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Niger : malgré les vents contraires, Niamey maintient le cap de la croissance

Le boulevard de la République, à Niamey. © Vincent Fournier/JA

Au cours du premier quinquennat d’Issoufou, le PIB a crû de 6 % par an, et les autres indicateurs sont plutôt bons. Mais l’État doit faire face à la chute du prix des matières premières et au coût de la lutte contre le terrorisme.

Comment maintenir le cap sur le développement et la croissance quand, d’un côté, l’uranium et le pétrole sont frappés par une baisse historique de leurs cours sur le marché mondial et que, de l’autre, les dépenses d’investissements en matière de défense et de sécurité explosent ? C’est le casse-tête auquel l’État nigérien se trouve confronté. Et force est de constater que les résultats macroéconomiques du Niger se révèlent plutôt bons.

La situation budgétaire s’est même améliorée en début d’année. C’est ce qui ressort des conclusions de la mission du FMI à l’issue de son séjour à Niamey, début mai, et de l’adoption, le 11 juillet, de la huitième revue du programme appuyé par la facilité élargie de crédit (FEC, principal outil du FMI pour apporter un soutien financier à moyen terme aux pays à faible revenu, avec un taux d’intérêt à 0 %). Elle va permettre au Niger de bénéficier d’un décaissement de 10,28 milliards de F CFA (environ 15,7 millions d’euros) pour la période 2016-2019.

Des indicateurs encourageants

Au cours du premier quinquennat de Mahamadou Issoufou, de 2011 à 2015, la croissance moyenne du PIB s’est établie à 6 %. Après une accélération à 7 % en 2014, tirée par l’agriculture (deuxième moteur économique du pays après les industries extractives) et les services, elle est redescendue à 3,5 % en 2015. Ce ralentissement s’explique par un repli des productions agricoles, en particulier de la pêche (essentiellement due à l’insécurité dans la région du lac Tchad), et par une baisse de la production pétrolière et minière, alors que l’exploitation de la grande mine d’uranium ­d’Imouraren (dans le sud du Sahara) est toujours suspendue.

« Cela reste un espoir mais, à l’heure actuelle, Imouraren fait surtout partie des aléas qui ont porté un coup dur à la réalisation de notre programme. Nous espérons que le cours de l’uranium va repartir à la hausse et que le site pourra être exploité à l’horizon 2019, explique le Premier ministre, Brigi Rafini. Heureusement, d’autres possibilités vont être explorées, dans l’or et le pétrole. Ce ne sont pas les perspectives qui manquent. »

Sans pour autant afficher un optimisme béat, les autorités nigériennes et le FMI tablent sur une croissance de 5,2 % pour 2016, qui devrait se stabiliser à 6 % en moyenne de 2017 à 2019, à condition que les grands chantiers engagés dans les secteurs des transports, de l’eau et de l’énergie se poursuivent, que la raffinerie de Zinder redresse sa production et que les conditions de sécurité ne se détériorent pas.

« Les perspectives à moyen terme demeurent favorables mais sont sujettes à des risques intérieurs et extérieurs considérables », rappelle l’économiste sénégalais Cheikh Anta Gueye, qui a dirigé la mission du FMI à Niamey.

Toujours du côté de l’économie réelle, l’inflation, qui était de – 0,9 % en 2014, a été contenue à 1 % en 2015, donc bien en dessous du critère de convergence de 3 % fixé par l’UEMOA, et elle restera sous la barre des 2 % pour 2016. La politique en faveur de l’amélioration des rendements agricoles (développement de l’irrigation), le programme d’aide alimentaire de l’État (vente de céréales à prix modérés, distribution gratuite de produits, etc.) et la loi relative à la protection du consommateur ont permis de freiner la hausse des prix, notamment ceux des céréales.

Par ailleurs, même si le Niger, avec plus de 48,9 % de ses 18,5 millions d’habitants vivant au-dessous du seuil national de pauvreté, est classé au 188e rang sur 188 pays étudiés dans le rapport sur le développement humain publié par le Pnud en 2015, le pouvoir d’achat des ménages a augmenté grâce à de bonnes récoltes et au redressement du niveau des salaires.

D’importantes dépenses

En revanche, en matière de finances publiques, la situation est tendue. Le déficit de base s’est creusé à 7,5 % en 2015, contre un objectif de 5,5 %. Selon la primature, il devrait toutefois être ramené à 3,8 % d’ici à la fin de l’année. En dépit du renforcement des capacités des régies financières, le montant des recettes recouvrées a été en effet plus faible que prévu (principalement en raison de la perturbation des flux commerciaux avec le Nigeria), et les investissements extérieurs ont ralenti.

Parallèlement, les dépenses sur fonds propres ont augmenté (notamment pour faire face aux investissements pressants dans les secteurs sociaux), de même que celles liées à l’organisation des élections : compte tenu du retard dans la mobilisation du soutien des bailleurs de fonds, le gouvernement a dû apporter une contribution de 34 milliards de F CFA, alors qu’elle était évaluée initialement à « seulement » 18 milliards.

Mais c’est surtout l’augmentation imprévue des dépenses de sécurité et d’aide humanitaire (matériel, paiement des salaires des forces de défense et de sécurité, assistance aux populations sinistrées et aux réfugiés, principalement nigérians…) qui a bouleversé l’équilibre du budget.

« Nos moyens sont modestes et personne ne nous aide. Or nous faisons un immense effort financier pour combattre Boko Haram sur nos deniers propres. Depuis cinq ans, nous avons multiplié par quinze les dépenses d’investissements en matière de défense et de sécurité », explique le ministre de la Défense, Hassoumi Massaoudou.

Sur le plan extérieur, le déficit du compte courant s’est lui aussi détérioré en 2015 (à 17,5 % du PIB, contre 15,1 % en 2014) à cause de la chute des prix des matières premières, de la baisse des volumes exportés de produits pétroliers raffinés et d’uranium et, plus généralement, du repli des exportations vers le Nigeria (– 17,3 %). Parallèlement, les importations ont augmenté afin de faire face à la situation sécuritaire (équipements militaires, produits de base pour les réfugiés), mais aussi à la poursuite des projets d’infrastructures.

La réduction de l’aide extérieure devrait être compensée par une reprise des investissements locaux et étrangers

Enfin, même si le risque de surendettement reste modéré, le pays doit surveiller la viabilité de sa dette extérieure, qui s’est considérablement accrue depuis 2009 en raison de la participation de l’État au financement des projets dans le secteur des ressources naturelles. Elle est passée de 27 % du PIB en 2013 à 33 % en 2015 et devrait s’établir à 35 % en 2016. Cependant, la position extérieure du Niger reste confortable avec, en août, une couverture de plus de quatre mois d’importations.

Une amélioration notable du climat des affaires

Quant au déficit de la balance commerciale, il devrait se réduire cette année, compte tenu d’une petite relance des exportations mais aussi du retard de certains projets lourds en importations (mine d’uranium d’Imouraren, champ pétrolier d’Agadem, pipeline Niger-Tchad-Cameroun, ligne ferroviaire Niamey-Dosso-Cotonou). En outre, la réduction de l’aide extérieure devrait être compensée par une reprise des investissements locaux et étrangers. Une relance qui tient notamment aux progrès réalisés pour rendre l’environnement des affaires plus favorable.

Dans le classement « Doing Business » 2016 de la Banque mondiale (publié en décembre 2015), le Niger s’est en effet hissé à la 160e place sur 189 pays étudiés, progressant de huit places par rapport au « Doing Business » 2015. Parmi les principaux points d’amélioration : un accès facilité aux prêts bancaires (grâce à la réforme des établissements de crédit et à un meilleur système d’information), ainsi que la réduction du délai maximal (cinq jours, contre quinze auparavant) et du coût (10 000 F CFA au lieu de 59 000 F CFA) pour créer une entreprise.

L’allégement des formalités douanières, avec une réduction du nombre de documents requis pour les importations (qui passe de huit à quatre) et pour les exportations (de dix à six), a également permis de faciliter le commerce transfrontalier. Bien que ce dernier se soit dégradé en 2014 et en 2015 du fait du climat sécuritaire dans la partie sud du pays, où s’effectue le gros des échanges, il devrait reprendre de plus belle dès la fin de l’année, si les opérations militaires en cours dans le cadre de la Force multinationale mixte (Nigeria, Niger, Tchad, Cameroun) permettent de « nettoyer » la zone des attaques de Boko Haram.

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