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Nigeria : comment sortir du marasme

Par et - à Abuja

Sur le chantier de la raffinerie de pétrole du groupe Dangote, à Lagos, le 25 juin. © Akintunde Akinleye/REUTERS

C’est officiel : le géant ouest-africain, hier chouchou des investisseurs, est entré en récession. La faute au prix du pétrole, mais pas seulement. Et si le pays misait enfin sur les secteurs minier, agricole et manufacturier ?

Malmené par le niveau historiquement bas des cours du pétrole, le Nigeria est officiellement entré en récession le 1er septembre, après avoir vu son PIB reculer de 2,06 % au deuxième trimestre. Du jamais-vu en vingt ans ! La contraction avait déjà été de 0,6 % au premier trimestre. Bref, le géant ouest-africain, au plus mal, vacille dangereusement.

La gueule de bois est à la hauteur de l’euphorie de ces dernières années, quand le prix du baril flirtait avec les 100 dollars. Alors largement plébiscitée par le monde des investisseurs, l’économie nigériane affichait une croissance oscillant entre 6 % et 7 % par an, tandis que l’inflation était contenue à environ 8 %, contre 17,1 % aujourd’hui, soit son plus haut niveau depuis onze ans.

Renouer avec les ressources naturelles

La crise du pétrole met à nu les faiblesses du Nigeria, mastodonte de plus de 170 millions d’habitants. Surtout, elle met en évidence l’immensité des chantiers auxquels doit s’attaquer Muhammadu Buhari, le président depuis mai 2015, pour remettre le pays sur pied. Le moment est venu de prendre le taureau par les cornes, estimait récemment Sanusi Lamido Sanusi, l’émir de Kano et ancien gouverneur de la banque centrale : « Le Nigeria doit abandonner l’habitude d’emprunter pour payer les salaires et pour financer ses dépenses courantes. »

Lors d’une visite à Kaduna, le 25 août, Sanusi a soutenu que les errements économiques actuels étaient davantage liés à l’échec du gouvernement qu’aux conditions du marché : « Nous ne sommes pas sincères quand nous disons que nous sommes en récession à cause des prix du pétrole. Qu’avons-nous fait dans les autres secteurs ? »

Justement, une des pistes explorées par Buhari pour accroître les recettes publiques et réduire l’ultradépendance du pays aux revenus pétroliers est une plus grande mise en valeur des autres ressources naturelles dont est doté le Nigeria. Cette mission est confiée à Kayode Fayemi, le ministre des Mines. Cet expert en sécurité, ex-gouverneur d’Ekiti, travaille depuis le début de l’année à l’élaboration de plans pour doper l’extraction de l’or et du fer et pour relancer l’industrie sidérurgique du pays.

Kayode Fayemi est à la recherche de 5 milliards de dollars (près de 4,5 milliards d’euros) à investir dans le secteur minier, ce qui, selon lui, permettra de diversifier l’économie nationale mais aussi d’accélérer l’industrialisation. Fin août, il devait présenter au chef de l’État un plan minier et des propositions visant à mettre en place un organisme de réglementation indépendant chargé de superviser l’octroi de licences et le suivi des opérations d’exploitation.

Bien évidemment, la relance de l’agriculture et celle de l’industrie manufacturière, grâce à la remise à niveau du secteur énergétique et au développement des infrastructures de transport, sont autant de points que les autorités doivent développer pour consolider l’économie nigériane.


« Nous ne pourrons sans doute pas réaliser notre budget à 100 %. Mais nos plans ont été élaborés sur la base d’un baril à 38 dollars, or nous sommes aujourd’hui au-dessus de ce prix et notre production de pétrole remonte. Nous pouvons par ailleurs faire mieux dans le recouvrement des impôts. Les objectifs sont élevés, mais toujours réalistes »

Babatunde Fashola, ministre de l’Énergie, du Travail et du Logement


Une meilleure gestion des deniers publics

Alors que les recettes publiques sont désormais réduites à la portion congrue et que l’une des priorités de Buhari est de faire en sorte que les plus de 500 ministères, départements et agences gouvernementales (qui emploient plus de 250 000 personnes) soient mieux gérés et plus efficaces, un autre grand chantier auquel il doit s’attaquer est la réforme de l’Administration.

Autrefois consciencieuse, bien formée et très motivée, la fonction publique est aujourd’hui pléthorique, mal équipée et mal payée, elle manque d’initiative et est en proie à l’arbitraire et à la corruption. Sur ce terrain, le président nigérian, dont l’arrivée au pouvoir avait suscité beaucoup d’espoir, a engrangé quelques succès : les résultats de certaines agences gouvernementales commencent à s’améliorer.

Le Federal Inland Revenue Service a par exemple réalisé des progrès dans la collecte des impôts et des taxes. Ainsi, en juin, 70 % des 500 milliards de nairas (près de 1,6 milliard d’euros) versés au gouvernement provenaient de sources fiscales non pétrolières.

Le service des douanes, dirigé par Hameed Ali, un colonel à la retraite qui avait été directeur de cabinet de Buhari dans les années 1980, y a largement contribué en augmentant ce mois-là ses recettes de 12 milliards de nairas par rapport à mai. Quant à la Nigerian Ports Authority, une agence largement considérée comme un nid de corruption, elle doit être redressée par Bala Usman, une activiste leader du mouvement Bring Back Our Girls.

En juillet, soit moins d’un mois après sa prise de fonctions, cette ancienne directrice du cabinet du gouverneur de Kaduna a découvert que des fonds de l’agence, estimés à 11 milliards de nairas, avaient été cachés dans des banques, en violation de la politique de compte unique du Trésor public.

Reste que ces petites avancées sont loin de permettre au Nigeria de changer la donne. Les autorités, qui ont jusqu’ici refusé l’aide du FMI, doivent accélérer les réformes pour enfin changer la structure de l’économie nationale.


Et l’Afrique du Sud ?

L’autre mastodonte économique du continent a évité de justesse la récession. Selon les chiffres publiés début septembre par Stats SA, l’office sud-africain des statistiques, le PIB a affiché une légère croissance de 3,3 % au deuxième trimestre, après avoir baissé de 1,2 % sur les trois premiers mois.

Une amélioration que la nation Arc-en-Ciel doit à la diversification de son économie : selon Stats SA, la contribution de l’industrie manufacturière à la richesse du pays a augmenté de 8 % et celle du secteur des mines et des carrières de 11,8 %, tandis que l’agriculture, frappée par la sécheresse, essuyait un recul de 0,8 %. Mais selon les analystes, notamment ceux de Nedbank, ce léger regain ne doit pas cacher que la santé de l’économie sud-africaine reste encore très fragile.  (S. B.)

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