentiment que le modèle sociétal construit autour de l’identité politique ne suffit plus ?

C’est une question existentielle. L’homme n’est pas qu’un animal politique, il est aussi un être spirituel. Bâtir une société uniquement sur des structures politiques et exclure toute mention à la religion, c’est nier à l’homme quelque chose de plus profond qui lui appartient. Si une société dénie toute visibilité aux religions, les gens vont chercher d’autres clés pour y avoir accès et ce ne seront pas forcément les bonnes. C’est ce que je trouve dommage en Europe.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici